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Tsubaki de Aki Shimazaki

 

Tsubaki de Aki Shimazaki
Tsubaki de Aki Shimazaki

Tsubaki est le premier volet de la pentalogie « le poids des secrets ». Le récit débute par l’histoire de Yukiko Horibe, la mère de Namiko pendant la seconde guerre mondiale, plus précisément à Nagasaki pendant la période de la bombe atomique. Yukiko cache des secrets qu’elle ne dévoilera à sa fille Namiko qu’après sa mort, pour soulager sa conscience. Elle se prépare à sa mort en commençant à raconter à son petit-fils des pans de sa vie : « on meurt selon le destin » lui dit-elle. Yukiko aimait les camélias / Tsubaki symbole d’amour éternel et inconditionnel et souhaitait mourir de la même façon que ses fleurs.

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ToKyo de Mo Hayder

 

Tokyo de Mo Hayder
Tokyo de Mo Hayder

 

Un des premiers livres de Mo Hayder que j’ai en main, et très bonne surprise. La narration mêle deux espaces-temps simultanément, un récit qui se passe à Nankin au début de l’année 1937 au sein d’une famille chinoise face à l’avancée de l’armée impériale japonaise. De l’autre, l’histoire d’une fille étrange décalée, elle se fait appeler Grey. Elle poursuit inlassablement des recherches suite à la découverte d’un livre à son domicile « L’horreur de Nankin ». Et depuis neuf ans elle étudie tout se rapportant aux massacres de Nankin. Mais ce n’est pas simplement une recherche historique, elle a un mystère en elle qu’elle voudrait exorciser. Ses recherches vont l’amener à rencontrer un mystérieux professeur Shi Chongming qui aurait en sa possession un film des massacres de Nankin. Un marché se met en place entre le professeur et Grey : le secret d’un yakusa contre le film.

Ce deal va entraîner Grey dans des clubs d’hôtesse, la rencontre du Yoyabon du Fuyuki Gumi, du monstre de Saitama. Chapitre par chapitre, le récit de la quête de Grey va être entremêlé des mémoires d’un survivant de Nankin. Ceux-ci sont décrits de façon brut pour montrer que la cruauté des Japonais peut être élevée au rang d’un art. Grey arrivera a dépasser le passé d’une certaine façon…

Polar et recherches historiques sont habilement mêlés, un suspens captivant. Beaucoup de noirceurs également via le récit des massacres de Nankin. Il est également à noter que la culture orientale est très présente  « J’avais oublié que les Occidentaux ignorent l’art d’écouter ».

Un bémol : je ne comprends pas pourquoi le titre Français est « Tokyo », alors que le titre original « The Devil of Nanking », titre qui décrivait mieux ce roman.

Un plus : ce roman donne l’envie d’en savoir plus sur l’époque ou ont lieu les massacres de Nankin.

 Citations :

  • C’est incroyable, la capacité qu’a le temps de se réduire à rien, comme un accordéon
  • J’avais oublié que les Occidentaux ignorent l’art d’écouter. Si vous m’aviez écouté avec attention, si vous m’aviez écouté autrement qu’à l’occidentale, vous sauriez que je ne conteste pas ce que vous dites.
  • On a beau être aussi brave, aussi vaillant qu’on puisse l’être, on a beau se dire qu’on est invulnérable, qu’on sait ce qui nous attend, on s’imagine que ça ne sera jamais trop grave, qu’il y aura un avertissement avant que les choses aillent trop loin, une musique off, peut-être, comme dans les films. Mais il me semble que ce n’est pas comme ça qu’arrivent les désastres. Les désastres sont les grands maîtres de l’embuscade : ils savent nous tomber sur le dos quand on regarde ailleurs.
  • Vous avez été bon, vous avez eu la bonté de toujours me dire que l’ignorance n’était pas la même chose que le mal, mais je vous comprends. 
  • Si tu as appris quelque chose, c’est qu’en ce monde aucun de nous n’en a pour très longtemps.
  • Au moment de disparaître, le bébé lança, d’une voix qui semblait être celle de Shi Chongming : « Que ne ferait pas un homme pour vivre éternellement ? Que ne mangerait-il pas ? »
  • Ils enterrèrent des jeunes gens jusqu’au cou dans le sable et passèrent dessus avec leurs chars. Ils violèrent des femmes âgées, des enfants, des animaux. Ils décapitèrent, démembrèrent et torturèrent ; ils s’exercèrent à la baïonnette sur des nourrissons. On ne pouvait guère s’attendre à ce qu’un survivant de cet holocauste puisse ultérieurement faire confiance aux Japonais.
  • >Les propos d’un historien de l’émigration chinoise en Amérique que j’avais étudié à l’université me revinrent à l’esprit : « La brutalité des Japonais a dépassé l’imagination. Ils ont élevé la cruauté au rang d’un art. S’ils présentaient des excuses officielles, cela suffirait-il à ce que nous leur pardonnions ? »

