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Le Convoi de l’eau de Akira YOSHIMURA

Le Convoi de l'eau de Akira YOSHIMURA
Le Convoi de l’eau de Akira YOSHIMURA
Le convoi de l’eau est l’histoire de deux mondes parallèles séparés par une frontière abstraite, des villageois (une communauté du passé) qui semblent ignorer le travail de destruction de leur hameau, et de l’autre les ouvriers qui préparent le barrage.
Cette frontière est représentée comme le choc de deux civilisations, celle cachée depuis de nombreuses années (innombrables stèles) du hameau et en face celui de la technologie qui va les écraser sans remords telle une vague. Symboliquement, on fera disparaître le hameau sous un lac artificiel. On ne comprend guère le mode de fonctionnement des villageois, on les observe par les yeux des ouvriers en s’interrogeant et une angoisse indicible les entoure,
Le narrateur est le rouage entre ces deux mondes (meurtrier de sa femme qui l’avait trompé, il fait plusieurs années de prison.) il possède une cruauté intrinsèque étant enfant qu’il raconte. Cette sérénité qu’il va ressentir avoir après avoir tué se retrouvera symboliquement dans ce village. Il revivra ses actions dans ce hameau, tel un spectateur. Le village condamnera une femme qui se fera violer par un ouvrier. Elle expiera sa honte en se pendant. Le corps restera exhibé pendant plusieurs jours pourrissant. C’est le narrateur qui viendra enterrer le corps en décomposition, peut-être celui de la mémoire de se femme.
On retrouve des thèmes communs à d’autres oeuvres de Yoshimura, sur la sacralisation des morts, des stèles (« Le sourire des pierres ») et l’esprit des morts sur les vivants, l’intemporalité
J’avais été sous le charme de « La Jeune Fille suppliciée sur une étagère », et ici de nouveau la magie à opérée, cette écriture laisse des traces et me ravit
Thème : meurtre, adultère, mort, intemporalité, guerre, stèle, eau

Synoptique

  1. Après 5 jours de marche, le narrateur arrive dans une vallée avec un petit hameau et une grande étendue de pierres tombales. Ce hameau isolé est découvert à la fin de la guerre, une unité étant partie à la recherche d’un bombardier américain écrasé. La vallée est idéale pour faire une retenue d’eau pour un barrage. Une première équipe de treize ingénieurs et de 60 ouvriers s’y rend afin de faire des analyses de terrain. Les techniciens campent près du village, ils ressentent une angoisse indicible vis à vis des habitants.
  2. les équipes sont divisés en arpentage et sondage, le narrateur s’occupe du sondage avec Nogami. Ils doivent faire exploser de la dynamite, l’explosion est si forte que tous les habitants du hameau sortent. le souffle provoque des crevasses sur les toitures. Puis les jours suivants les habitants se résignent partent dans la forêt, fabriquent des échafaudages et réparent leurs toits. Le forage se poursuit jusqu’au fond de la vallée puis l’autre versant. L’explosion re détruit les toitures, ils se remettent au travail sans découragement ni révolte. Les ouvriers témoins s’agacent du labeur des villageois
  3. Après vérification des données, les travaux continuent. Des baraquements sont construits pour les prochaines équipes.Ils trouvent une source d’eau chaude et viennent alors tous s’y baigner au détriment des villageois. 200 ouvriers devraient arrivés en support. Des hommes sont présent pour l’indemnisation des 300 habitants, mais les stèles posent problèmes. Une délégation vient voir les ouvriers dont une femme honteuse qui désigne Tamura, 50 ans. Les autres jaloux éprouvent un sentiment de haine envers lui. Le lendemain une forme humaine vêtue de blanc pendait à une branche de paulownia. Suicide ou a t-elle été forcée à se tuer par les gens du hameau p91. Le lendemain le corps est toujours pendu mais Tamura a disparu. Il est retrouvé mort, On conclu une mort accidentelle afin d’éviter une enquête. La nouvelle équipe arrive et le corps reste pendu
  4. De nouvelles équipes arrivent encore plus nombreuses, Des villageois partent,   ne sait ou, équipés d’un ballot. Le narrateur se souvient de ses deux filles ( qui maintenant doivent avoir 10 et 15 ans). Ils pensent aux habitants qui vont recevoir des compensations mais ne sauront pas les utiliser, déracinés de leur terre, car ils n’ont pas de contact avec l’extérieur / la civilisation. Les habitants acceptent les propositions sans négociés. Le corps de la fille est toujours pendu il prend une couleur verte. Les villageois retirent les stèles puis creusent la terre. Le narrateur se souvient avoir ouvert la tombe de sa femme, les villageois se mettent à construire de petites boîtes en bois pour y mettre les ossements puis les déplacer vers un temple.  Il se promène vers le village et va voir le corps de la jeune fille pourrissant, un garçon est à côté son frère peut-être « La posture de la fille disait bien qu’elle expiait sa faute. Couverte de moisissures, elle l’avait gardée, continuant à implorer le pardon » 139. Il prend une pelle et va inhumer le corps, les villageois sont présents avec de la colère.Un jeune garçon lui offre un faisan. Les ouvriers pensent qu’il a fait cela pour racheter la faute de Tamura. Les villageois retournent déterrer le cadavre et le mettent dans un cercueil, une cérémonie bouddhique a lieu.
  5. Le jour du départ pour les habitants est arrivé, ils mettent le feu au hameau. Nogami s’affole et essaye d’éteindre l’incendie, des chauves-souris s’envolent les ailes en feu. Le hameau part en fumée.

