Archives pour la catégorie Littérature Québécoise

On ne rentre jamais à la maison de Stéfani Meunier

 

 

On ne rentre jamais seul de Stefanie Meunier
On ne rentre jamais seul de Stefanie Meunier

Critique :

L’histoire de deux adolescents à Montréal, le narrateur Pierre-Paul à douze ans, son amie est Charlie. Ils se partagent tout, leurs secrets, des passions sur les ovnis, le triangle des Bermudes, jouent à se faire peur dans le grenier, la cave. Son acteur préféré est Jack Torrence dans Shining. Ils apprennent par cœur « la nuit américaine » de Truffaut et rejouent des scènes, Charlie à la voix de Valentina Cortese. Un matin Pierre-Paul part en classe, mais Charlie est absente. Un policier est présent et l’interroge. Charlie a disparu.

Puis arrive Clara : Clara, c’est la soeur de Charlie, née dans l’espoir de remplacer la disparue. Elle va vivre dans l’ombre de Charlie, la soeur évaporée qui n’existe que par des photos, son journal et la mémoire des parents.

Puis nous assistons à la rencontre de Pierre-Paul et de Clara dans l’ancien quartier ou Charlie à disparu trente ans plus tôt.

Un récit tout en sensibilité et touchant, des blessures d’enfance qui ne se referment jamais tout à fait, une note d’espoir malgré un passé pesant, des questions sans réponses qui se diluent peu à peu avec le temps. Et en plus un petit plaisir un roman avec des expressions québécoises, cela donne un air d’exotisme pour un lecteur du vieux continent.

Thème : Fugue , Disparition , Drame psychologique , Enfance, Traumatisme,

Citations

  • J’ai voulu tout savoir sur ma sœur. J’ai voulu la remplacer et les rendre heureux. J’ai voulu aimer ce qu’elle avait aimé. La science-fiction, les romans de Stephen King, la magie, les monstres, les phénomènes de foire, les mystères, les ovnis, les spectres, les extraterrestres, les sectes sataniques et les meurtriers en série. J’ai regardé des photos d’elle à en voir double, j’ai usé mes yeux jusqu’à en porter des lunettes qui faisaient que je lui ressemblais encore moins.
  •  Clara Mes parents m’ont faite pour remplacer ma sœur. Alors, forcément, ils sont déçus. Depuis mon premier souffle jusqu’à ma dernière coupe de cheveux. Parce que je ne suis pas ma sœur. Il m’arrive de les détester de m’avoir faite. Je hais ce combat que je sens en eux tous les jours entre les sentiments qu’ils devraient normalement avoir pour moi
  • Désir, il faisait toujours trente degrés même quand il ne faisait pas trente degrés

L’auteur : Stéfani Meunier

Née à Montréal en 1971, Stéfani Meunier a compris très jeune qu’elle était faite pour l’écriture. Après une maîtrise en création littéraire à l’Université McGill, elle a quitté la métropole pour s’installer à Saint-Adolphe-d’Howard, dans les Laurentides, un coin qu’elle connaît bien pour y avoir passé une partie de son enfance.

Lexique :

  • Bébelle : Canada jouet, gadget
  • Styromousse : (Canada) polystirène expansé.
  • Dépanneur : épicerie
  • Frencher : rouler une pelle
  • Rôtie : Tranche de pain grillée, toast.
  • Gossage : Perte de temps, niaisage.
  • Condo : (Canada) immeuble en copropriété

Divers :

  •  Edition Boréal, Parution 22 janvier 2013
  • ebook, 2.6 heures de lecture , 17 minutes par session, 323 pages tournées , 2.1 pages par minute
  • Note : ***** (3/5)
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Je suis un écrivain japonais de Danny Laferrière

Je suis un écrivain japonais de dany Laferière
Je suis un écrivain japonais de Danny Laferrière

La première question que je me suis posé en lisant le titre : Est ce un roman autobiographique ?  ou quelle est la part autobiographique de ce roman. En effet le narrateur n’écrit jamais sur autre chose que sur lui-même. Crise identitaire : « Dehors, il est québécois. Chez lui, il est japonais. On dit partout qu’il est Haïtien ».

Le narrateur (est ce autobiographique ?) vend à son éditeur un nouveau roman, en fait juste un titre « Je suis un écrivain japonais », car pas une seule ligne n’a été écrite. En effet il faut se fier à l’adage : « Si on a un bon titre le reste suit ».  Ainsi pour débuter l’écriture de ce roman, le narrateur lit les voyages de Basho et chercher à rencontrer des japonaises. Ce titre fait des remous au consulat du Japon à Montréal, il rencontre alors Mishima (mais ce n’est pas l’écrivain, juste le vice consul du Japon) et son assistant Tanizaki (mais ce n’est pas l’écrivain, juste l’assistant du vice consul du Japon)…

Une ode à la liberté, afin de sortir d’une crise identitaire : Haïtien émigré au Québec qui lit du Mishima et du Basho. Afin de se libérer des carcans réducteurs, des étiquettes, des nationalismes culturels,  le narrateur se déclare alors écrivain japonais. Japonais pour faire exploser les frontières des nationalités, les tabous, et les dogmes.

