Archives du mot-clé totalitarisme

Être sans destin de IMRE KERTÉSZ

Être sans destin de IMRE KERTÉSZ
Être sans destin de IMRE KERTÉSZ

Aujourd’hui, je ne suis pas allé au lycée. C’est-à-dire que j’y suis allé, mais seulement pour demander au professeur principal la permission de rentrer à la maison. Je lui ai donné la lettre par laquelle mon père sollicitait une autorisation d’absence “pour raisons familiales”. Il m’a demandé quelle sorte de raisons familiales ce pouvait être. Je lui ai dit que mon père avait été réquisitionné pour le service du travail obligatoire ; alors il n’a plus fait de difficultés.

C‘est ainsi que démarre l’histoire de cet adolescent juif Hongrois de 15 ans, son père vient d’être réquisitionné pour le STO, lui est pris dans une rafle, (étoile jaune) et se retrouve déporté.

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Au pays des choses dernières de Paul Auster

Au pays des choses dernières de Paul Auster
Au pays des choses dernières de Paul Auster

De  “pays des choses dernières” également appelé « LE voyage d’Anna Blume », la narratrice tente de survivre dans une ville au visage apocalyptique,  venue chercher son frère disparu – elle écrit une longue lettre qui ne suppose pas de destinataire. Elle se fond dans la ville, dans sa population, à la recherche d’une lueur d’espoir, d’un souffle de vie. Plus qu’un roman, un témoignage, un testament.

Ce sont les dernières choses, a-t-elle écrit. L’une après l’autre elles s’évanouissent et ne reparaissent jamais. Je peux te parler de celles que j’ai vues, de celles qui ne sont plus, mais je crains de ne pas avoir le temps. Tout se passe trop vite, à présent, et je ne peux plus suivre.

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Nouilles froides à Pyongyang de Jean-Luc COATALEM

 

Nouilles froides a pyongyang Jean-Luc COATALEM
Nouilles froides a pyongyang Jean-Luc COATALEM

L’auteur endossant le rôle d’un voyagiste va nous faire découvrir ce merveilleux pays qu’est la RPDC : République populaire démocratique de Corée. Il est pour cela accompagné de son ami Clorinde, une personne plutôt casanière qui affectionne davantage la lecture que les voyages. Dès le départ ce tour opérateur va être encadré, balisé, contrôlé, surveillé, par trois guides qui se pré nomment  Kim. Kim 1 surveille Kim 2 et rapporte à Kim 3. « Le rôle de nos anges gardiens est double : nous montrer ce que nous devons voir, nous éviter d’approcher ce que nous ne devons pas voir. Tâche ardue puisqu’il y a plus d’interdits que d’autorisations« . Le voyage va nous sembler long car il n’y a rien à voir sur ces routes quasiment vides, les hôtels désertés, « draps douteux et néons épileptiques, où les toilettes sont bouchées et où le robinet, quand il a de l’eau, fuit. », les tables de restaurant à l’identique ou les assiettes sont remplacés par des accessoires de dinette. « Toi qui entres ici oublie le diamètre de l’assiette normale ! Mais aussi celui de l’assiette intermédiaire comme celle dite à dessert pour ne te souvenir que des plus petites, sous-tasses à café et soucoupes. Car c’est ainsi que tout, désormais, te sera servi : dans de la dînette. Avec peu à manger dessus. Et encore, tu es privilégié : le reste de la RPDC crève de faim. »

Seuls les statues et les mausolées à la gloire du « Fils de l’Humanité » alias l’« Etoile Polaire du Communisme » sont réelles et pourraient nous dérider.