Personnages

Tamura : Ouvrier qui viole une villageoise
Nogami : Chef d’équipe, surnommé Wagonnet à cause d’un accident au barrage K4.
Le Maire : Un gamin de 16/17 ans pâle à l’air maladif.
Chizuko : Femme du narrateur
Yodono : L’amant de sa femme, chef comptable de l’entreprise d’enseigne au néon.

Citations

  • Je me demande pourquoi, dans ce genre d’affaire, au lieu de tuer l’amant, le mari s’en prend à sa femme ? p88
  • J’avais repoussé violemment les pierres pour creuser, et en découvrant les os de ses jambes qui sortaient de terre, je n’avais pas pu contenir la colère qui montait en moi, je les avais frappés à grands coups de pioche. Les os s’étaient brisés. Mais en même temps, par contrecoup l’extrémité de ses pieds était sortie de terre. En apercevant ces choses qui ressemblaient à des champignons blancs pointant hors de la terre, j’y avais vu ma femme encore vivante.122
  • La montagne, enveloppée de feuillage rouge vif, présentait un contraste remarquable avec la blancheur des os 123
  • La posture de la fille disait bien qu’elle expiait sa faute. Couverte de moisissures, elle l’avait gardée, continuant à implorer le pardon » 139

Divers:

  • Le convoi de l’eau  (水の葬列Mizu no sōretsu?) – Actes Sud, 2009
  • Note : ***** (4,6/5)
  • Bibliothèque du KB
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La jeune fille suppliciée sur une étagère de Akira YOSHIMURA

 

la jeune fille suppliciée sur une étagère de Akira Yoshimura
la jeune fille suppliciée sur une étagère de Akira Yoshimura

Akira Yoshimura (吉村 昭Yoshimura Akira) est un auteur japonais, né en 1927 à Tokyo. Ses romans s’inspirent de légendes japonaises (Naufrages) ou bien encore de faits divers souvent liés à la seconde guerre mondiale  (La guerre des jours lointains). Son style d’écriture souvent assez sombre est d’une remarquable précision, presque chirurgicale. Il est décédé le 31 juillet 2006. A reçu de très nombreux prix littéraires. Le roman Liberté conditionnelle a servi de base au film L’anguille de Imamura.

Avis :

Premier livre de Akira Yoshimura que je lit et là … une grande découverte. Deux nouvelles, la première est la plus troublante, fascinante. J’ai eu du mal à lâcher le premier des ces deux récits, je me suis senti comme en apnée, ne prenant ma respiration qu’aux derniers mouvements de Mieko.    L’histoire de Mieko Mizuse d’une jeune fille de 16 ans qui vient de rendre son dernier souffle. Ses sens sont accrus « Son ouïe est pure et pénétrante ». Le ton est léger au dessus des actes de dissections, tel l’âme de Mieko, mais la plume est aussi acéré que les scalpels utilisés.

