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Passionné par la lecture, bibliophage naufragé, J'aime partager mes coups de coeur ou de gueule J'affectionne particulièrement la littérature japonaise, l'histoire, les thrillers... Mes choix sont cependant éclectiques, j'aime voyager d'un continent à l'autre :-) Et apiculteur amateur, je me spécialise petit à petit dans une apiculture naturelle

Tonbo de Aki Shimazaki

tonbo de Aki Shimazaki
tonbo de Aki Shimazaki

Quatrième de couverture :

Nobu a fondé en 1981 un juku, établissement de cours privés spécialisé dans la préparation des examens. Six ans plus tard, avec la visite inattendue d’un homme qui réveille le souvenir du suicide de son père, il apprend une tout autre histoire que celle qui a assombri sa jeunesse. Professeur respecté, injustement accusé d’avoir provoqué la mort d’un élève rebelle, le père de Nobu avait vu son destin littéralement pris dans les mailles inextricables d’une rivalité d’étudiants. Mais le drame d’alors prend aujourd’hui une tournure imprévue. Après le remarquable succès public de son cycle Le Poids des secrets, récompensé au Canada par plusieurs prix littéraires, Aki Shimazaki construit un nouveau projet romanesque à multiples facettes : chaque titre de la série composée pour l’instant de Mitsuba, Zakuro et Tonbo peut se lire indépendamment, mais ensemble ils éclairent dans toute leur complexité des secrets familiaux imbriqués dans la cruelle réalité du monde professionnel et de l’Histoire japonaise. Dépouillée, aussi précise qu’économe, la plume d’Aki Shimazaki n’en est pas froide pour autant : son art de la litote suscite une empathie remarquable et crée un suspense psychologique tout à fait fascinant.

Thème : voyage psychologique, enseignement, culpabilité, suicide, déshonneur

Critique :

J’ai commencé Tonbo, en m’apercevant à mi-lecture que c’était le troisième volume de la série « Le poids des secrets »…. Bref, le principe de la série est une suite de livres donnant à chaque fois des points de vue différents à la même histoire. Donc j’espère ne pas m’être égaré.

L’histoire est celle d’une famille ordinaire, ni riche, ni pauvre, rien de spécial, Sauf un incident de parcours : le père de Nobu se suicide en 1972, il était professeur de biologie. Son père gifle un élève lors d’un cours et celui-ci meurt le lendemain. Cet élève avait un grave problème cérébral. La gifle et son décès n’était qu’une coincidence. Les médias déformèrent l’affaire : »un élève tué à coups de poings ». Son père démissionne puis est lentement poussé au suicide.

On a différents aspects des coutumes et de la vie japonaise, du rapport au travail :  « j‘ai refusé l’ordre de mutation à Sao Paulo« , « Perdre son travail, ce n’est pas seulement perdre de l’argent. C’est aussi perdre sa confiance en soi et son but dans la vie« , de l’importance de l’entreprise dans la vie d’un employé. jusqu’à celui du suicide. L’individu au Japon se définit par rapport à la relation à l’autre et non en terme d’individualisme. « Tu n’es pas responsable des actes de ton père. Oublie-les. C’est ta vie qui compte » est choquant et n’est pas coutume au Japon. Nobu insiste particulièrement sur l’identité la perte de la culture, les racines,

Je n’ai pas été convaincu par ce roman, comme il appartient à une pentalogie, il me reste à lire les autres volumes

Personnages:

  • Tsunoda Nobu  : le narrateur
  • Haruko : l’épouse ( Travaille à l’hopital ), 2 enfants ( un fils et une fille )
  • M Miwa : Propriétaire du batiment du Juku
  • Mme Wada : Employée  de bureau au Juku
  • Yûko : réceptionniste à la compagnie Goshima ( à une fille Mitsuba)
  • M Tsunoda (père de Nobu) :
    • Kazuo Yada : élève décédé ( Kazu)
    • Sawako (Akitsu) : délégué de classe
    • Jirô Tanaka: ou Kano, Tanaka est le nom de famille de sa femme, beau-fils adoptif Jirô Kano

Lexique :

  • kokugo : langue nationale
  • juku : établissement éducatif, centre culturel.