« Car, pour moi, Mishima était mon voisin. Je rapatriais, sans y prendre garde, tous les écrivains que je lisais à l’époque. Tous. Flaubert, Goethe, Whitman, Shakespeare, Lope de Vega, Cervantès, Kipling, Senghor, Césaire, Roumain, Amado, Diderot, tous vivaient dans le même village que moi. Sinon que faisaient-ils dans ma chambre ? Quand, des années plus tard, je suis devenu moi-même écrivain et qu’on me fit la question : « Etes-vous un écrivain haïtien, caribéen ou francophone ? » je répondis que je prenais la nationalité de mon lecteur. Ce qui veut dire que quand un Japonais me lit, je deviens immédiatement un écrivain japonais. »

Thème : Frontière, Liberté, Ecrivain,

Lexique :

La télé : petite boîte qui ne fait qu’absorber les énergies humaines pour recracher du vent.

Citation

  • On sait bien que les Nègres sont paresseux. Voilà un cliché. Et quand un Blanc travaille trop, il dit qu’il travaille comme un Nègre.
  • Je savais que la littérature comptait pour du beurre dans le nouvel ordre mondial. Il n’y a que les dictateurs du Tiers-Monde qui prennent les écrivains au sérieux en les faisant régulièrement emprisonner, ou fusiller même » (page 111).
  • Quel drôle de zigoto tout de même, ce Mishima ! Intéressant, mais un peu cinglé sur les bords. Hara-kiri, ça fait manga.
  • Du trottoir, un touriste japonais en train de mitrailler notre cuisinier grec. Toujours la même question : que voit-il ? Pour le savoir, il faut devenir japonais.
  • Un essaim de voyelles et de consonnes survoltées me sautent au visage. Cela faisait un moment qu’elles attendaient de la visite. (Le Marin rejeté par la mer)
  • La foule de Mishima n’était pas au rendez-vous ce jour-là. Lui qui espérait voir sa mort exalter la jeunesse. Cette jeunesse debout entonnant le chant pur du peuple. La foule de Mishima était assise devant la télé. Une foule assise. Les « assis » qui avaient tant dégoûté Rimbaud. Mishima n’admettait pas les nouvelles valeurs du Japon depuis l’affaire d’Hiroshima
  •  Je déteste les gens de peu de mots. Ils n’ont simplement rien dans la tête.
  • Né dans la Caraïbe, je deviens automatiquement un écrivain caribéen. La librairie, la bibliothèque et l’université se sont dépêchées de m’épingler ainsi. Etre un écrivain et un Caribéen ne fait pas de moi forcément un écrivain caribéen. Pourquoi veut-on toujours mélanger les choses ? En fait, je ne me sens pas plus caribéen qu’un Proust qui a passé sa vie couché.
  • Dans la vie on prend toujours le mauvais chemin au bon moment (154)

Divers:

Ebook, 4.7 heures de lecture, 17 minutes par session, 580 pages, 2 pages par minutes

Comment conquérir l’Amérique en une nuit de Dany Laferrière

 

Comment conquérir l'Amérique en une nuit
Comment conquérir l’Amérique en une nuit

 

Ecrit sous forme d’un scénario, l’une partie se déroule à Port-au-Prince, l’autre à Montréal.  Gégé, jeune Haïtien, débarque à Montréal chez son vieil oncle Fanfan chauffeur de taxi, qu’il n’a pas vu depuis vingt ans. Gégé vient conquérir l’Amérique à travers une publicité d’une blonde pulpeuse . Fanfan lui a renoncé à toutes ses ambitions, il rêve de finir ses jours loin des hivers qui n’en finissent pas du Québec et revoir son pays Natal. « Il parait que les dieux vaudous ont peur du froid ». On retrouve de nombreuses dualité Nord/Sud, satire de l’Amérique, la désillusion d’un exil pour s’enfuir d’une dictature.

Ce n’est pas mon roman préféré de Laferière, mais ceci est du à l’écriture scénarisé. Le film ne doit pas manquer d’humour.

Au Québec, tu es Haïtien, mais dès que tu mettras le pied en Haïti, tu deviendras québécois….

