Amours en marge de Yoko Ogawa

Amours en marge de Yoko Ogawa
Amours en marge de Yoko Ogawa

 

Critique, avis :

La narratrice, une jeune femme de 24 ans mariée est hospitalisée dans un service O.R.L. à la clinique F. pour des problèmes d’audition « mes bourdonnements, provenaient d’un abîme » .  (Peut-être ce même bourdonnement que l’on retrouve dans la nouvelle « Les abeilles » ) Puis invitée lors d’une table ronde, chaque participant nous conte ses problèmes d’oreille ainsi que la relation qui pourrait exister avec des évènements de leur vie : une rupture, un décès. Lors de cette conférence elle croise le regard de Y, mais plus que le regard elle est attirée, subjuguée  par les doigts de Y. qui sténographient tous les échanges de cette table ronde.

Puis l’histoire se porte sur cette fascination que porte cette jeune femme pour les dix doigts de Y.. Puis cet attrait pour ces doigts longs, soignés, graciles et magiques va peu à peu se transformer en amour, un amour chaste. Y. se plie aux demandes de la jeune femme de ‘rencontrer’, ‘prendre en main’ ses doigts, de le voir sténographier des moments de sa vie. Y. reste toujours en retrait de ses doigts. « Il savait très bien que ce n’était pas à lui que je m’adressais. Je parlais pour ses doigts »

Cette relation amoureuse complexe est indicible, car elle met en scène des doigts de Y et non l’individu en lui-même. Il(s) se plient à cet amour. Les dix doigts  vont retranscrire la mémoire et les souvenirs de la jeune femme. Mais ces retranscriptions sténographiées de souvenirs seront emportées à chaque fois par Y. et conservées et classées précieusement, elle ne pourra pas en garder trace.

Je reste face à des  questions : Quelle est la part du réel de la réalité, à part Hiro personne n’est nommé. Quelle réalité auront ses transcriptions de souvenirs ?. Y. existe-t-il ou est-il un rêve, un souvenir ?, Y a -t-il un rapport entre le marquis et Y. Quel est cet étrange tâche sur la main de Y ?

J’ai ressenti énormément de sensibilité, cela m’a même ému à certains moments. La poésie est omniprésente, la délicatesse extrême : « Au moment où, ayant bien erré sur la mer du sommeil, poussé par un lent courant j’abordais le rivage de l’éveil ». Tout est écrit en douceur tel le bruit délicat d’un flocon de neige qui se laisse tomber.

Le roman peut paraitre parfois lent,mais il captive, envoute. il se mue doucement en conte fantastique.

Je poursuis ma découverte de Ogawa …

Thème : Amour, Mémoire, Souvenirs, Oreille, Doigts

Synopsis :