 

Nankin 1937
Nankin 1937 (Wikipédia)

 

 Les personnages :

  • Shi Chongming : professeur 70 ans ( Biotechnologie et sociologie)
  • Strawberry Nakatani : La patronne du bar d’hotesse
  • Svletlana : jeune fille russe travaillant au club de Nakatami
  • Irina : jeune fille russe travaillant au club de Nakatami
  • Jason Wainwright : jeune qui aide Grey, la branche pour travailler au club de Nakatani
  • Junzo Fuyuki : Yoyabon du Fuyuki Gumi
  • M Bai : Toutou de Fuyuki, ancien chanteur à succès. (Bison)
  • Miss Ogawa, la nurse, le monstre de Saitama.

 

  • Shujin : Femme de maître Shi, enceinte
  • Maître Shi : époux de Shujin
  • Vieux Liu Runde: ami de M Shi
  • Le yanwangye de Nankin : le diable, le gardien de l’enfer.

 

Lexique :

  • Un meishi (名刺, meishi) est une carte de visite japonaise.
  • Les shunga (春画) sont des gravures japonaises érotiques, de style ukiyo-e.
  • Katsukawa Shunshō (勝川春章) (1726-1793) est un artiste japonais d’estampes ukiyo-e.

Divers:

  • Tokyo ou The Devil of Nanking (2004)
  • Publié en français sous le titre Tokyo, Paris, Presses de la Cité, coll. Sang d’encre, 2005
  • 2005 : Prix SNCF du polar européen pour Tokyo
  • 2006 : Grand prix des lectrices de Elle – catégorie Policier pour Tokyo
  • ebook: 10.3 heures de lecture, 25 minutes par session, 1398 pages tournées, 2.3 pages par minutes
  • Note : ***** (4,5/5)

 

 

Le vase de sable de Seichô Matsumoto

le vase de sable de MATSUMOTO
le vase de sable de MATSUMOTO

Avis :

Ardu, par le nombre de personnages et les patronymes utilisés qui se greffent progressivement et dont on a du mal à faire la liaison avec le meurtre. Ainsi que la géographie : ville, gares et districts,  les dialectes et accents des régions. Car L’inspecteur Imanishi Eitarô va nous faire voyager dans cette enquête longue et triste. Triste car elle décrit le japon de la guerre, les différences sociales, la honte de ses origines pour les enfants abandonnés, les léproseries. Le décalage de deux sociétés celui des artistes d’avant garde, des intellectuels qui se protègent du reste du japon peu cultivé, rural. Plus qu’un polar on va retrouver une critique sociale du japon.
L’intrigue de ce policier est inattendu. Le meurtre à l’origine ne donnant que peu d’éléments Imanishi va à force de volonté, essayé de découvrir le mobile de ce meurtre. Et c’est avec des fausses pistes, des réflexions scientifiques, une enquête menée avec la plus grande rigueur que Imanishi nous mènera jusqu’au coupable.
Ce roman est beaucoup plus malaisé à lire  que les précédents que j’ai pu dévorer, pour découvrir Matsumoto « Un endroit discret » est beaucoup plus abordable et ne perdra pas le lecteur.
thème : musique, ultrason, identité, honte de ses origines