Citations :

  • Perdre son travail, ce n’est pas seulement perdre de l’argent. C’est aussi perdre sa confiance en soi et son but dans la vie
  • A notre troisième rendez-vous, j’ai demandé à Haruko de m’épouser. Elle a dit « Oui, avec une condition ». J’ai d’abord cru qu’elle voulait que je devienne chrétien. Cela me semblait compréhensible et j’y étais prêt. Je me trompas. Elle voulait simplement que j’arrête de fumer. Je m’étais mis à fumer après la mort de mon père, pour échapper au stress, surtout quand j’étais seul. J’ai accepté la condition de Haruko. Je ne fume plus.
  • Un enfant peut-être cruel, quel que soit son milieu familial.
  • Mon père s’est suicidé à la fin de la saison des cerisiers. Le temps était nuageux, anormalement froid pour cette période, c’était un jeudi matin.
  • Un thème récurrent de la littérature russe est la relation entre le tourmenteur et sa victime

Divers :

-Ebook / 2,7 heures de lectures / 2/3/2014

Née au japon. Aki Shimazaki vit a Montréal depuis 1991.

Appartient au cycle « Le poids des secrets », en cinq volumes :

  1. Tsubaki
  2. Hamaguri
  3. Tonbo
  4. Wasurenagusa
  5. Hotaru : prix de Gouverneur général en 2005
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Le meurtre d’O-Tsuya de Junichorô Tanizaki

Le meurtre d'O-Tsuya de Junichorô Tanizaki
Le meurtre d’O-Tsuya de Junichorô Tanizaki

Thème : amour, manipulation, perfidie féminine

Résumé :

  1. L’histoire débute dans la maison d’un prêteur sur gage, Shinsuke tient la maison alors que les patrons sont absents. Il est amoureux de leur fille, mais  la différence de milieux rend la liaison ou un mariage impossible. O-Tsuya le charme, lui propose de fuir ensemble. Shinsuke tente de résister, sachant qu’il doit tout à la famille de O-Tsu. Seiji ami de la famille d’O-Tsuya, qui côtoie les quartiers des plaisirs connaît la très grande beauté O-Tsu, il découvre leur amour et leur propose de jouer l’entremetteur. Le couple se réfugie alors chez Senji  qui leur promet de veiller sur eux jusqu’à ce que leurs familles respectives acceptent de consentir à leur mariage.
  2. Hébergé chez Seiji, Les jours passent bientôt une année, rien ne se passe concernant les prémisses des négociations en vue d’un mariage. O-tsu change auprès des geishas qu’elle côtoie, elle se plait dans ce milieu. Seiji annonce un entretien entre Shin et son père, O-Tsu veut être présente, mais Santa refuse ne voulant pas désobéir aux ordres Seiji. Santa et Sshinsu arrivent en retard au rendez vous. Seiji le saoule puis s’en va prétextant un rendez vous. En rentrant Santa tente de le tuer sur ordre de Seiji, mais il se fait occire par Shinsuke.  Il part à la recherche de O-Tsu, mais il ne trouve que la maîtresse de Seiji, tente d’obtenir des informations, mais celle-ci se moque. Il l’étrangle.
  3. Kinzo héberge Shin celui-ci lui narre ses péripéties, il promet de se livrer aux autorités une fois qu’il aura retrouvé et sauvé O-Tsu.Kinzo fait recherché O-tsu, il la retrouve, elle se fait appeler  Somekichi et travaille comme geisha. Shin parvient à la rencontrer, ils se racontent leurs mésaventures : kidnappé par Seiji, qui la courtise sans succès, puis racheté par Tokubei elle devient Geisha. Shin lui explique qu’il a tué deux personnes. Il souhaite expier ses crimes et que O-Tsu rentre auprès de sa famille, voir son père souffrant. O-Tsu ne désire pas quitter sa vie actuelle, ils se donnent trois jours ensemble avant de se quitter, puis O-Tsu embrouille Shin avec un rendez vous qu’elle doit honorer.
  4. O-Tsu et Tobukei font prévoient d’extorquer une personnalité de haut rang, Shin doit les retrouver déguisé. Il a encore des remords. Le plan ne fonctionne pas, Shin arrive à les sauver. On s’aperçoit alors de la vraie nature de O-Tsu.
  5. Scène finale : Kinzo vient rappeler sa promesse à Shin, Seiji se rapproche de O-Tsu …

Critique

J’ai lu avec plaisir ce petit roman de Tanizaki, qui traîne du désir, de l’amour et de la perfidie féminine. Cet amour porté par le jeune  Shinsuke le mène à commettre les pire méfaits afin de se rapprocher de l’être aimé O-Tsu. Ici l’amour rend bien aveugle, et fait oublier à Shinsuke toutes ses promesses, ses principes, ses valeurs. Naïf et aveuglé par son amour pour celle-ci. Shinsuke multiplie les méfaits, le rythme s’accélère au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture : « Il ne pouvait plus regarder le visage de quelqu’un sans imaginer immédiatement une scène où ce corps ne serait plus qu’un atroce cadavre ».

je m’interrogeais pour savoir jusqu’à quelle ruse peut aller la nature de O-Tsu pour sauvegarder ses intérêts, et manipuler Shinsuke… Bref une histoire d’amour tragique, de trahison et de jalousie, la fin évidemment n’a pas énormément de suspens.