La mère de Mieko a vendu le corps de la jeune fille à un hôpital universitaire. La vie est rythmée des dissections, éviscérations, entourés d’un professeur en admiration devant un squelette. des employés qui ne peuvent se défaire de l’odeur des cadavres et que leur femme quittent. Le manque d’humanité de la mère est étonnant : n’appellera le médecin qu’à la dernière extrémité,  fait travailler sa fille comme strip-teaseuse (Un métier qui rapporte plus)…

On se prend au jeu, et une dose d’empathie envahit, la douleur qui devrait s’en suivre n’existe pas, elle est non ressentie, sauf par le lecteur. Sa plus grande douleur : le rejet et le déni de ses proches.

Quels qualificatifs : Remarquable, Addictif , Envoutant,  pour cette nouvelle. Je ressors troublé de ce premier roman de Yoshimura, Cette lecture m’a donné envie de découvrir d’autres romans de cet auteur. J’attaque le prochain que l’on m’a recommandé : « Le convoi de l’eau », afin d’approfondir cette première rencontre avec Yoshimura.

Thème : Mort, âme, Stérilité, Suicide

Synoptique:

  • Les infirmiers se dépêchent de livrer le corps avant la rigidité cadavérique. Le corps sera incinéré puis rendu dans deux mois.
  • Le jour suivant, le corps abandonné des viscères poursuit sa « vie », on lui retire le cerveau pour le transvaser dans un récipient cylindrique rempli de formol. Puis son corps est plongé dans un grande cuve avec d’autres corps. Son corps commence à prendre une couleur marron. Il est extirpé et mis sur une table en béton. Le médecin avait voulu son corps est présent entouré d’étudiant. une étudiante également ce qui lui provoque un sentiment de honte : »vanité féminine ».
  • On amène une petite boîte, mais son corps tient dedans, on va l’incinérer puis rendre les cendres aux parents. Elle regarde fascinée la couleur des flammes, « L’intérieur du vase était tiède et confortable. Certains os émettaient encore un bruit léger semblable au cri du ver de terre ». l’urne est mise dans une voiture, passe près de chez Tomio. Sa mère ne veut pas l’urne, se plaint de ne pas avoir reçu assez d’argent de l’hôpital, que déposer l’urne dans un temple lui couterait trop cher. Son urne est déposé dans une petite chapelle ou se trouvent les corps non réclamés. Un calme profond règne : Etait ce la tranquillité de la mort ? Soudain un bruit, un insecte ? les vieux os se décomposaient, une succession ininterrompue, « Mes cendres se blottirent au sein de ces résonances effrayantes ».

Citation:

  • A partir du moment où ma respiration s’est arrêtée, j’ai soudain été enveloppée d’air pur, comme si la brume épaisse qui flottait alentour venait de se dissiper pour un temps. Je me sentais aussi fraîche que si l’on m’avait baigné le corps tout entier dans une eau limpide et pure.

Le sourire des pierres:

  1. Eichi étudiant retrouve Sone, ils se souvient de leur enfance. Ils habitent entre le cimetière et la voie ferrée. Il jouent habituellement dans le cimetière. Des rapports à la mort , une femme pendue dans le cimetière, (Le père de Sone et la jeune domestique entretenaient une liaison se sont jetés sous un train en contrebas du cimetière) . Il raconte à sa soeur sa rencontre.
  2. Sone se rend chez Eichi, celui-ci est absent il laisse un mot lui proposant un travail. Mais sans possibilité de refuser, leur voyage a pour but de voler des pierres tombales: « pierres bouddhiques » , Jizos. Ils se font arrêté par la police, Sone avait fait une tentative de suicide avec une femme mais s’en était sortit. Au retour Sone demande à Eichi si il lui louerait une chambre.
  3.  Sone emménage, il vend les Jizos à des antiquaires. Une fille vient le voir Mineko, puis sa mère qui craint un suicide. La soeur de Eichi est stérile et a été renvoyée par sa belle famille.Obsédée elle fabrique des vêtements pour les donner à un orphelinat.