Synoptique

Seul le début est résumé, je vous laisse découvrir la fin…
  1. Les clients du bar : un bar proche de la gare de Kamata, Sumiko sert deux hommes . Un mécanicien de la gare trouve un corps, l’autopsie montre qu’il s’agit d’un homme de 55 ans mort par strangulation, le visage couvert de meurtrissures, il avait du whisky et des somnifères. Une recherche est faite avec les recoupements du bar : un dénommé Kameda . Mais ne donne rien. En feuilletant un magazine l’inspecteur Imanishi  s’aperçoit que Kameda est aussi un lieu, 10 jours après le meurtre
  2. Kameda : Imanishi se rend au commissariat d’Iwaki. Un indivu bizarre a été remarqué, ressemblant à un ouvrier, entre 30 et 40 ans ayant passé la nuit à l’auberge Asahiya.
  3. Le nouveau groupe :  Cinq jeunes gens vont dans un bar de Ginza, Sekigawa s’éclipse pour allé voir Sachiro Tadokoro secrètement.
  4. La femme au tourbillon de papier: meurtre + 2 mois, un homme Akiyoshi Miki déclare la disparition de son père au cours d’un pèlerinage à ìse puis Nara et Kyoto. Murayama rencontre une jeune femme qu’il avait vu dans un train , il raconte cette histoire à Kawano qui veut en faire un récit.
  5. Dialecte et géographie : Imanishi se rend à l’institut national de la langue japonaise, il récupère les informations sur la carrière de Kenichi Miki. Il voit Kojurô Kirihara
  6. Tâches de sang : meurtre + 3 mois : Imanishi est découragé par cette enquête, il lit la nouvelle « La femme au tourbillon de papier » dans un journal, il téléphone pour prendre rendez vous avec Kawano Hidezô. Celui ci ‘ informe que l histoire provient de Murayama. Il le rencontre prend des précisions sur la jeune femme ainsi que sur les gares traversés.Il refait le chemin indiqué le long des gares et parvient à ramasser des petits morceaux de papier : en fait des morceaux de tissu ensanglanté au nombre de 13. Il les fait identifier : sang du groupe OM. Un matin ma femme de Imanishi va lui acheter des cigarettes et l’informe qu’un suicide a eu lieu, elle ressemble à une actrice  Mariko Okada ? Il s’agit de Rieko Naruse. Imanishi se rend au théâtre rencontrer Kunio Miyata. Il souhaite que l’acteur Kunio Miyata l’aide a trouver les raisons du suicide
  7. La réponse : Kunio Miyata lui promet de l’aider mais pas tout de suite, ils se donnent rendez vous le lendemain près de Ginza. Au rendez vous Imanishi attend mais Kunio Miyata ne vient pas. Le lendemain il se rend au théâtre et découvre sur le journal que le 31 aout l’acteur est mort d’une crise cardiaque après les répétitions. Il retourne au théâtre il semble que Miyata étaient amoureux de Rieko Naruse, mais celle-ci semblai être amoureux d’un autre. Shigeo Sekigawa rencontre une femme Emiko, lui dit qu’il doit allé écouter un concert de Waga le lendemain. Imanishi se rend chez la logeuse de Kunio Miyata, il confirme que celui-ci avait fait un voyage dans le Tôhoku mi mai.
  8. Tâtonnements : Imanishi et Yoshimura se rendent à l’endroit ou est décédé Kunio Miyata. Sachiro Tadokoro  rend visite à Eiryô Waga. Elle l’emmène déjeuner chez son père. Shigeo Sekigawa rencontre Emiko, elle lui annonce être enceinte de 4 mois.
  9. La mort d’Emiko: Imanishi interroge M Yasuo Kubota propriétaire qui loue à Emiko, celle-ci était enceinte à fait une chute s’est cogné et à fait une fausse couche lui dit le Dc Usegi, un jeune homme a appelé lorsqu’il est arrivé elle était déjà morte.  Imanishi va rencontrer Toyo Nakamura
  10. Confusion : l’inspecteur émet des hypothèses quant à Shigeo Sekigawa , il prend le train pour Nagoya et va à une auberge pour questionner au sujet de Kenichi Miki , lui se renseigne sur les films vu par MIKI : « Drame sur la Tone » et  » La fureur de l’homme ». Puis il retourne à Tokyo
  11. Mutisme complet : Imanishi rentre de Hokuriku , il invite a diner Yoshimura Il raconte que deux vendeurs ambulants se sont rendus à ce domicile mais n’ont rien vendu ils sont partis tous les deux écœurés , un policier y retourne mais rien de suspect. Il doit y avoir quelque chose de suspect au cinéma (ISE) ou Miki a pris sa décision de partir à Tokyo, il écrit une lettre au commissariat d’Ise
  12. On approche : Une affiche de la famille Tadokoro avait été accroché au mur du cinéma. Waga part faire une tournée aux US