Thème : Dictature, Immigration, Démocratie

Citations

  • Une fois, j’ai vu un type arriver près d’une marchande de friture installée au coin de la rue. Un homme s’est approché d’elle et s’est mis à manger son bout de pain en humant l’odeur du porc frit. Quand il a eu terminé son pain, il s’est levé pour partir, mais la dame l’a aussitôt arrêté : (Il mime la voix.) « Hé toi ! Tu pars sans payer ! » qu’elle lui a dit. « Sans payer quoi ? Lui a répondu l’homme. Je n’ai rien pris ! » Et la dame, avec son regard de fauve, l’a regardé droit dans les yeux et elle lui a dit : « tu as mangé ton pain avec l’odeur de mon porc frit. Il faut payer ! » Sans hésiter, l’homme a fouillé dans ses poches, a sorti une poignée de monnaie et a fait tinter les pièces près de l’oreille de la dame en lui disant : « Voilà, madame, je vous paie l’odeur de votre porc frit avec le son de mon argent ! »
  • On se demandait ce qui était pire, Duvalier qui nous a mis dans un trou, ou ces gens bien intentionnés qui étaient venus pleurer sur notre sort. (p70)
  • En fait, l’Amérique a inventé deux choses : la Blonde et le Nègre. Couple rare. Plus rare que le diamant pur. Ce sont les deux extrémités du spectre. La lumière et les ténèbres. (p113)

Divers :

ebook, 2 heures de lecture, 11 minutes par session, 649 pages tournées , 5 pages par min environ

 

Eroshima de Dany Laferrière

Eroshima de Dany Laferrière
Eroshima de Dany Laferrière

Thème : Sexe, Bombe, Hiroshima, Japon, Montréal, Humour

En route vers l’apocalypse: le premier cliché sur le Japon est l’érotisme.

Critique :

Le sexe et la mort, les deux plus vieux mythes du monde. Dès les premières pages de cette nouvelle courte écrite dans un style simple je ne décolle plus. Le roman est dédicacé :« À Rita Hayworth, la star des pin-up, une rousse si explosive que la première Bombe atomique fut baptisée de son nom. »

Un style d’écriture simple, la première partie est découpé en courtes observations, environ 150, puis la narration de l’auteur se fait à la première personne, pour revenir à des observations. Un sacré degré d’humour pour nous narrer les amours d’un Nègre avec une japonaise, puis d’une juive orthodoxe. Le tout plongé dans un compte à rebours : en route vers l’apocalypse … avec des obsessions de la bombe atomique et d’Hiroshima.

Ses obsessions ou thèmes sont les mêmes que celle décrites dans le premier volume de « l’autobiographie américaine » c’est à dire dans « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ».

Citations :

  • J’ai découvert le Sexe (ou le Désir) à sept ans sous les traits de Rita Hayworth. Ah! qu’elle était jolie, la Mort! Je n’ai pas arrêté depuis et il m’a fallu vingt-cinq ans (et la mort de Rita) pour comprendre que c’était une bombe à retardement. Tu peux te cacher n’importe où sur cette satanée planète, il y aura toujours (comme le feu au cul) la menace de la Bombe. Et pour attendre cette saloperie de Bombe, rien de moins que le Sexe. Heureusement que nous sommes un peu plus que cinq milliards répartis un peu partout sur la planète. Alors, c’est quand tu veux, ma vieille.
  • La mort, là-bas ? Mishima, Kawabata, Dazai, Akutagawa. Ils n’ont qu’une façon de mourir, semble-t-il. Se suicider. Qu’est ce qui pousse à ça ? l’orgueil ? La forme ? La beauté ? Une trop haute idée de la vie ? Ne cherchez pas la réponse. (102)
  • Je ne me suis pas encore familiarisé avec cette idée, cette REALITE de respirer, de tousser, de bouger dans la même pièce qu’une juive orthodoxe. Vous vous imaginez l’effet que ça peut faire sur la libido d’un goy nègre.
  • J’entends frapper discrètement à la porte. Myriam Rosenberg entre, et je bascule, la tête la première, dans le trou noir des phantasmes les plus pervers auxquels aucun Nègre, à ce jour, n’a jamais osé rêver.
  • J’AI DECOUVERT LA BOMBE en même temps que le Sexe. J’avais fou de suite compris que les deux généraient la mort. La Bombe, c’est la mort collective, démocratique, égalitaire. Et puis le Sexe, c’est la mort individuelle, élitiste, aristocratique. La bombe, c’est la mort dans un éclair. Le Sexe, la mort à petit feu. L’orgasme est également bref. Le temps, affirme Borges, est une convention.
  • Hoki est née à Vancouver, B.C. Elle n’a pas de dieu, Ni Confucius, ni Bouddha. Elle fait l’amour comme Lao-Tseu se tient sur son buffle.
  • Keiko continue de se caresser les seins. J’attends beaucoup de ce moment pour l’avenir de l’humanité. Le sort de la civilisation judéo-chrétienne se joue, à l’instant, entre ce Nègre et cette japonaise née à Los Angeles.
  • Rita Hayworth, la star des pin-up, une rousse si explosive que la première bombe atomique fut baptisé de son nom.
  • L’appartement est un peu concave comme si je nichais dans une coupe à cognac.

Divers :

  • Paru en 1987, second roman après « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » (1985)
  • ebook , 1.8 heures de lecture, 203 pages tournées, 1.9 pages par min. env
  • L’auteur s’intéresse au mouvement du spiritisme  né à Haïti