 

Personnages :

  • Eichi Kitaoka: Etudiant, narrateur
  • Sone Kusuo: Effacé

Divers:

  • La jeune fille suppliciée sur une étagère (少女架刑?), 1959. Actes Sud, 2002, ISBN 978-2-7427-3955-4
  • Babel 773
  • Bibliothèque du KB, 29/03/2014
  • Note : ***** (5/5)

Le faste des morts de Kenzaburo Oé

Le faste des morts de Kenzaburo Oé
Le faste des morts de Kenzaburo Oé

Thème : Sexualité, Adolescence,  Domination, Faiblesse, Extrême droite,

Trois nouvelles sont regroupés dans cette ouvrage « Le faste des morts » 1957, « Le ramier » 1958, « Seventeen »  1963.

Le faste des morts : Le narrateur, un étudiant en lettre trouve un travail temporaire à la faculté de médecine consistant à transporter des corps. Accompagné d’une étudiante enceinte et névrosée et d’un gardien, ils ont en charge le déplacement des cadavres d’une cuve à une autre « Baignant dans un liquide brunâtre, les corps se tenaient enlacés et leurs têtes se heurtaient.« . Le narrateur semble être en dehors de son corps. Il subit des remontrances du gardien pour ses maladresses, puis du professeur de médecine qui pensait qu’il faisait ce travail pour un intérêt académique . Le rapport étrange de chacun des protagonistes avec les morts, ou des corps : »des choses sans conscience ». Les pensées ou les échanges qu’il reçoit des cadavres : « Tu as violemment bandé, non ?« , lui dit l’esprit ou le corps d’une fille flottant dans la solution de formol. Une erreur du secrétariat, les vieux cadavres devaient être embarqués pour être incinéré dans le crématorium. Travail inutile, heures supplémentaires… Un univers kafkaïen pour cette nouvelle, ou les protagonistes sont victimes de l’administration dans un travail inutile et qui semble sans fin, une atmosphère étrange et collante comme leur gants de caoutchouc.

Le ramier : Une prison d’adolescent, proche d’une décharge publique et d’un cloaque. La vie, les rapports des force entre les détenus. L’homosexualité entre les prisonniers encadrés par des surveillants sans humanité. Leur distraction qui est de collectionner des cadavres d’animaux et de les accrocher comme des trophées à un des murs. La recherche d’une punition du narrateur pour un crime pardonné: il saute du mur, se blesse, escalade de nouveau le mur pour sauter de nouveau et enfin se briser les os. Il est libéré.

Seventeen : Un jeune, sa fête d’anniversaire a été oublié. il semble transparent ou sans valeur aux yeux de sa famille : un père armé de principes libéraux qui a déserté de ses obligations de père. Il ne reste que sa soeur avec qui  il essaye de discourir, mais rapidement à bout d’arguments, acculé et en larmes il la frappe violemment. Il s’adonne à la masturbation jour et nuit, il a la phobie de s’endormir, du néant qui accompagne le sommeil, il a peu de confiance en lui-même, une peur des autres qui se transforme en haine.

La honte qu’il éprouve de lui-même suinte de ses pores, il semble que tout le monde ne voit que ses dépravations. La compétition pour les universités qu’il n’assume pas. Un de ses copains, l’invite à venir faire la claque pour la « droite extrême :Action impériale ». Il va écouter le discours démagogue parmi une foule de journalier. Ce langage simpliste plein de haine va trouver un écho dans son âme : »La voix de la révélation m’a touché ». il va trouver sa place et être adopté dans ce groupe « Tu es un garçon élu » qui va le valoriser et lui permettre d’ assouvir ses fantasmes de violence, de pouvoir et de vengeance. Il bascule et trouve dans ce parti la joie ultime d’appartenir à un groupe, d’être apprécié, respecté,  et craint des autres : « Elle regarda mon uniforme à la lumière d’une ampoule nue embuée.Puis son visage se ferma, presque odieux, et elle baissa les yeux ». Un sentiment exaltant qui ne le lâchera plus « j’aurais un orgasme qui durerait la vie entière« , une sensation de pouvoir et de force qui ne tient aucunement à un engagement politique quelconque.

Trois nouvelles, que je trouve de niveau inégales mais qui finissent dans le paroxysme de seventeen. Elles mettent à nu les sentiments et les actions primaires de l’individu : comportement , sexualité, rapport humains chez des adolescents : « Tu as dix-sept ans. Tu ne veux pas saisir ta propre chair ? » .