  1. La narratrice, une jeune femme de 24 ans mariée est hospitalisée dans un service O.R.L. à la clinique F. pour des problème d’audition « mes bourdonnements, provenaient d’un abîme » . Lors d’une table ronde, chaque participant nous conte ses problèmes d’oreille ainsi que la relation qui pourrait exister avec la vie : une rupture, un décès. Lors de cette conférence elle croise le regard de Y.
  2. Après la sortie de la table ronde, elle se fait de nouveau hospitalisée. Son mari vient la voir après quatre mois d’absence. Sur un carnet de croquis, son mari à rempli des pages d’écriture pour sa femme  : « Sur ce genre de placards, la vérité est toujours proclamée, mais je ne sais pourquoi, c’est un vérité qui n’arrive pas jusqu’à l’âme ». Il a préparé une déclaration de divorce, et la laisse à sa femme. Dernière page du carnet « Au revoir ! » avait-il écrit. « Tu as l’intention de vivre avec elle ? », un murmure qu’elle prononce et qui résonne comme un écho pour elle.
  3. Souvenirs : elle se rappelle du cornet acoustique de Beethoven vu dans un musée. Y le sténographe vient la voir, afin de lui faire corriger les notes prises lors de la table ronde. Une envoutante alchimie se dégage « Il  utilisait souvent des sourires à la place des mots. Des sourires simples, qui ne dissimulent rien » p38, « des mots écrits qui apportaient une paix agréable à mes oreilles, p41 ». Elle lui demande voir sa main droite, il lui donne sa carte de visite et part.  
  4. L’automne se finit, elle quitte la clinique F., dépose la déclaration de divorce à la mairie puis se rend chez elle. L’appartement est dépouillé il ne reste que ses affaires. la pluie lui rappelle un garçon de treize ans qui joue du violon, le même qu’elle avait rêvé au musée. Hiro passe la voir et lui donne de l’argent de la part de son oncle.
  5. Plus tôt, au printemps « je me suis aperçue de la trahison de mon mari » . Son mari lui coupe les cheveux , une appréhension, une atmosphère, le mouvement de ses doigts. Son mari lui confirmera ses soupçons trois semaines plus tard.
  6.  Elle téléphone à Y, ils se retrouvent dans le vieil hôtel de la conférence. Ils déjeunent. Les sens sont en éveil le jasmin qui soigne un enfant : »Nos paroles avaient été absorbés par le parfum« .
  7. Elle passe un entretien d’embauche dans une meunerie, mais n’est pas prise. Hiro la rappelle. Il  l’informe que son ex s’est remarié à une fleuriste, que la cérémonie a eu lieu dans un restaurant Thaïlandais. Elle va acheter des fleurs pour voir la nouvelle femme de son mari, achète des pavots puis les donne au gardien de l’ambassade.
  8. Le bourdonnement revient, elle classe les bruits en plusieurs catégories. Retourne voir le médecin chercher des médicaments . Y. la croise, la jeune femme est obnubilée par les mains de Y. « Je sentais avec certitude que c’était important à ce moment là de passer le plus de temps possible avec Y. p100 », « Pourriez-vous me prêtez vos doigts pour mes oreilles ? p103 »
  9. Y se rend chez le jeune femme, puis va transcrire les bourdonnements d’oreille, boivent du vin et parlent de gants tricotés. Il neige.
  10. Hiro et Y. téléphonent, ils vont déjeuner tous les trois. Hiro est curieux de connaître des secrets. Ils lui offrent des cadeaux pour son anniversaire, Y du parfum « Je l’ai fait préparer pour qu’il soit à votre image, dit Y (118) »
  11. A la fin du repas, trop de neige pour avoir un taxi, ils se dirigent vers le métro « …Pourquoi, lorsque j’étais avec Y., autour de nous tout était calme, oui , comme si nous nous trouvions derrière une oreille, cet endroit oublié de tous ? p122 ». « J’ai serré fermement la main de Y, lui confiant mon corps », 131
  12. « Il savait très bien que ce n’était pas à lui que je m’adressais . Je parlais pour ses doigts » 138, elle lui demande une feuille sténographié, mais il refuse car c’est pour lui un fragment de mémoire. ( Il conserve toutes les transcriptions dans une pièce, classé). Elle essaye de le retenir mais il veut rentrer : Elle  » Je souhaitais seulement offrir cette nuit a ses doigts et à moi , 139″
  13. Elle repasse à l’hôpital puis à l’hôtel, s’attend à rencontrer Y. mais il n’est pas là. Un manque , elle prend un bus au hasard pour se rendre au musée ou ils s’étaient rendus tous les trois. Mais arrive à un laboratoire de pisciculture, perdue, elle appelle Y. pour qu’il vienne la chercher. Y arrive et ils visitent le musée. Sa maladie ressemble à un poisson pélagique.
  14. Elle a prise une dose trop importante de médicaments (suicide ?), se sent mal. Hiro passe et l’aide, Y. le remplace après, elle est alitée.
  15. « Tu as l’air de bien dormir alors je rentre. J’ai eu du mal à détacher mes doigts de tes bras. On aurait dit que dans ton sommeil, ils voulaient les garder prisonniers à l’intérieur de ton corps. Cela m’a fait penser à une liane incrustée dans un vieux tronc d’arbre, impossible à enlever. Les marques que tu as laissées sur mes doigts sont restés longtemps avant de disparaître. J’ai tiré assez fort pour réussir à dégager mes doigts, mais cela ne t’a pas réveillée. Tu dormais doucement. La forme de mes doigts est restée en creux sur ta poitrine. Tu as continué à serrer ce creux entre tes bras. En voyant cela, je ne sais pas pourquoi, j’ai été ému. J’ai voulu te réveiller pour te dire quelque chose. Mais en fait aucun me venait. Je vais revenir très vite« . 164
  16. Elle se rend au centre de publication des procès verbaux, association de sténographie. Il n’y a rien qu’un dépôt de meuble à l’adresse indiqué sur la carte de visite de Y. Dans le magasin d’antiquité un cadre avec une photo : le garçon de treize ans qui jouait du violon, le balcon et Y. (Vision, obsession ?)
  17. Elle retourne difficilement chez elle, Y arrive, pour transcrire ses souvenirs. « Tu t’es égaré dans les méandres de ta mémoire. En réalité, ta mémoire devrait s’entasser derrière toi. Mais par inavertance, elle s’est frayé un chemin à travers tes  oreilles et elle est passée devant toi. A moins que ce ne soit toi, au contraire, qui aies fait un pas en arrière;  Je ne sais pas plus que toi ce qu’il en est en réalité, mais il ne faur pas t’en inquiéter. Parce que ce n’est rien de plus qu’une légère distorsion entre toi et ta mémoire » 186.
  18. Elle se rend au cabinet de consultation, elle est guérie. Elle repart avec Hiro, laissant la clinique F. silencieuse

