Archives du mot-clé Yoko Ogawa

La grossesse de Yoko Ogawa

La grossesse de Yoko Ogawa
La grossesse de Yoko Ogawa

Une jeune femme observe sa sœur enceinte ; celle-ci commence par avoir des nausées telles qu’elle ne peut plus rien avaler, tout la dégoute. Nous avons le comportement de la mère, emprunt de fatalisme. »Dès qu’il sortira de mon ventre, il sera mon enfant, que je le veuille ou non » (p64, 32 semaines + 3 jours). Le comportement et les réactions de la mère sont disséqués par sa sœur, elle doit supporter cette grossesse, et ce sont des images de larves, de chromosomes qui lui vienne en mémoire lorsqu’elle pense au fétus. La future tante a des actes prémédités afin de remédier à cet état.

Un roman assez sombre, qui nous conte la métamorphose des corps, la peur de la rencontre avec le bébé. Nous n’en saurons pas plus, le lecteur est laissé à des spéculations, une des particularités des romans de Yoko Ogawa.

Elle se remémore une réunion « Réfléchir à la pollution des hommes et à celle du globe » , ou était mentionné la toxicité du pamplemousse américain : « Produit d’importation dangereux ». Dès lors, elle vérifie toujours auprès du responsable du rayon des fruits et légumes que ce sont bien des pamplemousses de production américaine qu’elle achète afin de détruire les chromosomes du bébé.

On retrouve un champ lexical commun aux ouvrages de Ogawa : liquides, neige, odeurs, descriptions cliniques.

Thèmes : Obsession, Grossesse, Maternité, Fatalité

Citations

:

  • J’ai du mal à comprendre ce qu’est un couple. Cela m’apparait un peu comme une étrange entité gazeuse. Un corps éphémère, sans contours ni forme, qu’on à du mal à distinguer dans la transparence de son flacon triangulaire, au laboratoire.(16)
  • Elle s’est endormie d’un seul coup, comme si on avait actionné un interrupteur. Elle dort beaucoup ces derniers temps. Elle dort paisiblement, comme si elle s’enfonçait dans un marais froid et profond. (18)
  • Et tu as vu comme les macaronis ont une forme bizarre ? Quand ces cylindres se coupent à l’intérieur de ma bouche, j’ai l’impression là, tout de suite, de manger des tubes digestifs. Des tubes visqueux, comme ceux qui laissent passer la bile ou le liquide pancréatique (p20, 7 semaines )
  • « Entre nous deux, l’ombre fragile d’un bébé hante les ténèbres » p25
  • Chaque odeur s’étale comme un ectoplasme, une autre vient l’envelopper et la phagocyte, une autre encore vient les rejoindre et ainsi de suite, à l’infini… (P29, 11 semaines + 4 jours)
  • Est ce que tu sais à quel point les odeurs sont terrifiantes ? On ne peut pas leur échapper. Elles m’attaquent sans aucune pitié. Je voudrais aller dans un endroit où les odeurs n’existent pas. Un endroit comme une chambre d’hôpital aseptisée. Là, je déviderais mes intestins et je les laverais à l’eau pure jusqu’à ce qu’ils deviennent tout brillant. (P30, 11 semaines + 4 jours)
  • J’ai déjà vu une photographie de chromosomes quelque part dans une revue scientifique. On aurait dit un alignement de couples de larves de papillon jumeaux. Les larves avaient une forme ovale, longue et étroite, juste assez ronde pour pouvoir les prendre entre le pouce et l’index, et leur petit rétrécissement et leur enveloppe humide  ressortaient avec beaucoup de fraîcheur. Chaque couple avait sa personnalité propre et il y en avait pour tous les goûts : ceux dont l’extrémité  était retournée comme la poignée d’une canne, ceux qui étaient absolument parallèles l’un par rapport à l’autre, et ceux qui étaient collés dos à dos comme des frères siamois. Quand je pense au bébé de ma soeur, c’est toujours de ces larves jumelles qui me viennent à l’esprit. Je déchiffre à l’intérieur de ma tête la forme chromosomique du bébé. (p35, 14 semaines + 6 jours)
  • L’odeur acide du jus de fruits mêlée à celle de la pluie flotte entre nous deux (p60, 27 semaines + 3 jours)
  • Tu n’as aucune raison d’avoir peur. Un bébé c’est un bébé. C’est moelleux et fondant, ça serre toujours ses petits poings et ça pleure d’une voix insupportable, lui ai-je dit. (p64)
  • Dans cette bouteille de verre incolore tremblait le produit capable de détruire les chromosomes du fétus (P64)
  • L’université est en vacances pour l’été. Est ce que je vais devoir supporter la grossesse de ma soeur pendant tout ce temps ? (p65, 35 semaines + 2 jours)
  • Je me suis mise à marcher vers la salle des nouveaux-nés, à la rencontre du bébé détruit de ma soeur. (p70, 38 semaines + 1 jour)