Citations :

  • « défense d’entrer. Défense de fumer ». La cuve était bourrée de cadavres qui tantôt plongeaient, tantôt refaisaient surface. A force de m’attarder sur ce spectacle, je sentais les mots s’hypertrophier à l’intérieur de ma gorge et remonter.(18,le faste des morts )
  • Des patients de l’hôpital, en pyjama, chaussés d’épaisses pantoufles, arpentaient lentement le trottoir. On aurait dit des carpes nageant dans les eaux hostiles du début du printemps. (p30, Le faste des morts )
  • Quand on tombe enceinte, la vie quotidienne fourmille d’espoirs négatifs. Du moins mon existence est pleine, elle en même pesante. (p32, Le faste des morts )
  • Je passais mes journées à subir le contact du thermomètre froid et dur entre mes lèvres entrouvertes et l’insertion du clystère qui me prurit à la fois une humiliation enragée et un plaisir indécent et secret, à recevoir les baisers que me donnaient les infirmières avec leur langue râpeuse, en soufflant leur haleine, et à éjaculer dans le creux de leurs mains épaisses et molles; mais j’étais tourmenté par une profonde angoisse (le ramier, p85)
  • En me regardant, ils criaient avec des ricanements : « Nous savons tout sur toi. Tu es empoisonné par la conscience que tu as de toi même et par l’éveil du printemps, tu pourris de l’intérieur. Nous lisons à travers ton misérable bas-ventre humide ! Tu n’est qu’un gorille solitaire qui se masturbe en public ! »(Seventeen, p147)
  • La compagnie d’un ami pour lequel on n’a que du mépris et plus rassurante que la solitude, dans la mesure où l’orgueil n’est pas blessé. c’est comme s’enivrer d’un mauvais alcool pour fuir l’angoisse. » (p147, Seventeen)
  • L’uniforme de l’Action Impériale imitait celui des S.S. Lorsque je marchais dans la rue ainsi vêtu, j’éprouvais là aussi une vive sensation de bonheur. Hermétiquement enclos dans cette armure comme un scarabée, j’avais la certitude que les autres ne voyaient plus ce qu’il y avait en moi de mou, de faible, de vulnérable et de disgracieux et je me sentais au paradis. (Seventeen)

Divers :

  • Edition Gallimard nrf 2005, Bibliothèque du KB
  • Lecture le 17/03/2014
  • Note : *****
gibier d'élevage de Kenzaburo Oé
gibier d’élevage de Kenzaburo Oé

Dur, dur de Banana Yoshimoto

dur dur de Yashimoto Banana
dur dur de Yashimoto Banana

Thème : surnaturel, mort, forces occultes, amour, souvenirs,

Deux nouvelles « Peau dur » et « Coup dur ».

La première nouvelle nous plonge rapidement dans le thème du surnaturel, des force occultes, de la mort. Tout ce cheminement dans cette obscurité est causé par le ressenti de la perte d’une amie proche. La narratrice lors d’une randonnée s’approchera d’un sanctuaire d’ou émane des souffrances, d’une rencontre avec un fantôme dans un hôtel. Elle même semble  appartenir plus au monde des ténèbres que celui des vivants, tant elle est emprunt de vision de l’au delà, entouré de fantôme du passé.  Plusieurs incendies à priori sans relation la suivent également.

L’écriture est emprunt de poésie, on retrouve de la tendresse, de la douceur, compassion  dans cette deuxième nouvelle. La fin de vie, du ressenti des proches, et du vide qui va être causé par la mort d’un être proche. On retrouve la symbolique de l’automne qui accompagne cette disparition.