Personnages

  • Harugorô : poissonier
  • Suruga-ya : prêteur sur gage à Tachibana
    • O-Tsuya : (O-Tsu) fille de la maison, très jolie, capricieuse
    • Shinsuke : (Shin) Garçon en apprentissage,
    • O-tami : servante
    • Shôta : commis, s’occupe des clients du magasin

    Seiji : chef d’une entreprise de batellerie, adepte du quartier des plaisirs

    • Santa : homme de main de Seiji (second couteau)
    • O-Ichi : sa troisième femme
  • Tokubei : Tenancier d’un établissement de Geisha
  • Kinzô : Relation du père de Shin, joueur professionnel
  • Serizawa : Guerrier de haut-rang
  • Sunamura : Relation de Tokubei

Citation :

  • Le corps de Santa, qui, à peine quelques instants plus tôt, riait, se fâchait, se démenait, était bizarrement silencieux, échoué là comme un débris de bois, et quand il se mit à tâter le bout des orteils, ce fut à la fois effrayant et ridicule. Ainsi, se dit-il, ce qu’on appelle un être humain peut être aussi pensé comme une ingénieuse machine aux curieux ressorts.
  • Non, il n’y avait rien qui surpassât l’état de geisha! Quoi de plus rafraichissant que de mener en bateau quelque jobard qui se laissaient plumer ! (77)
  • Shinsuke ne pouvait plus regarder le visage de quelqu’un sans imaginer immédiatement une scène où ce corps ne serait plus qu’un atroce cadavre.(112)

Le fusil de chasse de Yasushi Inoué

le fusil de chasse de Yasushi Inoué
le fusil de chasse de Yasushi Inoué

Thème : Amour, adultère

Le poème « le fusil de chasse » n’est en fait qu’un fil déclencheur à la révélation d’une liaison. Un certain Josuke Misugi se reconnaît dans les traits du personnage du poème paru dans un journal de chasse. Il écrit une lettre à l’auteur  admirant sa perspicacité, et le sentiment d’orgueil d’être ainsi cité anonymement. Il lui propose également de lui envoyer trois lettres qu’il a reçu de différentes personnes qu’il associe aux vers suivants « Lit asséché du courant blanc et blême ».

L’ouvrage m’a laissé sans voix, il m’a dérangé. On a souvent des romans de liaison, d’adultères, ou de passions non comprise. Mais ici j’ai pu lire l’incompréhension et la souffrance, la haine froide et calculée, le désir et l’amour. Une relation amoureuse vu de trois prismes différents, de la fille de la maîtresse, de la femme trompée, puis de la maîtresse aimée. On arrive à ressentir une empathie pour chacun des personnages, pour finalement se demander si l’on peut sortir victorieux, sans blessure ? tout être abrite un serpent dans son corps comme le dit si bien Misugi

Personnages

  • Josuke Misugi : L’homme avec le fusil de chasse, le mari, L’amant
  • Midori : sa femme
  • Saiko : Sa maîtresse, et également cousine et amie de Midori
  • Kadota : Le mari divorcé de Saiko
  • Shoko : La fille de Saiko

Citations

  • En plus des trente couleurs au moins que contient une boîte de peinture, il en existe une, qui est propre à la tristesse et que l’œil humain peut fort bien percevoir.
  • Tantôt elle souffrait, tantôt elle était en extase, tantôt elle priait, tantôt elle sombrait dans le désespoir, tantôt elle décidait de se tuer… Oui, elle a souvent songé au suicide !
  • Pour un temps, notre maison là-bas sera fermée aux visiteurs mâles, car je suis écoeurée par les pièces qui gardent l’odeur des hommes.
  • Le mot « famille » est trop chargé de tendresse, d’humanité pour que j’en fasse usage. Il vaudrait mieux, et je pense que tu es d’accord, parler de « citadelle ». Autant que je me souvienne, depuis plus de dix ans, chacun de nous s’est retranché derrière les murs de sa citadelle ; tu m’as trompé et je t’ai trompé (mais c’est toi qui as eu l’initiative). Quel calcul affligeant peut bien faire un homme ! Notre existence s’est entièrement édifiée sur nos secrets respectifs.
  • Un jour tu m’as dit que tout être abritait un serpent dans son corps.
  • Aimer, être aimée ! Nos actes sont pathétiques.
  • Qu’est ce donc que ce serpent qui, dit-on habite chacun de nous ? Égoïsme, Jalousie, Destin ? Peut-être quelque chose d’analogue au « Karma »

