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L’arc-en-ciel blanc de Akira Yoshimura

L'arc-en-ciel blanc de Akira Yoshimura
L’arc-en-ciel blanc de Akira Yoshimura

Avis :

“L’arc-en-ciel blanc”, est un ensemble de quatre récits écrits entre 1953 et 1964. Il est paru en 2012 chez Actes Sud. La quatrième de couverture résume les quatre nouvelles et dévoile à mi-mot les finalités. Ce qui un peu nuisible à la lecture.

Toutes ces nouvelles ont un point de convergence qui est la mort. Les causes de ces morts sont déclinées de différentes façon : un traumatisme causé par un viol, la mort d’un fils surprotégé, par attachement, et le dernier celui de la fatalité. Mais ce sont également des histoires d’amour cruelles qui amèneront au désespoir.

Une de mes nouvelles préférée est celle appelée « Étoiles et funérailles ». L’histoire de Jirô fasciné par le rite des funérailles. Elle nous conte poétiquement entre autres le commerce avec les étoiles, une représentation métaphorique de la mort. Cette nouvelle fait un lien avec “Voyages vers les étoiles”.

“Il se rappela que dans son enfance sa grand-mère lui racontait que les morts montaient au ciel et se transformaient en constellations. Elle disait que les étoiles dispersées sur la voûte céleste étaient toutes des incarnations de personnes disparues et que leur lumière s’amplifiait à l’infini en suivant l’augmentation du nombre de morts.”

YOSHIMURA Akira nous invite dans les nouvelles que composent “l’arc-en-ciel blanc” à revisiter certains de ses thèmes de prédilection : mort, suicide, pauvreté. Les temporalités tournent autour  des périodes d’après-guerre, et de celle du grand tremblement de terre du Kantô.

Mais on retrouve aussi le thème particulier des ossements que l’on retrouve dans d’autres oeuvre : “Un spécimen transparent” et l’excellent “La jeune fille suppliciée sur une étagère”.

Pour conclure ce n’est pas, je pense par cet ouvrage qu’il faut découvrir Yoshimura, mais il permettra d’affirmer les thèmes et de faire des liaisons avec ses autres œuvres. Des nouvelles de qualité un peu inégale, peut-être due à la compilation de nouvelles écrites sur une période de dix ans.

 

L’arc-en-ciel blanc (1953)

Toshisuke se souvient de la résistance inattendue de sa jeune épouse : une sorte d’aversion à être touché. Toshisuke est désorienté, Ayako frissonne, blême. Ayako se dit troublée par la mort de sa mère il y a de cela deux ans, sa mère qui avait perdu une jambe pendant la guerre. Elle se réveille la nuit pour vomir, un doute vient à l’esprit de Toshisuke.

thème : viol, grossesse, infanticide, amour, traumatisme.

Un été en vêtement de deuil (1958)

Kiyoshi, un enfant qui doit avoir dans les 10 ans, vit avec sa grand mère malade, un peu déficiente et une domestique. La grand-mère est préoccupé par le poulailler et les oeufs. Chaque jour elle les gobe. Un jour des poussins naissent, dans le groupe il y en a un malade. Kiyoshi s’en occupe, très affaibli il lui tord le cou. Il l’enterre dans une petite boîte “Tombe du poussin” dans un cimetière secret. Sa grand-mère l’appelle à ce moment là, il se sent pris en faute et craint le pire. Mais sa grand-mère lui donne un registre noire. Il se rend jusqu’à une remise et trouve une petite fille maigre et une femme d’une trentaine d’année. La femme peint des masques.

