l’école de la chair de Yukio Mishima

L'école de la chair de Yukio Mishima
L’école de la chair de Yukio Mishima

Japon, les années 1960. Taeko est créatrice de haute couture, divorcée, trentenaire, riche. Elle est dans son monde parmi la bourgeoisie, l’aristocratie et le monde de la mode (surtout Française : on pourra noter Christian Dior ). En mal de distraction, elle s’ennuie et cherche un homme pour la satisfaire et la divertir, lassée des étudiants de bonne famille et des hommes de son âge, elle se tourne vers les bars de travestis et les endroits sordides.

Pour un homme comme pour une femme, « être aimé » est tout à fait différent d’« aimer ». Taéko commençait à en prendre conscience depuis sa liaison avec Senkichi. Ces deux sentiments faisaient partie de deux univers totalement étrangers l’un à l’autre.

Taeko avec ses amies,appelées « Beautés Toshima », ce club de femmes trentenaire se partagent leurs aventures, leurs états d’âme. Au cours d’un de ces dîners dans un bar homosexuel, Taeko décide de séduire Sentkitchi, le beau barman du « Hyacinthe », une boîte homosexuelle tenue par des travestis.  Comme Taéko est attirée sexuellement mais aussi par esprit de possession, elle veut plus qu’une nuit de passage. Son désir devient rapidement plus qu’une simple envie de coît, elle souhaite façonner Sen. Elle  plonge dans une relation d’une manière dramatique,  souhaitant contrôler son jeune amant Sen. Par des cadeaux, des promesses, des règles qu’elle institue. Tel un jouet, elle souhaite le transformer, le faire progresser pour l’entraîner auprès d’elle dans la société des gens riches et célèbres et surtout loin du bar gay le « Hyacinthe ».

La volonté passionnée que Taéko avait d’éduquer Senkichi comportait une perpétuelle contradiction. Derrière l’envie de lui faire retrouver la fierté d’un étudiant vertueux, se dissimulait un autre désir : celui d’écraser, de réduire à néant son indomptable orgueil, apanage unique du monde de la chair et de l’ombre, en l’attirant brutalement en plein soleil, dans le monde ordinaire. Elle voulait lui apprendre que, dans le monde normal, un simple étudiant, fût-il beau comme un dieu, n’avait aucun pouvoir

Un incompréhensions intrinsèques lie ce couple mal assorti, le désir de la femme d’âge mure pour un garçon terriblement beau mais terriblement égoïste qui a décidé de monter dans l’échelle sociale en promouvant son corps. Bisexuel il a des rapports avec les  clients des deux sexes via son travail de barman dans un bar gay. La rencontre  avec Taéko n’est pour lui qu’un tremplin pour une vie meilleur.

 On retrouve la fascination pour la beauté, le stress émotionnel (rancoeur, inquiétude) de Taéko éperdu d’amour devant un dieu de beauté. L’envie de détruire (vision de mort) cet objet si elle ne peut le posséder. Des thématiques courantes chez Mishima.

Ce roman n’a pas été traduit en anglais, mais un film a été tourné avec Isabelle Huppert dans le rôle de Taeko.

Un roman écrit en 1964 dont je vous recommande la lecture.

 

Extraits :

  • Pour un homme comme pour une femme, « être aimé » est tout à fait différent d’ « aimer ». Taeko commençait à en prendre conscience depuis sa liaison avec Senkichi. Ces deux sentiments faisaient partie de deux univers totalement étrangers l’un à l’autre. Taeko était mise pour la première fois devant cette vérité effrayante de la vie humaine.
  • La joie furieuse que l’être aimé éprouve à se profaner peut atteindre des profondeurs insondables. Et l’être qui aime est condamné à suivre, entraîné dans une perpétuelle descente aux enfers.
  • « Quoi ! Cette vieille folle ! Dès qu’on gratte un peu le vernis, ce n’est qu’une nymphomane, et pourtant, attention, quelle fierté ! Et allez-y que je te flatte, que je te ménage, mais en réalité, elle n’a pas d’autre idée en tête que de faire de moi un instrument sexuel ! Et, tenez donc, avec ses faux airs modestes, eh bien, son visage déjà plein de petites rides est tout bouffi de vanité ! Non mais, regardez-la ! Il ne va pas falloir beaucoup de temps avant qu’elle jette aux orties son orgueil, et tout le reste, et qu’elle se retrouve agrippée à mes jambes velues, tout en larmes… »
  • Mais le cœur humain est si complexe que, plus ils se faisaient de mal, plus, c’était certain, leurs cœurs se rapprochaient. Chacun de ces échanges, qui frôlaient le pire, inspirait à Taéko un peu de peur, de colère, de dégoût. Mais elle pouvait sentir aussi, au fond de leurs paroles, couler un flot de tendresse que rien ni personne n’aurait su contrarier.
  • Elle prenait sans cesse les devants, et cette manie empêchait l’autre de parler, lui rendait plus difficile encore les mots gentils. Bref, elle ne savait pas attendre.

Divers:

  • Titre original :MIKUTAI NO GAKKÔ,  肉体の学校,  The School of Flesh, 1964
  • Editeur : Gallimard, 1993
  • Traduit du japonais par Yves-Marie et Brigitte Allioux
  • Note : ●●●●●
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7 réflexions sur « l’école de la chair de Yukio Mishima »

      1. En fait moi, je me suis arrêté après « la mère de la fertilité ». Après ce livre je n’ai plus voulu lire cet auteur, car j’avais tellement aimé que tout le reste de lui ne pouvait être que moins bien… Le problème c’est que j’aurais dû lire plus de livres de Mishima avant cette lecture.

        Aimé par 1 personne

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