Personnages

  • Hiro: fils unique de la soeur aînée de son mari.

Lexique :

  • Noctiluque : Qui a la propriété d’émettre dans l’obscurité une lueur phosphorescente
  • Meunerie : Industrie de la fabrication des farines

Citations:

  • Les sons ne m’arrivent pas correctement, ils résonnent comme des aboiements. Finalement, c’est comme si je n’entendais rien. En fait, j’entends mieux les sons faibles parce qu’ils résonnent moins. (28)
  • Je suis sûre que les hommes disent beaucoup plus de mots qu’ils n’en pensent. Ils utilisent des conjonctions qui n’ont pas de signification, répètent la même chose. 43
  • Lorsque l’autobus est sorti lentement de la neige. On aurait dit un gros mammifère recouvert de fourrure blanche 124
  • Il a posé sa main sur mes cheveux, a passé une mèche derrière mon oreille. 126
  • De temps à autre, un paquet de neige tombait d’une branche comme un chat blanc. 130
  • Je pense que mes oreilles sont à la recherche de choses sans épines. Elles ont soif de souvenirs qui reçoivent la caresse de l’écoulement du temps, dont toutes les ronces ont été enlevées, de souvenir doux au toucher qui ne trahissent jamais de souvenirs qui n’égratignent pas et ne provoquent pas de douleur. Je crois que mes oreilles ont été blessées beaucoup plus que je ne le pensais. Je crois qu’elles essaient de se guérir par elle-mêmes (160)
  • Le temps que je passe avec toi sera-t-il ainsi enfermé un jour ? (160)
  • Au moment où, ayant bien erré sur la mer du sommeil, poussé par un lent courant j’abordais le rivage de l’éveil, je me suis enfin aperçue de sa présence. (167)

Divers:

  • Amours en marge (余白の愛 Yohaku no ai, 11/1991; Actes Sud 2005; roman)
  • Lu le 20/03/2014, prêt bibliothèque du KB
  •  Notes : *****
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La ligne de front – Une aventure rocambolesque de Vincent van Gogh par Manu Larcenet

laligne de front larcenet

Première BD de Manu Larcenet dont je tourne les pages. Le titre et le sujet avaient piqué ma curiosité. Il s’agit d’une histoire improbable et rocambolesque. Improbable, mais en temps de guerre tout est possible. Il m’avait semblé que Van Gogh était mort en 1890, erreur, il est revenu et est appelé au front. Il a pour mission de dépeindre la guerre des tranchées de 14-18. Evidemment la ligne de front est antimilitariste au possible. Le haut commandement souhaite que lui soit dépeint la guerre, le caporal Van Gogh est donc envoyé sur le front, accompagné d’un général « issu d’une longue lignée de couard » . La guerre est dépeinte dans son horreur, mais dans une seconde partie l’histoire part dans une envolée poétique qui m’a un peu dérangé.

Thèmes : Bd, guerre mondiale, antimilitarisme

La ligne de front

Quelques Citations trouvées dans des bulles :

  • Ne vous inquiétez pas je suis le petit dernier d’une longue lignée de couards galonnés
  • Eh oui…. Les obus ne sont pas qu’une industrie florissante…. Des fois, ils font bobo…
  • La première série de toiles ne plaît pas: « dénués d’émotions. STOP  Manet aurait fait mieux STOP, allez peindre la guerre sur la ligne de front ».