Thème : vieillesse, pauvreté, tremblement de terre du Kantô en 1923, mort

Etoiles et Funérailles (1960)

Un cortège funéraire se dirige vers un temple, soudain une pluie violente. Les gens courent s’abriter, seul un enfant Jirô suit le cortège. Les gens se sentent honteux, humiliés par leur comportement en face du calme et du respect porté par Jirô. Jirô apprécie les funérailles, il fait partie de tous les cortèges. Il avait été très impressionné par l’enterrement de son père. Lors d’un incident, les funérailles tournent presque au drame. Que faire des ossements d’une défunte partiellement enterré Jirô intervient,  donne les indications pour que le rituel soit respecté.  Il reçoit des remerciements : une enveloppe. Jirô va se prendre d’amitié pour Tokiko, une petite fille pauvre qui porte un bébé dans son dos.

Thèmes : funéraille, mort, ossements, cérémonies et rituels, amour, suicide, étoiles

Le mur de briques (1964)

Deux jeunes enfants Kiyota et sa petite sœur Hisae se faufilent la nuit dans une écurie. Ils sont dans un laboratoire d’un centre de recherche. Kiyota harnache un cheval et avec sa sœur ils partent.

Thèmes : amour, mort, fatalité
 

Citations:

  • Toshisuke en vint à avoir une nouvelle opinion concernant son épouse. Les hallucinations auditives en pleine nuit, tout comme son odorat qui reconnaissait l’odeur de la peau des poissons, recelaient quelque chose d’inhabituel. Cette sensibilité exacerbée lui paraissait maladive. (p16)
  • Quelque chose de blanc recouvrait déjà le fond du bol, dégageant un peu de vapeur. Au-dessus Ayako, pressant énergiquement ses seins, tirait son lait. Toshisuke, soulagé, regardait à ses pieds le liquide blanc gicler comme des fils de soie à chaque gémissement de sa femme.
  • Vous savez bien qu’il faut poser les os sur le cercueil avant de l’enterrer, dit-il en désignant le crâne. Ils se réjouissent de la venue du mort. C’est pour cela qu’il faut les poser sur le cercueil, enfin!
  • Le cercueil fut descendu dans la tombe. Il y eut un bruit d’eau, comme celui d’un poisson qui saute, quand le cercueil plongea (p101)

 

Divers:

  • L’Arc-en-ciel blanc (白い虹) – Actes Sud, 2012, 17€, 182 pages
  • Bibliothèque du KB 05/05/2014
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La jeune fille suppliciée sur une étagère de Akira YOSHIMURA

 

la jeune fille suppliciée sur une étagère de Akira Yoshimura
la jeune fille suppliciée sur une étagère de Akira Yoshimura

Akira Yoshimura (吉村 昭Yoshimura Akira) est un auteur japonais, né en 1927 à Tokyo. Ses romans s’inspirent de légendes japonaises (Naufrages) ou bien encore de faits divers souvent liés à la seconde guerre mondiale  (La guerre des jours lointains). Son style d’écriture souvent assez sombre est d’une remarquable précision, presque chirurgicale. Il est décédé le 31 juillet 2006. A reçu de très nombreux prix littéraires. Le roman Liberté conditionnelle a servi de base au film L’anguille de Imamura.

Avis :

Premier livre de Akira Yoshimura que je lit et là … une grande découverte. Deux nouvelles, la première est la plus troublante, fascinante. J’ai eu du mal à lâcher le premier des ces deux récits, je me suis senti comme en apnée, ne prenant ma respiration qu’aux derniers mouvements de Mieko.    L’histoire de Mieko Mizuse d’une jeune fille de 16 ans qui vient de rendre son dernier souffle. Ses sens sont accrus « Son ouïe est pure et pénétrante ». Le ton est léger au dessus des actes de dissections, tel l’âme de Mieko, mais la plume est aussi acéré que les scalpels utilisés.

La mère de Mieko a vendu le corps de la jeune fille à un hôpital universitaire. La vie est rythmée des dissections, éviscérations, entourés d’un professeur en admiration devant un squelette. des employés qui ne peuvent se défaire de l’odeur des cadavres et que leur femme quittent. Le manque d’humanité de la mère est étonnant : n’appellera le médecin qu’à la dernière extrémité,  fait travailler sa fille comme strip-teaseuse (Un métier qui rapporte plus)…

On se prend au jeu, et une dose d’empathie envahit, la douleur qui devrait s’en suivre n’existe pas, elle est non ressentie, sauf par le lecteur. Sa plus grande douleur : le rejet et le déni de ses proches.