Ces deux touristes au pays du matin calme vont se replier sur la lecture de Melville, car ils s’ennuient « Notre équipée surréaliste est aussi grotesque. Dix ou douze heures par jour, nous avons l’impression de jouer à un jeu de société (!) où l’essentiel serait invisible. Et le reste feint. »

Et moi, je reste sur ma faim, la lecture est édifiante, le goût des nouilles amer, les visites ennuyeuses, la dictature réaliste. Si vous avez déjà vu les quelques documentaires qui retracent la vie dans le pays des Kimjong-Land vous n’apprendrez rien de plus. Si l’on peut terminer sur une note optimiste : » Ainsi que le rappelle le proverbe chinois, même dans un trou de souris peut se glisser le rayon de soleil… »

Citations

  • Sous le glacis, cet autre « pays du matin calme » fait régner l’abomination. Silence, messieurs les Occidentaux, ici on casse les fortes têtes, lave les cerveaux, torture au fer rouge et à la baignoire, et on pend les irréductibles dans les goulags, des cailloux enfoncés dans la gorge afin qu’ils ne hurlent pas leur haine au dernier moment
  • Avant d’aller dîner (ou déjeuner ?) avec Clorinde, je m’accorde une heure de lecture – « le livre est un professeur silencieux et un compagnon de vie », n’a cessé de marteler Kim Il-sung, qui n’a jamais lu les bons auteurs.
  • Parler, c’est le début des ennuis avec le comité du Parti, les services de sécurité, le Bowibu et l’Anjeobu
  • On croirait une imitation besogneuse de l’Allemagne nazie. Or, rien n’a changé depuis. Pis, les images par satellite de 2011 ont montré que les camps avaient pris de l’ampleur. Le plus vaste ferait cinquante kilomètres de long sur quarante de large.
  • Au-delà de l’hommage, même feint, ce rituel est humiliant. A l’exemple des Nord-Coréens, les étrangers doivent aller se prosterner aux premières heures de leur séjour. Acheter ces fleurs fades que des mains récupèrent et revendent ensuite à d’autres pèlerins. Monter vers celui qu’on nomme sans ciller la « Lumière du genre humain » ou le « Sommet de la pensée ». Baisser la tête devant sa statue aussi écrasante que creuse. Répéter les formules de soumission…
  • Et puis toutes les dictatures se ressemblent, jusqu’à la rancune. Gare aux transfuges ! Leur famille, leurs proches, voire leurs amis, s’ils n’ont pas suivi, en font les frais. Dénoncer le canard boiteux est une sécurité en soi – si vous ne l’avez pas fait, c’est que vous êtes aussi coupable, on vous embarquera. Une manière d’amputer haut et court le membre gangrené.
  • Toi qui entres ici oublie le diamètre de l’assiette normale ! Mais aussi celui de l’assiette intermédiaire comme celle dite à dessert pour ne te souvenir que des plus petites, sous-tasses à café et soucoupes. Car c’est ainsi que tout, désormais, te sera servi : dans de la dînette. Avec peu à manger dessus. Et encore, tu es privilégié : le reste de la RPDC crève de faim.
  • Mais ceux qui partent en mission reviennent (presque) toujours. En cas contraire, leur famille et peut-être leurs voisins seraient arrêtés et déportés. Le régime a inventé ce concept de « culpabilité par association » qui, emprisonnant les proches.Quant à l’aide humanitaire des organismes internationaux (la FAO, le PAM, l’UNICEF), elle a été plus d’une fois détournée au profit des élites. Du coup, le principe de « Pas d’accès/Pas de nourriture » exigé en contrepartie, soit la vérification que les secours parvenaient aux populations vulnérables, en a enrayé les mécanismes – le pays ne tenait pas à une ingérence étrangère trop appuyée. En attendant, les ONG (dont deux françaises, actives depuis dix ans) font ce qu’elles peuvent sur le terrain lorsqu’elles y sont autorisées.
  • Chaque citoyen serait réparti dans l’une des trois classes (les « durs », les « hésitants », les « hostiles ») et, en fonction de sa fiabilité personnelle et familiale au Parti, sur une échelle de cinquante et un échelons. Si les premiers niveaux rassemblent les proches et les alliés du pouvoir, cœur du régime, avec le droit de vivre dans ou près de la capitale, les derniers sont des parias


Divers :

Ebook Livre lu la dernière fois: 2014-04-15 14:00:28
Note :  ***** (3/5)
5.3 heures de lecture, 26 minutes par session, 484 pages
16 janvier 2013