Synoptique :

  1. Le petit sanctuaire: la narratrice fait une randonnée, ses pas s’alourdissent. Elle se s’en retenue par des forces occultes. Elle se remémore sa liaison avec une femme.
  2. L’hôtel:
  3. Le rêve: C’est plutôt une suite de cauchemars concernant Chizuru
  4. La visiteuse : Elle ouvre à une inconnue qui est sortie de sa chambre, après une dispute avec son amant. Lui raconte ses déboires: Sa vie avec Chizuro, qui  est hypersensible, manique, ne dort pas, chuchote aux revenants. Cela déteint. Une fois quitté l’appartement, elle apprend par une amie qu’un incendie à eu lieu et que Chizuru est décédée, elle lui semblait pourtant l’avoir eu au téléphone . L’autre lui parle de suicide raté, elle prend peur et se rend à la réception demander la clé. Elle est la seule cliente de l’hôtel, on lui annonce qu’il y a effectivement eu un double suicide mais elle n’a vu que la femme décédée, l’amant s’en est sorti.
  5. La pièce aux tatamis : elle semble déclencher des incendies partout où elle passe. Elle semble entouré de fantômes . La femme de la réception lui raconte les évènements, puis lui propose de partager un futon de sa chambre. Elle s’endort.
  6. Encore un rêve: Elle se retrouve dans l’appartement de Chizuru, du brouillard…
  7. La lumière du matin: Elle retourne dans sa chambre prendre ses affaires, deux verres sur la table, paye puis se dirige vers la gare.

Champ lexical : ensorcelé, étouffé, triste, chagrin, morne tristesse, larme, noir des ténèbres, froid, crasseux, remords, pleurer, exorcisme, état lamentable, yeux rouges tout gonflés,  teint diaphane…

Coup dur :

  1. A propos de Novembre :La soeur est dans le coma, suite à une hémorragie cérébrale.
  2. Les étoiles : On va débrancher sa soeur, elle va chercher les affaires de sa soeur dans son entreprise.
  3. La musique :On a débranché la machine de sa soeur, accompagné au crématorium, le vide apporté après la disparition de sa soeur. elle est sous le charme de Sakai ( qui aurait été le frère de son beau-frère)
  4. Raconte les quelques jours avant son hémorragie, son coma, son mariage annulé, de l’amour . les souvenirs qui les accompagnent pendant son coma (nostalgie d’un passé heureux et insouciant )

Citations :

  • Mais ce sont les vivants qui me font le plus peur. Comparés à eux, les lieux, même les plus redoutables, ne sont que des lieux, les fantômes, même les plus effrayants, ne sont que des morts. J’ai toujours pensé que, pour inventer le pire, l’homme n’avait pas son égal. (p17)
  • Et puis, quand je vois des gens normaux, ça m’angoisse : j’ai l’impression que c’est moi qui suis un peu fêlée.(49)
  • Dehors s’étendait un brouillard presque palpable, aussi épais que du lait (50)
  • « Tu sais on va bientôt débrancher l’assistance respiratoire », a-t-il dit, à peu près du même ton qu’il m’avait annoncé autrefois: « Pochi est mort ». Pochi était son chien préféré, on l’avait eu à la maison pendant des années. Ca montrait bien la profondeur de sa tristesse (114)
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Le marin rejeté par la mère de Mishima

Le marin rejeté par la mer de Mishima
Le marin rejeté par la mer de Mishima

Quatrième de couverture :

Noboru Kuroda, 13 ans vit seul avec sa mère dans la banlieue de Yokohama. Il découvre un soir que sa mère a une aventure avec un officier de la marine marchande, Tsukazaki Ryûji. Pour le jeune garçon, qui subit l’influence du chef de sa bande d’amis, le marin représente l’aventure et plus largement les valeurs masculines traditionnelles. Alors qu’il l’idéalise et projette sur lui l’image d’un surhomme, le marin se révèle un brave homme, aspirant à la tranquillité et à la sédentarité. Déçu, Noboru décide, avec ses amis de le punir.

Thème : adolescence, amour, mort, torture,

Critique :