Quels qualificatifs : Remarquable, Addictif , Envoutant,  pour cette nouvelle. Je ressors troublé de ce premier roman de Yoshimura, Cette lecture m’a donné envie de découvrir d’autres romans de cet auteur. J’attaque le prochain que l’on m’a recommandé : « Le convoi de l’eau », afin d’approfondir cette première rencontre avec Yoshimura.

Thème : Mort, âme, Stérilité, Suicide

Synoptique:

  • Les infirmiers se dépêchent de livrer le corps avant la rigidité cadavérique. Le corps sera incinéré puis rendu dans deux mois.
  • Le jour suivant, le corps abandonné des viscères poursuit sa « vie », on lui retire le cerveau pour le transvaser dans un récipient cylindrique rempli de formol. Puis son corps est plongé dans un grande cuve avec d’autres corps. Son corps commence à prendre une couleur marron. Il est extirpé et mis sur une table en béton. Le médecin avait voulu son corps est présent entouré d’étudiant. une étudiante également ce qui lui provoque un sentiment de honte : »vanité féminine ».
  • On amène une petite boîte, mais son corps tient dedans, on va l’incinérer puis rendre les cendres aux parents. Elle regarde fascinée la couleur des flammes, « L’intérieur du vase était tiède et confortable. Certains os émettaient encore un bruit léger semblable au cri du ver de terre ». l’urne est mise dans une voiture, passe près de chez Tomio. Sa mère ne veut pas l’urne, se plaint de ne pas avoir reçu assez d’argent de l’hôpital, que déposer l’urne dans un temple lui couterait trop cher. Son urne est déposé dans une petite chapelle ou se trouvent les corps non réclamés. Un calme profond règne : Etait ce la tranquillité de la mort ? Soudain un bruit, un insecte ? les vieux os se décomposaient, une succession ininterrompue, « Mes cendres se blottirent au sein de ces résonances effrayantes ».

Citation:

  • A partir du moment où ma respiration s’est arrêtée, j’ai soudain été enveloppée d’air pur, comme si la brume épaisse qui flottait alentour venait de se dissiper pour un temps. Je me sentais aussi fraîche que si l’on m’avait baigné le corps tout entier dans une eau limpide et pure.

Le sourire des pierres:

  1. Eichi étudiant retrouve Sone, ils se souvient de leur enfance. Ils habitent entre le cimetière et la voie ferrée. Il jouent habituellement dans le cimetière. Des rapports à la mort , une femme pendue dans le cimetière, (Le père de Sone et la jeune domestique entretenaient une liaison se sont jetés sous un train en contrebas du cimetière) . Il raconte à sa soeur sa rencontre.
  2. Sone se rend chez Eichi, celui-ci est absent il laisse un mot lui proposant un travail. Mais sans possibilité de refuser, leur voyage a pour but de voler des pierres tombales: « pierres bouddhiques » , Jizos. Ils se font arrêté par la police, Sone avait fait une tentative de suicide avec une femme mais s’en était sortit. Au retour Sone demande à Eichi si il lui louerait une chambre.
  3.  Sone emménage, il vend les Jizos à des antiquaires. Une fille vient le voir Mineko, puis sa mère qui craint un suicide. La soeur de Eichi est stérile et a été renvoyée par sa belle famille.Obsédée elle fabrique des vêtements pour les donner à un orphelinat.

 

Personnages :

  • Eichi Kitaoka: Etudiant, narrateur
  • Sone Kusuo: Effacé

Divers:

  • La jeune fille suppliciée sur une étagère (少女架刑?), 1959. Actes Sud, 2002, ISBN 978-2-7427-3955-4
  • Babel 773
  • Bibliothèque du KB, 29/03/2014
  • Note : ***** (5/5)