Divers : 

Note : *****

Contes libertins du Maghreb de Nora Aceval

Contes libertins du Maghreb de Nora Aceval
Contes libertins du Maghreb de Nora Aceval

Critique :

Livre pris au hasard de mes déambulations dans la bibliothèque du quartier, « Contes libertins du Maghreb ». J’ai démarré avec un peu de préjugés et beaucoup de curiosités, car il me semblait que l’adultère, fornication étaient puni de lapidation et d’autres maux désagréables. Mais l’on rencontre dans ces pages de sages imams qui viennent à sauver l’honneur des filles devant leurs parents « L’iman et la fille qui n’était pas vierge ».
Ces petits récits de quelques pages apparemment anodines sont pleins de finesses, et de délicatesse. Nous apprenons entre autres que les maris jaloux, avares et mesquins en ont toujours pour leur argent, et nous également que jeunes ou vieilles, les femmes arrivent toujours à leur fin.
On trouve également une fable qui pourrait appartenir au recueil de La Fontaine, ou il est question d’animaux. La morale de toutes ces histoires pourrait être « Le répertoire des ruses féminines est infini », un ouvrage simple et bien sympathique. D’une lecture facile, ces petits contres s’enchaînent rapidement, et on en redemanderait bien un peu plus.

Citations :

  • Mon cher époux ! Tu crois que c’est en m’enfermant que tu m’empêcheras de te tromper ? […] Sache, mon mari, que ta surveillance n’assure en rien ma fidélité. Si je le veux, je peux te tromper, à ta barbe  – Je demande à voir, dit le mari en ricanant (p.100)

« Un jour, un violent orage gonfla les eaux d’un oued et rendit sa traversée impossible. La crue de l’oued isola la nomade qui habitait sur la rive. Personne pour la secourir. Cette solitude providentielle enchanta la femme. Elle comptait bien en profiter. Un matin, alors qu’elle surveillait l’oued dont les eaux commençaient à baisser, elle aperçut un paysan de l’autre côté de la berge. Il était si chargé qu’il hésitait à traverser. De la main droite il tenait sa chèvre en portant une cruche de lait, de la main gauche, il tirait son âne en tenant un bâton. Cette soudaine apparition ravit la nomade qui espérait que l’homme traverserait et viendrait jusqu’à elle. Mais le paysan hésitait toujours. Elle sortit brusquement de sa tente en agitant les bras, et se mit à crier :

– O étranger ! Honte à toi ! Tu veux m’attaquer ! Je suis seule, personne pour me défendre. O homme misérable ! Le paysan leva la tête, vit la femme et comprit qu’elle s’adressait à lui. Il la rassura :- O femme, ne crains rien, je ne te veux pas de mal ! D’ailleurs je suis si encombré que je ne pourrais rien faire, même si je le voulais. Avec ma chèvre, ma cruche, mon âne, mon bâton et cette crue qui m’empêche de traverser… Comment veux-tu ?….

– Ce que tu dis me soulage. J’avais peur que tu entraves ton âne, que tu attaches ta chèvre au jujubier sous lequel tu aurais enfoui ta cruche de lait, et que tu réussisses à traverser, en mesurant le niveau de l’eau avec ton bâton. Tu sais que je suis seule et tu aurais abusé de moi.
Le paysan, l’oeil brillant, comprit et dit à la nomade d’un ton décidé :- Je te remercie, femme, de m’avoir si bien conseillé.
Il suivit à la lettre ce que la belle avait préconisé. Aucun oued en crue n’est plus puissant que le désir d’une femme !