Divers:>

  • La Grossesse (妊娠カレンダー Ninshin karendā, 2/1991,
  • Prix Akutagawa 1990;
  • Actes Sud 1997
  • Emprunt Bibliothèque du KB, 22/03/2014
  • Note : ***** (4/5)
Mes livres sur Babelio.com
Publicités

Amours en marge de Yoko Ogawa

Amours en marge de Yoko Ogawa
Amours en marge de Yoko Ogawa

 

Critique, avis :

La narratrice, une jeune femme de 24 ans mariée est hospitalisée dans un service O.R.L. à la clinique F. pour des problèmes d’audition « mes bourdonnements, provenaient d’un abîme » .  (Peut-être ce même bourdonnement que l’on retrouve dans la nouvelle « Les abeilles » ) Puis invitée lors d’une table ronde, chaque participant nous conte ses problèmes d’oreille ainsi que la relation qui pourrait exister avec des évènements de leur vie : une rupture, un décès. Lors de cette conférence elle croise le regard de Y, mais plus que le regard elle est attirée, subjuguée  par les doigts de Y. qui sténographient tous les échanges de cette table ronde.

Puis l’histoire se porte sur cette fascination que porte cette jeune femme pour les dix doigts de Y.. Puis cet attrait pour ces doigts longs, soignés, graciles et magiques va peu à peu se transformer en amour, un amour chaste. Y. se plie aux demandes de la jeune femme de ‘rencontrer’, ‘prendre en main’ ses doigts, de le voir sténographier des moments de sa vie. Y. reste toujours en retrait de ses doigts. « Il savait très bien que ce n’était pas à lui que je m’adressais. Je parlais pour ses doigts »

Cette relation amoureuse complexe est indicible, car elle met en scène des doigts de Y et non l’individu en lui-même. Il(s) se plient à cet amour. Les dix doigts  vont retranscrire la mémoire et les souvenirs de la jeune femme. Mais ces retranscriptions sténographiées de souvenirs seront emportées à chaque fois par Y. et conservées et classées précieusement, elle ne pourra pas en garder trace.

Je reste face à des  questions : Quelle est la part du réel de la réalité, à part Hiro personne n’est nommé. Quelle réalité auront ses transcriptions de souvenirs ?. Y. existe-t-il ou est-il un rêve, un souvenir ?, Y a -t-il un rapport entre le marquis et Y. Quel est cet étrange tâche sur la main de Y ?

J’ai ressenti énormément de sensibilité, cela m’a même ému à certains moments. La poésie est omniprésente, la délicatesse extrême : « Au moment où, ayant bien erré sur la mer du sommeil, poussé par un lent courant j’abordais le rivage de l’éveil ». Tout est écrit en douceur tel le bruit délicat d’un flocon de neige qui se laisse tomber.

Le roman peut paraitre parfois lent,mais il captive, envoute. il se mue doucement en conte fantastique.