Personnages :

  • Sumiko : serveuse du bar
  • Imanishi Eitrarô: inspecteur du premier bureau d’enquête de la préfecture 45 ans, marié avec un fils scolarisé Tarô 10 ans, il a une soeur , il est fumeur
  • Yoshimura : inspecteur  à Kameda (2)
  • Sekigawa Shigeo : critique, sous directeur culturel (Nouveau groupe)
  • Mutsuo Katazawa : peintre d’avant garde
  • Toyoichirô Takebe : auteur de pièces de théâtre (Nouveau groupe)
  • Ryûta Yodogawa : architecte (Nouveau groupe)
  • Eiryô Waga : compositeur (Nouveau groupe), fiancé à Sachiro Tadokoro
  • Omura : recteur d’université
  • Ichirô Sasamura : metteur en scène (Nouveau groupe)
  • Sachiro Tadokoro : jeune femme sculpture, père est l’ancien ministre Shigeyoshi Tadokoro
  • Emiko Mìura : serveuse du club « Bonheur », amie de Sekigawa
  • Akiyoshi Miki : déclare la disparition de son père au cours d’un pèlerinage à ìse
  • Kenichi Miki : homme disparu, agent de police dans sa jeunesse, puis s’occupe d’un bazar
  • Kawano Hidezô : professeur d’université, critique
  • Murayama : journaliste
  • Kojurô Kirihara: fabricant se soroban qui connaissait Kenichi Miki
  • Mariko Okada : actrice travaillant dans un groupe de théâtre d’avant garde.
  • Rieko Naruse : actrice se suicide aux somnifères.
  • Kunio Miyata : Acteur dans un groupe de théâtre d’avant garde, 30 ans. Il joue avec Rieko Naruse, décède d’une crise cardiaque.
  • Akiko Sugiura : Directrice de la troupe de théâtre d’avant garde, également une célèbre actrice.
  • Shigeo Sekigawa : Critique
  • Shigeyoshi Tadokoro : ex-ministre , président de deux sociétés et membre du conseil d’administration de plusieurs autres.
  • M Yasuo Kubota : propriétaire qui loue à Emiko
  • Toyo Nakamura : femme de ménage de Shigeo Sekigawa

Citations :