La nomade et le paysan, (p31)

Divers : 

  • Editeur : Al Manar; Édition : originale (1 septembre 2008)
  • Prêt bibliothèque du KB, lu le 20/03/2014
  • Note : *****

La piscine de Yôko Ogawa

la piscine de  Yôko Ogawa
la piscine de Yôko Ogawa

Critique :

Cette petite nouvelle de Yôko Ogawa, nous confronte à l’adolescence difficile d’une jeune fille. Ses parents dirigent l’orphelinat où elle va grandir. Elle se retrouver seule parmi une multitude d’enfants abandonnés. Cette dilution des relations familiales : les petits mangent tôt avec son père,  sa mère qui vit dans son monde va provoquer une perte de son innocence.  Isolée, elle est partagée entre l’amour qu’elle porte à Jun,  la cruauté qu’elle va porter envers une petite fille : Rie. Au début faire pleurer Rie lui suffit, puis il faut que les pleurs soient plus longs, plus forts. Elle sent un dégoût envers les petits : ‘les enfants en bas âge et les animaux exotiques me glaçaient’. Sa cruauté va atteindre son paroxysme lorsqu’elle donnera un gâteau avarié à Rie : « de petites tâches roses parsemaient ses joues, ses  mains et ses cuisses.C’était comme si le chou à la crème pourri avait corrompu ses viscères, donnant ainsi naissance à des moisissures roses ». Elle taira son forfait afin de goûter la cruauté jusqu’à satiété.

Thème : Adolescence, perversité

Citations:

  • C’était une grande jarre qui arrivait à la hauteur de la poitrine d’un adulte. Tout en frottant le dos de Rie dont la respiration était agitée, je me tenais devant la jarre. J’enlevais la planche de bois à moitié cassée qui lui servait de couvercle et laissai glisser doucement le corps de Rie à l’intérieur. Je voulais entendre encore des sanglots de bébé. Je voulais goûter toutes sortes de pleurs. Rie recroquevilla ses deux jambes comme si elle était prose de convulsions et s’accrocha désespérément à mon bras. Elle était terrorisée.
  • Ses hurlements n’en faisaient plus qu’un, qui s’écoulait avec souplesse à l’intérieur de moi comme du métal en fusion.
  • Ces nourritures d’aspect grotesque jetées dans les poubelles en plastique réveillèrent ma tendance à la cruauté. Si j’enfermais Rie dans la poubelle, hurlerait-elle encore de frayeur comme le dernière fois ? Allait-elle pleurer et pleurer encore jusqu’a être trempée de larmes, de transpiration et de morves et qu’au bout d’un moment ses cuisses veloutées se couvrent de moisi comme un duvet teint avec une poudre colorée ? (49)

Divers:

  • Actes Sud, 1995, lu le 18/03/2014, emprunt bibliothèque du KB
  • La Piscine (ダイヴィング・プール Daivingu puru, 8/1990; Actes Sud 1995; novella)
  • Note : *****

 

Le faste des morts de Kenzaburo Oé

Le faste des morts de Kenzaburo Oé
Le faste des morts de Kenzaburo Oé

Thème : Sexualité, Adolescence,  Domination, Faiblesse, Extrême droite,

Trois nouvelles sont regroupés dans cette ouvrage « Le faste des morts » 1957, « Le ramier » 1958, « Seventeen »  1963.

Le faste des morts : Le narrateur, un étudiant en lettre trouve un travail temporaire à la faculté de médecine consistant à transporter des corps. Accompagné d’une étudiante enceinte et névrosée et d’un gardien, ils ont en charge le déplacement des cadavres d’une cuve à une autre « Baignant dans un liquide brunâtre, les corps se tenaient enlacés et leurs têtes se heurtaient.« . Le narrateur semble être en dehors de son corps. Il subit des remontrances du gardien pour ses maladresses, puis du professeur de médecine qui pensait qu’il faisait ce travail pour un intérêt académique . Le rapport étrange de chacun des protagonistes avec les morts, ou des corps : »des choses sans conscience ». Les pensées ou les échanges qu’il reçoit des cadavres : « Tu as violemment bandé, non ?« , lui dit l’esprit ou le corps d’une fille flottant dans la solution de formol. Une erreur du secrétariat, les vieux cadavres devaient être embarqués pour être incinéré dans le crématorium. Travail inutile, heures supplémentaires… Un univers kafkaïen pour cette nouvelle, ou les protagonistes sont victimes de l’administration dans un travail inutile et qui semble sans fin, une atmosphère étrange et collante comme leur gants de caoutchouc.

Le ramier : Une prison d’adolescent, proche d’une décharge publique et d’un cloaque. La vie, les rapports des force entre les détenus. L’homosexualité entre les prisonniers encadrés par des surveillants sans humanité. Leur distraction qui est de collectionner des cadavres d’animaux et de les accrocher comme des trophées à un des murs. La recherche d’une punition du narrateur pour un crime pardonné: il saute du mur, se blesse, escalade de nouveau le mur pour sauter de nouveau et enfin se briser les os. Il est libéré.