Noburo, un garçon de 13 ans, surprend avec délectation les relations amoureuses de sa mère veuve avec un marin. Il fait de ce marin son héros car il symbolise pour lui un vrai homme qui affronte et combat quotidiennement les éléments sur son navire.  Pour Noburo c’est un être exceptionnel sans faiblesse, dur, viril. Il se vante à sa bande de copains d’avoir trouver un héros. Un cas d’étude pour les autres enfants de la bande et du chef qui n’ont que des pères lâches, serviles. Mais l’image du héros de Noburo va vaciller, il se rend compte que son héros n’est pas aussi exceptionnel qu’il aurait pu se l’imaginer. Noburo le met à l’épreuve, mais le marin est amoureux, doux, respectueux, il n’est pas à sa place dans le rôle d’un père. Il se fait ridiculiser par le chef de la bande et de ses copains.  Le chef leur fait partager sa haine du système : « Les pères !… Parlons-en. Des êtres à vomir! Ils sont le mal en personne. Ils sont chargés de tout ce qu’il y a de laid dans l’humanité. Il n’existe pas de père correct. C’est parce que le rôle de père est mauvais. Les pères stricts, les pères doux, les pères modérés, sont tous aussi mauvais les uns que les autres. Ils nous barrent la route dans l’existence en se déchargeant sur nous de leur complexe d’infériorité… ». La douceur leur fait honte et n’est pour la bande qu’un synonyme de lâcheté, et va les entraîner à  des actes d’une violence inouïe.  Le chef va canaliser cette haine sur le groupe d’adolescent psychopathe. Noburo va offrir une offrande au chef pour expier sa faute : l’idole déchu du marin.   Et c’est sous la forme d’un rituel préparé et testé sur un chaton que ce rite initiatique va être testé sur le marin pour leur permettre de passer au monde adulte.

Un récit sobre, des images poétiques. Une lecture qui ne laisse pas indifférent et qui dérange mais indiscutablement à lire.

Synoptique :

Première Partie : L’été

Chapitre 1 : Il découvre un trou dans le mur qui donne sur la chambre de sa mère, et il l’épie les jours ou celle-ci est en colère. Rencontre avec Tsukazaki.

Chapitre 2 : On découvre Tsukazaki, qui rêve de gloire, a peu de lien avec ses camarades, taciturne ?

Chapitre 3 : La mère dirige un magasin ‘Rex’.  On revient sur la première rencontre avec Ryûji : lors d’une visite du cargo Noboru s’extasie devant le bateau, pose de nombreuses questions.

Chapitre 4: Ryûji a un degré de fierté, de vanité d’image de lui-même qui l’éloigne un peu de la réalité Il frémit devant la douceur infinie de Fusako,

Chapitre 5: Ryûji rencontre Noboru en se rendant chez sa maîtresse, cela met Noburo mal à l’aise ( Il n’est pas allé aux bains comme promis à sa mère, il a traîné avec sa bande copains). Il est sous l’autorité du N°1, raconte la nuit de sa mère avec son amant.  On voit en lui la passion de la mer, ou il rentre en confrontation avec N°1, Chez le chef, le chef ordonne à Noburo de tuer un chaton : »il se sentait un géant », puis le chef découpe le chat au scalpel.

Chapitre 6: Noboru est gêné de la présence de Ryûju, (peur d’être couvert de sang, de ne pouvoir présenter Ryûju comme un héros car il ne porte pas son uniforme), il le trouve ridicule. Puis Noboru une fois chez lui le harcèle de questions, le rêve réapparait dans ses yeux, il redevient un enfant.

Chapitre 7:Fusako recherche avant tout la stabilité, d’une garantie de sécurité, tendresse, paix physique. Un amour XXX. Noboru apprend qua sa mère ne rentrera pas dormir. Il enrage d’échapper à leur ébats. La gouvernante l’enferme également dans sa chambre. Liste des charges relevés contre  Ryûji consigné sur son cahier.

Chapitre 8 :Le cargo part pour le Brésil

Deuxième partie : L’hiver

Chapitre 1 : 30 décembre, Fusako attend sur la jetée, er retrouve Ryûji. Elle l’amène à la maison. Noboru lui rend un accueil des plus mitigés, il est fiévreux. il essaye de combattre ses sentiments, le cadeau ramené par Ryûji. Il lui demande la date de son départ.

Chapitre 2: Ryûku et Noboru font les préparatifs du jour de l’an. Le lendemain matin à l’aube Ryûji et Fusako sortent voir le levé du jour. Il lui demande sa main.

Chapitre 3: Le Rakuyo lève l’ancre le 5 Janvier sans Ryûji à son bord. Fusako reprend le travail chez Rex. Elle rencontre Yoriko et déjeune avec elle. Elle lui confie ses projets avec Ryûji. Yoriko est convaincu mais lui propose de faire une enquête sur Ryûji. Yoriko raconte quelques uns de ses déboires et la met en garde. Fusako commande une enquête qui s’avère être sans tâche pour Ryûji. Ryûji démarre son apprentissage aux magasins Rex

Chapitre 4:Le collège ouvre ses portes le 11 janvier, la bande se reconstitue. Ils ne s’étaient pas vu pendant toutes les vacances. Le chef le relance sur le héros revenu. Il est le seul sans père, sa position est envié par les autres.