  • L’amour est-il voué à la solitude ?
  • Notre amour a duré trois ans. Mais nous n’avons rien construit. Va-t-il pouvoir survivre sans qu’il n’y ait jamais rien ? Il dit que c’est pour toujours. Devant la vanité de cette situation, j’ai l’impression de laisser couler du sable entre mes doigts. Le désespoir me frappe chaque nuit. Mais je dois être courageuse. Je dois avoir confiance en lui. Je dois préserver mes rêves solitaires. Je dois faire entendre raison à ma solitude et trouver mon bonheur en elle. Je dois continuer à vivre en me cramponnant à cet amour sans espoir. Cet amour a toujours fait de moi une victime. Je devrais même en éprouver une joie de martyre. Il dit qu’il m’aime pour toujours. Continuera-t-il à me le dire toute ma vie ? p51, VI
  • Pour finir, on sectionna le cuir chevelu et l’on scia la calotte crânienne. Les longs cheveux de Kunio Miyata se trouvèrent rabattus sur son visage. Dans l’ouverture ronde, on aperçut une boule rose pale, enveloppée d’une fine membrane. C’était le cerveau. Toutes les fois qu’il voyait cela, Imanishi était impressionné par la beauté du cerveau humain. Il croyait voir un fruit tropical de grande valeur sous son emballage de cellophane p60, VII

Divers

  • Titre original : Suna no Utsuwa 砂の器,1961
    Publié en français sous le titre Le Vase de sable, Paris, Philippe Picquier, 1987 ; réédition, Paris, Picquier poche, 1998
  • Note ***** (3.5/5)

Mourir pour la patrie de Akira YOSHIMURA

 

Mourir pour la patrie de Akira YOSHIMURA
Mourir pour la patrie de Akira YOSHIMURA

 

 

L’action se déroule à Okinawa et débute le 25 mars 1945. Okinawa est le dernier rempart avant l’invasion des îles principales du Japon par les Américains. Nous allons suivre le récit de cette résistance héroïque par les yeux de Shinichi Higa un soldat appelé de dernière minute , il a 14 ans. Il est enrôlé dans l’unité « Fer et Sang pour l’Empereur ». « Nous, les élèves de l’école secondaire numéro un, sommes prêts à mourir ! Chacun d’entre nous tuera dix ennemis ! Nous les éliminerons tous, jusqu’au dernier ! Nous ne leur donnerons pas notre sol et nous défendrons jusqu’à la mort le Japon pays des dieux ! criaient-ils, la voix tremblante d’émotion »Il est alors rattaché au transport des blessés ou l’horreur est transcrite par les vers qui se nourrissent des plaies des blessés faute de médicaments, d’hygiène. Malgré sa déception d’être cantonné à l’infirmerie Shinichi accepte sa mission en attendant de pouvoir se sacrifier et tuer le plus d’ennemis. L’attente est longue, il tentera d’infléchir le lieutenant, mais il se fera rabrouer, s’occuper des blessés étant une tâche importante. L’hôpital est évacué, il se retrouvera avec des artilleurs. Et cherchera jusqu’au bout les restes de son unité « Fer et Sang pour l’Empereur » pour se sacrifier avec ses camarades d’école. Ces combattants héroïques qui portent des mines attachées à leur taille et qui sont prêts à se faire exploser à tout moment.

Tous les sentiments sont absents ce livre, la cruauté et l’horreur sont visible sans pruderie. On ne verra jamais Shinichi Higa ému par les souffrances au delà du supportable de la population. Le passage ou Shinichi voit un bébé essaye de téter le sein dénudé de sa mère dont le crâne est défoncé est décrit de façon clinique sans aucun sentiment. Il ne rêve que de glorifier son empereur et sa patrie, de s’offrir en sacrifice anonymement MAIS surtout en tuant le plus d’ennemis possibles. L’endoctrinement et le fanatisme que l’on va rencontrer chez ces jeunes collégiens est hallucinant. 

L’écriture est sombre, précise. Le roman est d’une grande force. Il ne pourra pas plaire à tout le monde et pourra paraître difficile à lire car trop réel. La narration nous plonge dans l’horreur et les descriptions cauchemardesques, putrescence rendu par le fanatisme et l’endoctrinement de ces guerriers de l’empereur.