Seventeen : Un jeune, sa fête d’anniversaire a été oublié. il semble transparent ou sans valeur aux yeux de sa famille : un père armé de principes libéraux qui a déserté de ses obligations de père. Il ne reste que sa soeur avec qui  il essaye de discourir, mais rapidement à bout d’arguments, acculé et en larmes il la frappe violemment. Il s’adonne à la masturbation jour et nuit, il a la phobie de s’endormir, du néant qui accompagne le sommeil, il a peu de confiance en lui-même, une peur des autres qui se transforme en haine.

La honte qu’il éprouve de lui-même suinte de ses pores, il semble que tout le monde ne voit que ses dépravations. La compétition pour les universités qu’il n’assume pas. Un de ses copains, l’invite à venir faire la claque pour la « droite extrême :Action impériale ». Il va écouter le discours démagogue parmi une foule de journalier. Ce langage simpliste plein de haine va trouver un écho dans son âme : »La voix de la révélation m’a touché ». il va trouver sa place et être adopté dans ce groupe « Tu es un garçon élu » qui va le valoriser et lui permettre d’ assouvir ses fantasmes de violence, de pouvoir et de vengeance. Il bascule et trouve dans ce parti la joie ultime d’appartenir à un groupe, d’être apprécié, respecté,  et craint des autres : « Elle regarda mon uniforme à la lumière d’une ampoule nue embuée.Puis son visage se ferma, presque odieux, et elle baissa les yeux ». Un sentiment exaltant qui ne le lâchera plus « j’aurais un orgasme qui durerait la vie entière« , une sensation de pouvoir et de force qui ne tient aucunement à un engagement politique quelconque.

Trois nouvelles, que je trouve de niveau inégales mais qui finissent dans le paroxysme de seventeen. Elles mettent à nu les sentiments et les actions primaires de l’individu : comportement , sexualité, rapport humains chez des adolescents : « Tu as dix-sept ans. Tu ne veux pas saisir ta propre chair ? » .

Citations :

  • « défense d’entrer. Défense de fumer ». La cuve était bourrée de cadavres qui tantôt plongeaient, tantôt refaisaient surface. A force de m’attarder sur ce spectacle, je sentais les mots s’hypertrophier à l’intérieur de ma gorge et remonter.(18,le faste des morts )
  • Des patients de l’hôpital, en pyjama, chaussés d’épaisses pantoufles, arpentaient lentement le trottoir. On aurait dit des carpes nageant dans les eaux hostiles du début du printemps. (p30, Le faste des morts )
  • Quand on tombe enceinte, la vie quotidienne fourmille d’espoirs négatifs. Du moins mon existence est pleine, elle en même pesante. (p32, Le faste des morts )
  • Je passais mes journées à subir le contact du thermomètre froid et dur entre mes lèvres entrouvertes et l’insertion du clystère qui me prurit à la fois une humiliation enragée et un plaisir indécent et secret, à recevoir les baisers que me donnaient les infirmières avec leur langue râpeuse, en soufflant leur haleine, et à éjaculer dans le creux de leurs mains épaisses et molles; mais j’étais tourmenté par une profonde angoisse (le ramier, p85)
  • En me regardant, ils criaient avec des ricanements : « Nous savons tout sur toi. Tu es empoisonné par la conscience que tu as de toi même et par l’éveil du printemps, tu pourris de l’intérieur. Nous lisons à travers ton misérable bas-ventre humide ! Tu n’est qu’un gorille solitaire qui se masturbe en public ! »(Seventeen, p147)
  • La compagnie d’un ami pour lequel on n’a que du mépris et plus rassurante que la solitude, dans la mesure où l’orgueil n’est pas blessé. c’est comme s’enivrer d’un mauvais alcool pour fuir l’angoisse. » (p147, Seventeen)
  • L’uniforme de l’Action Impériale imitait celui des S.S. Lorsque je marchais dans la rue ainsi vêtu, j’éprouvais là aussi une vive sensation de bonheur. Hermétiquement enclos dans cette armure comme un scarabée, j’avais la certitude que les autres ne voyaient plus ce qu’il y avait en moi de mou, de faible, de vulnérable et de disgracieux et je me sentais au paradis. (Seventeen)