Je poursuis ma découverte de Ogawa …

Thème : Amour, Mémoire, Souvenirs, Oreille, Doigts

Synopsis :

  1. La narratrice, une jeune femme de 24 ans mariée est hospitalisée dans un service O.R.L. à la clinique F. pour des problème d’audition « mes bourdonnements, provenaient d’un abîme » . Lors d’une table ronde, chaque participant nous conte ses problèmes d’oreille ainsi que la relation qui pourrait exister avec la vie : une rupture, un décès. Lors de cette conférence elle croise le regard de Y.
  2. Après la sortie de la table ronde, elle se fait de nouveau hospitalisée. Son mari vient la voir après quatre mois d’absence. Sur un carnet de croquis, son mari à rempli des pages d’écriture pour sa femme  : « Sur ce genre de placards, la vérité est toujours proclamée, mais je ne sais pourquoi, c’est un vérité qui n’arrive pas jusqu’à l’âme ». Il a préparé une déclaration de divorce, et la laisse à sa femme. Dernière page du carnet « Au revoir ! » avait-il écrit. « Tu as l’intention de vivre avec elle ? », un murmure qu’elle prononce et qui résonne comme un écho pour elle.
  3. Souvenirs : elle se rappelle du cornet acoustique de Beethoven vu dans un musée. Y le sténographe vient la voir, afin de lui faire corriger les notes prises lors de la table ronde. Une envoutante alchimie se dégage « Il  utilisait souvent des sourires à la place des mots. Des sourires simples, qui ne dissimulent rien » p38, « des mots écrits qui apportaient une paix agréable à mes oreilles, p41 ». Elle lui demande voir sa main droite, il lui donne sa carte de visite et part.  
  4. L’automne se finit, elle quitte la clinique F., dépose la déclaration de divorce à la mairie puis se rend chez elle. L’appartement est dépouillé il ne reste que ses affaires. la pluie lui rappelle un garçon de treize ans qui joue du violon, le même qu’elle avait rêvé au musée. Hiro passe la voir et lui donne de l’argent de la part de son oncle.
  5. Plus tôt, au printemps « je me suis aperçue de la trahison de mon mari » . Son mari lui coupe les cheveux , une appréhension, une atmosphère, le mouvement de ses doigts. Son mari lui confirmera ses soupçons trois semaines plus tard.
  6.  Elle téléphone à Y, ils se retrouvent dans le vieil hôtel de la conférence. Ils déjeunent. Les sens sont en éveil le jasmin qui soigne un enfant : »Nos paroles avaient été absorbés par le parfum« .
  7. Elle passe un entretien d’embauche dans une meunerie, mais n’est pas prise. Hiro la rappelle. Il  l’informe que son ex s’est remarié à une fleuriste, que la cérémonie a eu lieu dans un restaurant Thaïlandais. Elle va acheter des fleurs pour voir la nouvelle femme de son mari, achète des pavots puis les donne au gardien de l’ambassade.
  8. Le bourdonnement revient, elle classe les bruits en plusieurs catégories. Retourne voir le médecin chercher des médicaments . Y. la croise, la jeune femme est obnubilée par les mains de Y. « Je sentais avec certitude que c’était important à ce moment là de passer le plus de temps possible avec Y. p100 », « Pourriez-vous me prêtez vos doigts pour mes oreilles ? p103 »
  9. Y se rend chez le jeune femme, puis va transcrire les bourdonnements d’oreille, boivent du vin et parlent de gants tricotés. Il neige.
  10. Hiro et Y. téléphonent, ils vont déjeuner tous les trois. Hiro est curieux de connaître des secrets. Ils lui offrent des cadeaux pour son anniversaire, Y du parfum « Je l’ai fait préparer pour qu’il soit à votre image, dit Y (118) »
  11. A la fin du repas, trop de neige pour avoir un taxi, ils se dirigent vers le métro « …Pourquoi, lorsque j’étais avec Y., autour de nous tout était calme, oui , comme si nous nous trouvions derrière une oreille, cet endroit oublié de tous ? p122 ». « J’ai serré fermement la main de Y, lui confiant mon corps », 131
  12. « Il savait très bien que ce n’était pas à lui que je m’adressais . Je parlais pour ses doigts » 138, elle lui demande une feuille sténographié, mais il refuse car c’est pour lui un fragment de mémoire. ( Il conserve toutes les transcriptions dans une pièce, classé). Elle essaye de le retenir mais il veut rentrer : Elle  » Je souhaitais seulement offrir cette nuit a ses doigts et à moi , 139″
  13. Elle repasse à l’hôpital puis à l’hôtel, s’attend à rencontrer Y. mais il n’est pas là. Un manque , elle prend un bus au hasard pour se rendre au musée ou ils s’étaient rendus tous les trois. Mais arrive à un laboratoire de pisciculture, perdue, elle appelle Y. pour qu’il vienne la chercher. Y arrive et ils visitent le musée. Sa maladie ressemble à un poisson pélagique.
  14. Elle a prise une dose trop importante de médicaments (suicide ?), se sent mal. Hiro passe et l’aide, Y. le remplace après, elle est alitée.
  15. « Tu as l’air de bien dormir alors je rentre. J’ai eu du mal à détacher mes doigts de tes bras. On aurait dit que dans ton sommeil, ils voulaient les garder prisonniers à l’intérieur de ton corps. Cela m’a fait penser à une liane incrustée dans un vieux tronc d’arbre, impossible à enlever. Les marques que tu as laissées sur mes doigts sont restés longtemps avant de disparaître. J’ai tiré assez fort pour réussir à dégager mes doigts, mais cela ne t’a pas réveillée. Tu dormais doucement. La forme de mes doigts est restée en creux sur ta poitrine. Tu as continué à serrer ce creux entre tes bras. En voyant cela, je ne sais pas pourquoi, j’ai été ému. J’ai voulu te réveiller pour te dire quelque chose. Mais en fait aucun me venait. Je vais revenir très vite« . 164
  16. Elle se rend au centre de publication des procès verbaux, association de sténographie. Il n’y a rien qu’un dépôt de meuble à l’adresse indiqué sur la carte de visite de Y. Dans le magasin d’antiquité un cadre avec une photo : le garçon de treize ans qui jouait du violon, le balcon et Y. (Vision, obsession ?)
  17. Elle retourne difficilement chez elle, Y arrive, pour transcrire ses souvenirs. « Tu t’es égaré dans les méandres de ta mémoire. En réalité, ta mémoire devrait s’entasser derrière toi. Mais par inavertance, elle s’est frayé un chemin à travers tes  oreilles et elle est passée devant toi. A moins que ce ne soit toi, au contraire, qui aies fait un pas en arrière;  Je ne sais pas plus que toi ce qu’il en est en réalité, mais il ne faur pas t’en inquiéter. Parce que ce n’est rien de plus qu’une légère distorsion entre toi et ta mémoire » 186.
  18. Elle se rend au cabinet de consultation, elle est guérie. Elle repart avec Hiro, laissant la clinique F. silencieuse