Chapitre 5: Sa mère annonce à Noboru qu’elle va se marier le mois prochain, et qu’il devra appeler Ryûji papa. Noboru cherche à devenir dur. Il se remet dans le placard pour observer les ébats du couple. Mais cette fois ci, dans l’obscurité Fusako se rend compte que son fils le regarde. Elle rentre dans une colère folle. Ryûji arrive, Fusako lui demande de lui donner une leçon, mais Ryûji mal à l’aise dans le rôle de père ne lui donne qu’une leçon de moralité. Pour l’adolescent,  douceur signifie faiblesse écœurante.

Chapitre 6: Noboru raconte à la bande les chefs d’accusation evers Ryûji, Le chef prévoit de le sacrifier, afin d’obéir au commandement suprême de la liberté humaine pour remplir le vide du monde.  Ils ne sont pas légalement coupables, ils ont tous moins de 14 ans, l’exécution est prévue pour le lendemain.

 

Les personnages :

  • Noboru Kuroda : 13 ans, le N° 3 de la bande
  • Fusako Kuroda : La mère 33 ans
  • Tsukazaki Ryûji : l’officier en second de marine marchande navire Rakuyo
  • Shibuya : Directeur du magasin rex
  • Kasuga Yoriko : Actrice de cinéma, cliente chez Rex
  • M Honda : Le réalisateur de film

Citations

  • La vulgarité du monde apparaissait dans les endroits éclairés et dans ceux où régnait une ombre douce (16)
  • Il ne pleurait jamais, même en rêve, car la dureté du coeur était chez lui un point d’orgueil. (17)
  • Les doigts de Ryûji touchèrent les bouts des sens sur la robe de coton bleu. Elle tourna légèrement la tête, ses cheveux lui chatouillèrent le nez. Comme toujours, il eut la sensation d’être venu de très loin, de l’autre bout de la terre pour arriver à un point délicatement sensible, un frisson au bout de ses doigts près d’une fenêtre un matin d’été. (29)
  • Tu as bien travaillé. Je crois que tu peux dire que ceci a fait de toi un homme véritable. Quoi qu’il en soit, de voir ce sang doit te donner la sensation d’être brave. (67 le chaton)
  • La douceur de ses lèvres, sa bouche si rouge qu’il pouvait la voir dans l’obscurité avec les yeux fermés, infiniment humide, une tiède mer de corail, sa langue s’agitait sans repos comme une algue: dans toute cette extase il y avait quelque chose qui se rattachait directement à la mort.(83)
  • Cette fois je vais vous parler de moi. dans ce voyage de Janvier, du matin au soir je ne pouvais faire un pas sans me heurter à mon vieux, ou à ma vieille. Les pères !… Parlons-en. Des êtres à vomir! Ils sont le mal en personne. Ils sont chargés de tout ce qu’il y a de laid dans l’humanité. Il n’existe pas de père correct. C’est parce que le rôle de père est mauvais. Les pères stricts, les pères doux, les pères modérés, sont tous aussi mauvais les uns que les autres. Ils nous barrent la route dans l’existence en se déchargeant sur nous de leur complexe d’infériorité, de leurs aspirations bons réalisés, de leurs ressentiments, de leurs idéaux, de leurs faiblesses qu’ils n’ont jamais avouées à personne, de leurs fautes, de leurs rêves suaves et des maximes auxquelles ils n’ont jamais eu le courage de se conformer; ceux qui sont le plus indifférents, comme mon père, ne font pas exception à la règle.
  • Toujours plongé dans son rêve il but d’un trait le thé tiède. Après l’avoir bu, il lui trouva un goût terriblement amer. Comme chacun sait, la gloire est amère.

Divers:

  • Commandé en occasion sur Amazon, publié en 1963, édité en 1979. Sent le vieux bouquin 🙂 qui a bourlingué. Recommandé par Andman.
  • Note : ***** (4,5/5)
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