Divers :

  • Edition Gallimard nrf 2005, Bibliothèque du KB
  • Lecture le 17/03/2014
  • Note : *****
gibier d'élevage de Kenzaburo Oé
gibier d’élevage de Kenzaburo Oé

La vie en gris et rose de Kitano Takeshi

La vie en gris et rose de Kitano Takeshi
La vie en gris et rose de Kitano Takeshi

Kitano nous raconte une part de son enfance sans pudeur. Une famille pauvre : un père peintre, alcoolique , rustre, violent et peu instruit. Une mère colérique se battait en vain pour que son fils travaille en classe, et n’hésitait pas le motiver à coup de beigne. Les humiliations et les joies à l’école, ou avec sa bande copain. Il y a des histoires touchantes : par exemple celle qui raconte son désir son désir d’avoir un train électrique, et qui va se terminer par une beigne de son père…

Je connaissais surtout Kitano en acteur et en réalisateur. Mais c’est ici une nouvelle facette que je découvre. Un récit autobiographique plein de sensibilité et de réalisme : « Je voudrais préserver indéfiniment ma sensibilité d’enfant. Aussi mature, aussi riche que je devienne, je veux rester intègre, fidèle à moi-même, à ma vérité ».  On pourrait facilement faire un parallèle à un « petit Nicolas » japonais, dans sa version petit Nicolas des cités … Un récit découpé en petits chapitres,  des anecdotes marquantes qui retrace sa jeunesse tout en HUMOUR, très rapide à lire.

Thème : Enfance, Adolescence,

Citations :

  • Là, les larmes me sont montés aux yeux. Je n’étais pas habitué à recevoir des compliments et , bizarrement, j’en ai conçu de l’amertume. (19)
  • Curieusement, allez savoir pourquoi, les étrangers m’impressionnaient. Et mon vieux, lui, avec ses courbettes excessives, montrait à quel point il manquait d’amour propre. D’autres auraient pu s’étonner de cette humilité, mais moi, elle me semblait normale. Rien de plus normale. Puisque le type était un dieu, tu comprends….(22)
  • La piscine : On mettait la tête sous l’eau, on nageait, on faisait la brasse papillon. Un jour, au milieu de toute cette agitation, il y en a un qui a fait caca. -C’est dégoûtant ! a crié un habitué. Hé ! Quelqu’un a fait caca !Le surveillant est arrivé avec une sorte de seau, mais il n’a récupéré que ce qui flottait à la surface. « Voilà c’st propre. Ca va maintenant », et il a remué l’eau. Tout le monde a fait comme si de rien n’était. Les clients sont retournés dans le bain, l’air fataliste: « Bah c’est pas si grave. » Un vieux bonhomme a rincé son dentier. Beurk, les bains publics vraiment dégueulasses.
  • Il n’y avait pas plus timoré que lui: il était incapable de dire ou de faire quoi que ce soit sans l’aide de l’alcool. Et, à longueur de temps, il sa faisait incendier par ma mère. Qu’est ce que tu veux foutre avec un paternel pareil !(80)
Beigoma
Beigoma :Traditional Games

Divers:

  • Edition Picquier poche, 2008, Bibliothèque du KB
  • Lecture le 16/03/2014
  • Note : *****

Les abeilles de Yôko Ogawa

Les abeilles de Yôko Ogawa
Les abeilles de Yôko Ogawa

Thèmes : Souvenir, Ennui, Solitude, Terreur, Mystère, infirmité, polar.

Critique :

C’est le deuxième ouvrage de Yôko Ogawa que j’ai en main, le premier « La petite pièce hexagonale », ne m’avait pas laissé un souvenir immémorial.

Là par contre dans les abeilles je découvre un petit diamant.

Une écriture poétique, et un mystère oppressant qui s’insinue chez le lecteur page après page, distillé au compte goutte par la jeune narratrice : son ennui d’abord, un bruit obsédant, une mélancolie. Puis l’appel d’un cousin qu’elle n’a pas vu depuis près de quinze ans, une vieille pension déserté et un directeur infirme qui subissent une décrépitude inéluctable, une disparition non élucidée. Des questions sans réponses…

Un sentiment de malaise indicible nous poursuit jusqu’à la fin de ce roman. Au final une nouvelle sublime, une écriture subtile écrite avec des mots simples qui intensifie la force de cette nouvelle.