Personnages

  • Hiro: fils unique de la soeur aînée de son mari.

Lexique :

  • Noctiluque : Qui a la propriété d’émettre dans l’obscurité une lueur phosphorescente
  • Meunerie : Industrie de la fabrication des farines

Citations:

  • Les sons ne m’arrivent pas correctement, ils résonnent comme des aboiements. Finalement, c’est comme si je n’entendais rien. En fait, j’entends mieux les sons faibles parce qu’ils résonnent moins. (28)
  • Je suis sûre que les hommes disent beaucoup plus de mots qu’ils n’en pensent. Ils utilisent des conjonctions qui n’ont pas de signification, répètent la même chose. 43
  • Lorsque l’autobus est sorti lentement de la neige. On aurait dit un gros mammifère recouvert de fourrure blanche 124
  • Il a posé sa main sur mes cheveux, a passé une mèche derrière mon oreille. 126
  • De temps à autre, un paquet de neige tombait d’une branche comme un chat blanc. 130
  • Je pense que mes oreilles sont à la recherche de choses sans épines. Elles ont soif de souvenirs qui reçoivent la caresse de l’écoulement du temps, dont toutes les ronces ont été enlevées, de souvenir doux au toucher qui ne trahissent jamais de souvenirs qui n’égratignent pas et ne provoquent pas de douleur. Je crois que mes oreilles ont été blessées beaucoup plus que je ne le pensais. Je crois qu’elles essaient de se guérir par elle-mêmes (160)
  • Le temps que je passe avec toi sera-t-il ainsi enfermé un jour ? (160)
  • Au moment où, ayant bien erré sur la mer du sommeil, poussé par un lent courant j’abordais le rivage de l’éveil, je me suis enfin aperçue de sa présence. (167)

