La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson
La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

Histoire d’amour, histoire nostalgique d’un amour qui s’est échoué. Amour bref mais intense. Récit d’une vie simple dans les plaines du nord-ouest de l’Islande, d’une existence âpre. La femme du narrateur, Unnur vient de mourir. Elle décède après cinq ans de souffrances suite à une opération chirurgicale qui ruina leur vie de couple.Cette histoire d’amour est la lettre que Bjarni envoie à Helga, sa maîtresse, l’amour de sa vie. 

Bjarni le narrateur, est fermier, pêcheur, contrôleur de fourrage, … homme multi fonction des landes inhospitalières d’Islande. Un monde rude, ou la survie est un challenge. Bjarni sent sa fin arrivée, il écrit une longue lettre à Helga, son seul amour. Il se remémore au soir de son existence, ses choix, ses réussites, ses échecs. Une lettre de façon d’expliquer ses choix, ses erreurs, Une lettre pour soigner une blessure d’amour qui a duré presque toute sa vie.

Helga lui proposa de tout quitter pour venir s’installer à Reykjavik. Il refusa : il préfèrait sa vie de liberté dans les landes qu’une vie enfermé dans un monde qu’il craint et ne tient pas en estime, une vie sans saveur en cette période de fin de guerre. Suite à ce refus Helga lui ferme la porte, il ne pourra même pas voir sa fille. Chacun bloqué dans ses positions, personne ne cédera. Il se contentera d’observer Helga et sa fille avec des jumelles.

L’amour ne se réduit pas au romantisme citadin où il s’agit de trouver la seule, la vraie qui comblera votre âme jusqu’à la faire déborder et dégouliner telle une pompe intarissable. L’amour est présent aussi dans cette vie que j’ai mené ici, à la campagne. Et quand je l’ai choisie pour la vivre sans regret, j’ai appris que l’homme doit s’en tenir à sa décision, la conforter et ne pas en démordre – c’est ainsi que l’amour s’exprime

La lettre de Bjarni est brutal, rugueuse sur certains aspects mais plein de sensibilité et de tendresse. Il nous ouvre son coeur meurtri, dans cette lettre au parfum de confession. Une écriture poétique qui mêle nature et érotisme. C’est une  ode à la vie et à la nature, au plaisir. Mais aussi à la simplicité. Bjarni s’exprime sans détours, il n’a plus rien à perdre, il n’y a pas de non-dit dans cette lettre. Aussi cette lettre ne manque pas d’humour, ou les moments d’amour sont comparés aux choses de la vie, de sa vie de fermier. Le narrateur nous dévoile son amour sans borne pour Helga, mais aussi les choix de vie et peut-être les erreurs qu’il a commis et qui l’ont éloignés à tout jamais d’Helga.

En qualité de contrôleur des provisions de foin, je suis venu voir si tu étais toujours bien en chair. Derrière la remise aux machines, nous avions trouvé un recoin éclairé par les rayons du soleil qui filtraient les interstices des planches, de sorte qu’on pouvait y évaluer l’embonpoint avec exactitude à la lumière du jour. Cela devint notre petit jeu. u me demandais de t’examiner et je tâtais ton cartilage thoracique sans y trouver de nodosité, puis je te palpais les côtes les unes après les autres, vérifiais la plénitude de l’échine et enfin le bassin et les cuisses en descendant jusqu’au talon, ce qui te faisait frissonner comme un peuplier dans le vent; je te palpais de mes doigts voluptueux et inspectais avec précision les protubérances de la poitrine  et la consistance de la chair. Tu gémissais de bonheur. Te voir nue dans les rayons de soleil était revigorant comme la vision d’une fleur sur un escarpement rocheux. Je ne connais rien qui puisse égaler la beauté de ce spectacle. La seule chose qui me vienne à l’esprit est l’arrivée de mon tracteur Farmall. Arracher l’armature et le carton protégeant le moteur pour découvrir cette merveille éclatante qui allait changer la vie. Tu vois comme ma pensée rase les mottes, chère Helga : te comparer, toi, jeune et nue… à un tracteur ! C’est faire injure à ta beauté que de te mettre sur le même plan que les choses d’ici-bas ; Mais… pour ce qui était de faire l’amour, tu n’étais pas à la remorque.

Une petite perle qui vient d’Islande, hymne à l’amour, ode pastoral, roman épicurien ?

Extraits :

  • Je me souviens avoir dit que les sociétés humaines étaient comme les pommes. Plus elles sont grosses, moins elles ont de goût. J’avais tiré cet enseignement des pommes que le vieux Jensi avait commandé à la coopérative. Toujours si prompte à la répartie que s’en était admirable, tu as rétorqué que je n’y connaissais rien, pas plus aux pommes qu’à Reykjavik.
  • Tous les hommes font des fautes. Sinon ils ne seraient pas des hommes.
  • J’ai fantasmé pour combler les lacunes de mon existence, compris que l’être humain peut faire de grands rêves sur un petit oreiller

Divers :

  • Titre original, « Svar við bréfi Helgu » 2010
  • Éditeur : ZULMA (2013)
  • Editeur : Point Poche (2015)
  • Traduit de l’Islandais par Catherine Eyjolfsson
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