Synoptique :

  1. Okinawa, Seuls les élèves de 5 ème 4ème et 3ème années avaient reçu leur ordre d’appel 25/3/1945 et quelques volontaires, Tristesse des autres qui veulent se battre . Veulent servir et donner leur vie pour la patrie. Le principal autorise de remettre des diplômes au 4 et 5 ème année (Exceptionnellement). Il appartient à l’unité « fer et sang pour l’empereur », on leur donne un uniforme, des armes pour certains 150 cartouches et trois grenades pour les autres des lances en bambou. Le 31 mars les recrues reçoivent leur affectation. Les bateaux ennemis s’approchent, le débarquement est imminent
  1. Shinichi s’occupe du transport des blessés, c’est le 5ème jour du débarquement et le nombre de blessés s’intensifie. Nous somme le 11 avril. Il envie ses camarades qui sont au front alors qu’il ne s’occupe que de porter les blessés et d’enterrer les morts. Les morts sont innombrables, l’état des blessés est difficilement supportable les blessures s’infectent, l’hygiène n’existe plus « les asticots grouillaient dans les blessures infectées p46  » . De fausses rumeurs de contre attaque permet de conserver l’exaltation et l’optimisme des troupes. On enterre plus les cadavres qui sont jetés dans des fosses. Il veut se sacrifie en criant « gloire à l’empereur » 20 mai l’ennemi progresse, 24 mai l’ennemi est visible. résister le plus longtemps possible même au prix de du sacrifice de nombreuses vies. Une retraite mais annoncé comme un redéploiement
  2. Shinichi est envoyé à un site d’artillerie dans la montagne, il sert de communication. Le 1 juin. Leur blockhaus est pilonné, il est à découvert donc inutilisable. Des chars s’approchent certains sont détruits. La position est abandonnée pour le mont yoza
  3.  Tous les combattants meurent autour de lui de façon héroïque ou non, mais en participant aux combats. Shinichi les envie de participer activement à cette guerre, il se sent inférieur. L’hôpital est de nouveau abandonné, les blessés sont achevés avec des piqûres des cyanure. Une explosion Shinichi se retrouve sous une montagne de corps et de cadavres : Seul survivant malgré lui de ce charnier
  4. Il se réveille plusieurs jours après, et se retrouve derrière les lignes ennemies avec un autre soldat, ils se cachent parmi les cadavres pourissant puis avec les civils réfugiés. Il essaye de rejoindre son unité « fer et Sang pour l’Empereur »
  5. Il commence à ressentir l’horreur de la guerre qui l’entoure : une femme accompagné de ses enfants lui demande de les tuer pour ne pas être capturés, un enfant tête le sein du cadavre de sa mère. Peu à peu les gens se suicident ou essayent de se rendre mais sont alors abattus par les siens. Il finit capturé.

Citations :

Si tous les habitants d’Okinawa s’associaient à l’armée pour se battre, l’ennemi serait anéanti car sa force n’était que matérielle 21
Etes -vous prêt à mourir? Un vrai guerrier est d’abord quelqu’un qui est prêt à se sacrifier. La bataille finale pour votre île va débuter. Vous allez donner votre vie pour la défendre, animé par l’esprit du sacrifice pour le pays des dieux. Moi, je suis prêt. Je vous guiderai jusqu’au bout. Et vous me suivrez dans la mort. 39
Shinichi commençait à penser que son désir d’une mort héroïque était peut-être lié à sa peur de connaître le terrible sort des blessés. Sa préférence pour une mort instantanée, et non à la suite de blessures, était profondément ancrée en lui. Les blessés étaient indéniablement des guerriers qui donnaient leur vie pour la patrie, mais couverts de sang et de déjections, ils n’existaient plus que pour respirer. Nombreux étaient les soldats qui imploraient les brancardiers de les liquider pendant le transport. Ils voulaient échapper à la douleur et devaient deviner le traitement qui les attendait 52
Dans une anfractuosité gisait une femme dont le crâne défoncé laissait apparaître son cerveau. Un nourrisson était blotti contre ses seins dénudés et noircis. Shinichi perçut un bruit faible. Il posa les yeux sur le bébé qu’il avait cru morte vit qu’il bougeait. Le son venait de lui. Il sentit son visage grimacer. Le bébé tétait en frottant le sein d’une main. Le jeune garçon regarda ce nourrisson innocent avec dégoût, Serait-il bientôt transpercé d’une balle ou allait-il mourir de faim. Il tendit la main vers le petit corps mais la retira aussitôt (…) Il quitta le renfoncement d’un pas décidé en se reprochant sa sentimentalité (p145)