Divers:

  • Amours en marge (余白の愛 Yohaku no ai, 11/1991; Actes Sud 2005; roman)
  • Lu le 20/03/2014, prêt bibliothèque du KB
  •  Notes : *****

La piscine de Yôko Ogawa

la piscine de  Yôko Ogawa
la piscine de Yôko Ogawa

Critique :

Cette petite nouvelle de Yôko Ogawa, nous confronte à l’adolescence difficile d’une jeune fille. Ses parents dirigent l’orphelinat où elle va grandir. Elle se retrouver seule parmi une multitude d’enfants abandonnés. Cette dilution des relations familiales : les petits mangent tôt avec son père,  sa mère qui vit dans son monde va provoquer une perte de son innocence.  Isolée, elle est partagée entre l’amour qu’elle porte à Jun,  la cruauté qu’elle va porter envers une petite fille : Rie. Au début faire pleurer Rie lui suffit, puis il faut que les pleurs soient plus longs, plus forts. Elle sent un dégoût envers les petits : ‘les enfants en bas âge et les animaux exotiques me glaçaient’. Sa cruauté va atteindre son paroxysme lorsqu’elle donnera un gâteau avarié à Rie : « de petites tâches roses parsemaient ses joues, ses  mains et ses cuisses.C’était comme si le chou à la crème pourri avait corrompu ses viscères, donnant ainsi naissance à des moisissures roses ». Elle taira son forfait afin de goûter la cruauté jusqu’à satiété.

Thème : Adolescence, perversité

Citations:

  • C’était une grande jarre qui arrivait à la hauteur de la poitrine d’un adulte. Tout en frottant le dos de Rie dont la respiration était agitée, je me tenais devant la jarre. J’enlevais la planche de bois à moitié cassée qui lui servait de couvercle et laissai glisser doucement le corps de Rie à l’intérieur. Je voulais entendre encore des sanglots de bébé. Je voulais goûter toutes sortes de pleurs. Rie recroquevilla ses deux jambes comme si elle était prose de convulsions et s’accrocha désespérément à mon bras. Elle était terrorisée.
  • Ses hurlements n’en faisaient plus qu’un, qui s’écoulait avec souplesse à l’intérieur de moi comme du métal en fusion.
  • Ces nourritures d’aspect grotesque jetées dans les poubelles en plastique réveillèrent ma tendance à la cruauté. Si j’enfermais Rie dans la poubelle, hurlerait-elle encore de frayeur comme le dernière fois ? Allait-elle pleurer et pleurer encore jusqu’a être trempée de larmes, de transpiration et de morves et qu’au bout d’un moment ses cuisses veloutées se couvrent de moisi comme un duvet teint avec une poudre colorée ? (49)

Divers:

  • Actes Sud, 1995, lu le 18/03/2014, emprunt bibliothèque du KB
  • La Piscine (ダイヴィング・プール Daivingu puru, 8/1990; Actes Sud 1995; novella)
  • Note : *****

 

Les abeilles de Yôko Ogawa

Les abeilles de Yôko Ogawa
Les abeilles de Yôko Ogawa

Thèmes : Souvenir, Ennui, Solitude, Terreur, Mystère, infirmité, polar.