 Synopsis :

la narratrice, une jeune femme fait un patchwork, elle est obsédée par un bruit dérangeant, l’ennui la mine.

Son cousin la rappelle après plus de 15 ans, il recherche un logement dans une résidence universitaire car il rentre à l’université ( La dernière fois qu’elle l’avait vu il avait 4 ans). Elle téléphone au directeur d’une résidence qu’elle avait fréquentée. Le directeur accepte l’inscription malgré un état de décrépitude de la résidence étudiante. Son cousin arrive, ils discutent de souvenir du passé. Le jour de la rentrée, quelques inquiétudes du cousin, rien n’a changé dans cette ancienne maison, la narratrice a des souvenirs qui émergent de sa période universitaire. Ils rencontrent le directeur handicapé ( Il a perdu une jambe et les deux bras !!). Le directeur les invite à prendre le thé : on assiste au cérémonial du thé effectué avec le menton et la clavicule. Le jour de la rentrée universitaire arrive, c’est la séparation : une nouvelle solitude. Elle passe rendre visite à son cousin, mais celui-ci cousin n’est pas encore rentré de l’université, elle prend un gouter avec le directeur, puis se lasse et rentre sans le voir. La pension semble toujours vide. Le directeur se lance dans un monologue un peu malsain décrivant les corps et les organes des jeunes, son cousin est encore à l’université. Une dizaine de jours plus tard elle retourne le voir mais un accident de voyageur dans le train le retarde.

Elle demande au directeur pour quoi si peu d’étudiant dans cette résidence : une rumeur a fait diminuer le nombre d’étudiant : Un étudiant a disparu. La police a enquêté et le directeur a été interrogé de nombreuses fois, mais l’enquête n’a rien donné, des rumeurs ont alors couru. Le directeur lui propose de visiter la chambre du disparu, il lui raconte l’attrait qu’il avait pour les mathématiques, qu’il était gaucher. Elle fait des recherches dans les journaux de l’époque pour se renseigner sur cette disparition, mais ne trouve rien. Une dizaine de jours plus tard elle retourne voir le directeur, il est alité. Son mari lui renvoie une lettre de Suède, il l’attend, partir rejoindre son mari en Suède l’inquiète. Elle se rend chaque jour voir le directeur dont la santé décline, elle ne rencontre jamais son cousin, aussi elle commence à se poser des questions :

Pourquoi les tulipes fleurissent-elles d’une couleur si étrange ? Pourquoi est ce que je n’arrive jamais à voir mon cousin ?  Pourquoi le directeur peut-il décrire aussi bien les muscles et les articulations et les omoplates de mon cousin ?

Le mystère s’épaissit …

Mes abeilles

Citations

  • Le bruit de la nuit qui s’écoule à l’intérieur de la paume, après le coup de téléphone de l’amant (p11)
  • La nature véritable du problème se cache tout au fond de la glande pinéale qui se trouve au coeur du cervelet, lui même au coeur du cerveau. (p18)
  • Les jours se succédaient, informes comme ramollis par l’humidité(19)
  • Peut-être que  vivre seul ressemble à ce que l’on éprouve quand on perd quelque chose (29)
  • L’abeille volait à nos pieds. De temps en temps, il lui prenait l’idée de s’élever et elle s’approchait alors  craintivement de nous, pour s’éloigner aussi tôt. (48)
  • Vous êtes vraiment sûr que ça ira ? Vous allez vous remettre rapidement ? insistais-je. « Bien au contraire, c’est inguérissable ». Le directeur avait laissé tomber ces mots d’une manière si cruelle et si définitive que sur le coup je n’en saisis pas la véritable signification.(57)
  • Si je restais immobile, le bruit des ailes s’infiltrait comme un liquide jusque dans les minuscules conduits de mon oreille interne.(61)
  • Ma poitrine toujours glacée vibrait encore comme les ailes des abeilles (63)

Divers : 

  • Actes Sud ,1995. Lu le 15/03/2014, Biliothèque du KB
  • Les Abeilles (ドミトリイ Domitorī, 2/1991; Actes Sud 1995; novella)
  • Note : *****
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