Divers

Mourir pour la patrie. Higa Shinichi, soldat de deuxième classe de l’armée impériale 
Actes Sud, 2014, 173 pages 
Prêt : Librairie du KB le 22/04/2014

Le Convoi de l’eau de Akira YOSHIMURA

Le Convoi de l'eau de Akira YOSHIMURA
Le Convoi de l’eau de Akira YOSHIMURA
Le convoi de l’eau est l’histoire de deux mondes parallèles séparés par une frontière abstraite, des villageois (une communauté du passé) qui semblent ignorer le travail de destruction de leur hameau, et de l’autre les ouvriers qui préparent le barrage.
Cette frontière est représentée comme le choc de deux civilisations, celle cachée depuis de nombreuses années (innombrables stèles) du hameau et en face celui de la technologie qui va les écraser sans remords telle une vague. Symboliquement, on fera disparaître le hameau sous un lac artificiel. On ne comprend guère le mode de fonctionnement des villageois, on les observe par les yeux des ouvriers en s’interrogeant et une angoisse indicible les entoure,
Le narrateur est le rouage entre ces deux mondes (meurtrier de sa femme qui l’avait trompé, il fait plusieurs années de prison.) il possède une cruauté intrinsèque étant enfant qu’il raconte. Cette sérénité qu’il va ressentir avoir après avoir tué se retrouvera symboliquement dans ce village. Il revivra ses actions dans ce hameau, tel un spectateur. Le village condamnera une femme qui se fera violer par un ouvrier. Elle expiera sa honte en se pendant. Le corps restera exhibé pendant plusieurs jours pourrissant. C’est le narrateur qui viendra enterrer le corps en décomposition, peut-être celui de la mémoire de se femme.
On retrouve des thèmes communs à d’autres oeuvres de Yoshimura, sur la sacralisation des morts, des stèles (« Le sourire des pierres ») et l’esprit des morts sur les vivants, l’intemporalité
J’avais été sous le charme de « La Jeune Fille suppliciée sur une étagère », et ici de nouveau la magie à opérée, cette écriture laisse des traces et me ravit
Thème : meurtre, adultère, mort, intemporalité, guerre, stèle, eau