Critique :

C’est le deuxième ouvrage de Yôko Ogawa que j’ai en main, le premier « La petite pièce hexagonale », ne m’avait pas laissé un souvenir immémorial.

Là par contre dans les abeilles je découvre un petit diamant.

Une écriture poétique, et un mystère oppressant qui s’insinue chez le lecteur page après page, distillé au compte goutte par la jeune narratrice : son ennui d’abord, un bruit obsédant, une mélancolie. Puis l’appel d’un cousin qu’elle n’a pas vu depuis près de quinze ans, une vieille pension déserté et un directeur infirme qui subissent une décrépitude inéluctable, une disparition non élucidée. Des questions sans réponses…

Un sentiment de malaise indicible nous poursuit jusqu’à la fin de ce roman. Au final une nouvelle sublime, une écriture subtile écrite avec des mots simples qui intensifie la force de cette nouvelle.

 Synopsis :

la narratrice, une jeune femme fait un patchwork, elle est obsédée par un bruit dérangeant, l’ennui la mine.

Son cousin la rappelle après plus de 15 ans, il recherche un logement dans une résidence universitaire car il rentre à l’université ( La dernière fois qu’elle l’avait vu il avait 4 ans). Elle téléphone au directeur d’une résidence qu’elle avait fréquentée. Le directeur accepte l’inscription malgré un état de décrépitude de la résidence étudiante. Son cousin arrive, ils discutent de souvenir du passé. Le jour de la rentrée, quelques inquiétudes du cousin, rien n’a changé dans cette ancienne maison, la narratrice a des souvenirs qui émergent de sa période universitaire. Ils rencontrent le directeur handicapé ( Il a perdu une jambe et les deux bras !!). Le directeur les invite à prendre le thé : on assiste au cérémonial du thé effectué avec le menton et la clavicule. Le jour de la rentrée universitaire arrive, c’est la séparation : une nouvelle solitude. Elle passe rendre visite à son cousin, mais celui-ci cousin n’est pas encore rentré de l’université, elle prend un gouter avec le directeur, puis se lasse et rentre sans le voir. La pension semble toujours vide. Le directeur se lance dans un monologue un peu malsain décrivant les corps et les organes des jeunes, son cousin est encore à l’université. Une dizaine de jours plus tard elle retourne le voir mais un accident de voyageur dans le train le retarde.

Elle demande au directeur pour quoi si peu d’étudiant dans cette résidence : une rumeur a fait diminuer le nombre d’étudiant : Un étudiant a disparu. La police a enquêté et le directeur a été interrogé de nombreuses fois, mais l’enquête n’a rien donné, des rumeurs ont alors couru. Le directeur lui propose de visiter la chambre du disparu, il lui raconte l’attrait qu’il avait pour les mathématiques, qu’il était gaucher. Elle fait des recherches dans les journaux de l’époque pour se renseigner sur cette disparition, mais ne trouve rien. Une dizaine de jours plus tard elle retourne voir le directeur, il est alité. Son mari lui renvoie une lettre de Suède, il l’attend, partir rejoindre son mari en Suède l’inquiète. Elle se rend chaque jour voir le directeur dont la santé décline, elle ne rencontre jamais son cousin, aussi elle commence à se poser des questions :

Pourquoi les tulipes fleurissent-elles d’une couleur si étrange ? Pourquoi est ce que je n’arrive jamais à voir mon cousin ?  Pourquoi le directeur peut-il décrire aussi bien les muscles et les articulations et les omoplates de mon cousin ?