Synoptique

  1. Après 5 jours de marche, le narrateur arrive dans une vallée avec un petit hameau et une grande étendue de pierres tombales. Ce hameau isolé est découvert à la fin de la guerre, une unité étant partie à la recherche d’un bombardier américain écrasé. La vallée est idéale pour faire une retenue d’eau pour un barrage. Une première équipe de treize ingénieurs et de 60 ouvriers s’y rend afin de faire des analyses de terrain. Les techniciens campent près du village, ils ressentent une angoisse indicible vis à vis des habitants.
  2. les équipes sont divisés en arpentage et sondage, le narrateur s’occupe du sondage avec Nogami. Ils doivent faire exploser de la dynamite, l’explosion est si forte que tous les habitants du hameau sortent. le souffle provoque des crevasses sur les toitures. Puis les jours suivants les habitants se résignent partent dans la forêt, fabriquent des échafaudages et réparent leurs toits. Le forage se poursuit jusqu’au fond de la vallée puis l’autre versant. L’explosion re détruit les toitures, ils se remettent au travail sans découragement ni révolte. Les ouvriers témoins s’agacent du labeur des villageois
  3. Après vérification des données, les travaux continuent. Des baraquements sont construits pour les prochaines équipes.Ils trouvent une source d’eau chaude et viennent alors tous s’y baigner au détriment des villageois. 200 ouvriers devraient arrivés en support. Des hommes sont présent pour l’indemnisation des 300 habitants, mais les stèles posent problèmes. Une délégation vient voir les ouvriers dont une femme honteuse qui désigne Tamura, 50 ans. Les autres jaloux éprouvent un sentiment de haine envers lui. Le lendemain une forme humaine vêtue de blanc pendait à une branche de paulownia. Suicide ou a t-elle été forcée à se tuer par les gens du hameau p91. Le lendemain le corps est toujours pendu mais Tamura a disparu. Il est retrouvé mort, On conclu une mort accidentelle afin d’éviter une enquête. La nouvelle équipe arrive et le corps reste pendu
  4. De nouvelles équipes arrivent encore plus nombreuses, Des villageois partent,   ne sait ou, équipés d’un ballot. Le narrateur se souvient de ses deux filles ( qui maintenant doivent avoir 10 et 15 ans). Ils pensent aux habitants qui vont recevoir des compensations mais ne sauront pas les utiliser, déracinés de leur terre, car ils n’ont pas de contact avec l’extérieur / la civilisation. Les habitants acceptent les propositions sans négociés. Le corps de la fille est toujours pendu il prend une couleur verte. Les villageois retirent les stèles puis creusent la terre. Le narrateur se souvient avoir ouvert la tombe de sa femme, les villageois se mettent à construire de petites boîtes en bois pour y mettre les ossements puis les déplacer vers un temple.  Il se promène vers le village et va voir le corps de la jeune fille pourrissant, un garçon est à côté son frère peut-être « La posture de la fille disait bien qu’elle expiait sa faute. Couverte de moisissures, elle l’avait gardée, continuant à implorer le pardon » 139. Il prend une pelle et va inhumer le corps, les villageois sont présents avec de la colère.Un jeune garçon lui offre un faisan. Les ouvriers pensent qu’il a fait cela pour racheter la faute de Tamura. Les villageois retournent déterrer le cadavre et le mettent dans un cercueil, une cérémonie bouddhique a lieu.
  5. Le jour du départ pour les habitants est arrivé, ils mettent le feu au hameau. Nogami s’affole et essaye d’éteindre l’incendie, des chauves-souris s’envolent les ailes en feu. Le hameau part en fumée.

Personnages

Tamura : Ouvrier qui viole une villageoise
Nogami : Chef d’équipe, surnommé Wagonnet à cause d’un accident au barrage K4.
Le Maire : Un gamin de 16/17 ans pâle à l’air maladif.
Chizuko : Femme du narrateur
Yodono : L’amant de sa femme, chef comptable de l’entreprise d’enseigne au néon.

Citations

  • Je me demande pourquoi, dans ce genre d’affaire, au lieu de tuer l’amant, le mari s’en prend à sa femme ? p88
  • J’avais repoussé violemment les pierres pour creuser, et en découvrant les os de ses jambes qui sortaient de terre, je n’avais pas pu contenir la colère qui montait en moi, je les avais frappés à grands coups de pioche. Les os s’étaient brisés. Mais en même temps, par contrecoup l’extrémité de ses pieds était sortie de terre. En apercevant ces choses qui ressemblaient à des champignons blancs pointant hors de la terre, j’y avais vu ma femme encore vivante.122
  • La montagne, enveloppée de feuillage rouge vif, présentait un contraste remarquable avec la blancheur des os 123
  • La posture de la fille disait bien qu’elle expiait sa faute. Couverte de moisissures, elle l’avait gardée, continuant à implorer le pardon » 139

Divers:

  • Le convoi de l’eau  (水の葬列Mizu no sōretsu?) – Actes Sud, 2009
  • Note : ***** (4,6/5)
  • Bibliothèque du KB