Le mystère s’épaissit …

Mes abeilles

Citations

  • Le bruit de la nuit qui s’écoule à l’intérieur de la paume, après le coup de téléphone de l’amant (p11)
  • La nature véritable du problème se cache tout au fond de la glande pinéale qui se trouve au coeur du cervelet, lui même au coeur du cerveau. (p18)
  • Les jours se succédaient, informes comme ramollis par l’humidité(19)
  • Peut-être que  vivre seul ressemble à ce que l’on éprouve quand on perd quelque chose (29)
  • L’abeille volait à nos pieds. De temps en temps, il lui prenait l’idée de s’élever et elle s’approchait alors  craintivement de nous, pour s’éloigner aussi tôt. (48)
  • Vous êtes vraiment sûr que ça ira ? Vous allez vous remettre rapidement ? insistais-je. « Bien au contraire, c’est inguérissable ». Le directeur avait laissé tomber ces mots d’une manière si cruelle et si définitive que sur le coup je n’en saisis pas la véritable signification.(57)
  • Si je restais immobile, le bruit des ailes s’infiltrait comme un liquide jusque dans les minuscules conduits de mon oreille interne.(61)
  • Ma poitrine toujours glacée vibrait encore comme les ailes des abeilles (63)

Divers : 

  • Actes Sud ,1995. Lu le 15/03/2014, Biliothèque du KB
  • Les Abeilles (ドミトリイ Domitorī, 2/1991; Actes Sud 1995; novella)
  • Note : *****
Mes livres sur Babelio.com

La petite pièce hexagonale de Yoko Ogawa

La petite piece hexagonale

Résumé éditeur

Dans les vestiaires d’une piscine, une jeune femme est soudain attirée par une inconnue pourtant banale, effacée et silencieuse. Quelques jours plus tard, elle croise à nouveau l’inconnue qui marche dans la rue accompagnée d’une vieille dame et, fascinée, elle les suit à travers la ville jusqu’à une loge de gardien au milieu d’un parc. A l’intérieur, les deux femmes sont assises sur des chaises, elles semblent attendre leur tour. La plus âgée se lève, entre dans une haute armoire hexagonale : la petite pièce à raconter…

Etrange et obsédante, cette courte histoire fait appel à la poésie et à l’imaginaire pour évoquer les mystères de l’introspection, de la confession et de la psychanalyse.

Ma critique :

Premier livre que je découvre de Yôko Ogawa, j’ai trouvé ce court récit mystérieux, un peu dérangeant, il m’a mis mal à l’aise. L’héroïne qui suit une femme mystérieuse, sans raisons d’une piscine  à un immeuble à moitié vide dans une zone industrielle…Qui découvre une petite pièce hexagonale, sorte de matrice qui pousse à l’introspection,  gardé par deux personnes.

Sa douleur au dos, sa rupture sans raison apparente, sa culpabilité sur cette rupture qui la rend haineuse.

La pièce hexagonale, est ce un confessionnal, un moment de retour sur soi même, est ce une métaphore d’une séance de psychanalyse?, on peut dans cette pièce se taire, parler, le temps disparait à l’intérieur. Elle peut soigner ou libérer, mais peut également présenter des dangers pour les personnes qui s’y réfugierait trop longtemps.

Mystérieusement cette pièce est déplacé d’une ville à l’autre sans  indice sur sa prochaine étape. Aucun indice, pas vraiment de morale à ce récit, pas vraiment d’histoire, je reste un peu sur ma faim. La découverte de Yôko Ogawa ne se fait peut être pas par ce roman, il me faudra continuer à découvrir cet auteur par un autre biais surement.

Les personnages :

  • Midori avec la vieille femme.
  • Michio : l’amoureux rejeté
  • Yuzuru : Gardien de la pièce hexagonale

Les citations :

  • « Pendant que nous nous étions fréquentés, je n’avais cessé de penser que ce manteau ne lui allait pas et qu’il ferait mieux de l’abandonner, mais finalement j’avais été incapable de le lui dire.
  • Au début je n’avais pas osé de peur de le blesser, et à la fin il pouvait bien porter ce qu’il voulait, je m’en moquais éperdument. »
  • « Pour tout le monde, le point final de la destiné est la mort, mais il n’y a sans doute pas beaucoup de gens pour qui c’est une raison de perdre toute énergie vitale dès le départ.

Divers :

  • La Petite pièce hexagonale (六角形の小部屋 Rokkakukei no kobeya, 10/1994; Actes Sud 2004; novella)
  • Note : *****
Mes livres sur Babelio.com