Divers

  • Paru en 1949.
  • Yasushi Inoue (1907-1991) a reçu en 1950 pour «  »Le Fusil de chasse » le prix Akutagawa
  • Livre de proche, couverture édition 5/1992
  • Note : ***** (4.7/5)

La bête aveugle de Ranpo EdoGawa

Thème : polar, fantastique, amour, sensualité, humour macabre

Ranpo Edogawa
La bête aveugle  de Ranpo Edogawa

Le livre :

Tokyo, années 30. Ranko, célèbre artiste de music-hall pour ses numéros de danses suggestives, se rend à l’exposition de sculpture dont la pièce maîtresse est une statue la représentant nue. Mais voilà qu’elle aperçoit un homme, laid et aveugle, en train de caresser sa statue de façon obscène. Troublée, elle rentre chez elle, mais cet aveugle se met à la harceler afin de l’approcher : lui envoie des fleurs, se fait passer pour un masseur,  jusqu’à la kidnapper… Début d’une relation amoureuse, sensuelle et morbide, basée sur le sens du toucher (son étrange demeure), et qui mènera tout d’abord à une touche de perversité et de masochisme… »la souffrance lui était aussi source d’un profond plaisir », puis à sa perte.

En plein hiver l’aveugle fait un bonhomme de neige représentant une superbe femme, qui est remarqué par tous, Or en fondant un passant découvre une jambe de femme. Puis une autre jambe humaine accroché à vingt ou trente ballons lâché dans le ciel. Puis un ivrogne aide un aveugle ( le meurtrier) à retrouver son chemin. Il le tient par la main pour l’aider, l’aveugle s’éclipse lui laissant la main ‘dans la main’. Puis la tâte est retrouvé dans une fête foraine : la femme araignée. La police ne trouve pas l’assassin.

L’aveugle prend un emploi dans les bains. Il se lie à une cliente très belle : Mme Pearl, et lui communique un message via ses massages : « J » vous attends cette nuit, à une heure, derrière Mitsukoshi ». Finalement elle accepte finalement, elle finira comme Ranko.

Une audacieuse voleuse disparaît après s’être coupé un bras, puis le second, le reste est retrouvé sur une plage..

Critique

Le roman semble à première vue un polar, (kidnapping et meurtre) mais on n’y trouve ni enquête, ni policier. Tout le récit nous conte la vie de ce meurtrier aveugle. Le narrateur est soit une beauté éphémère soit un aveugle abjecte. Le récit se mélange entre des célébrations de la beauté puis des scènes dérangeante à la limite de l’écœurement.  Il me semble me trouver dans une sorte de récit d’un style surréaliste.

L’écrivain nous fournit une intrigue efficace, le lecteur en est déstabilisé, car il nous faut faire travailler notre imagination pour suivre ou se mettre à la place de cet aveugle psychopathe.  La plus grande partie nous conte l’histoire de Ranko, puis ensuite le rythme s’accélère avec Mme Pearl. On retrouve tout au long de ces pages un humour macabre mélangé à des plaisirs sensuels.  Le tout pour finalement aboutir à un chef d’œuvre tactile qui célèbre la beauté, mais dont cette esthétique ne peut-être perçue que par les aveugles.

La lecture m’a fait pensé à un autre roman qui met en avant un sens particulier  « Le Parfum«  de Patrick Süskin.

Personnages

    • Ranko Mizuki : jeune chanteuse 30 ans, maîtresse lesbienne
    • Kimiko Sawa : élève de Mizuki, âgée de 16 ans
    • Unzan Satomi : sculpteur
    • Shôichi Komura : Amant de Ranko (Shô-chan)
    • Mme Pearl : Seconde beauté
    • Mme Shimoda:
    • Les pêcheuses de perle

     

    Citations

     

    • Il y avait quelque chose de troublant à vous donner le frisson que de voir un homme ne disposant que du toucher admirer la statue nue de la femme qu’il aime. Ses cinq doigts, menaçants comme les pattes d’une araignée, rampaient à la surface du marbre poli. Les yeux… le nez… la bouche… L’homme s’attarda longtemps sur les lèvres semblables à des pétales de fleur. Puis les paumes caressèrent le reste du corps, la poitrine… Le ventre… les cuisses…(8)
    • Ranko fut prise d’une bien étrange hallucination. La statue de marbre et son propre corps s’étaient emmêlés de manière si inextricable qu’elle avait l’impression que l’horrible main de l’homme était en train de la toucher. C’était une sensation de démangeaison indescriptible, comme si un insecte lui rampait sur le corps. (8)
    • Les multiples seins qui boursouflaient les murs rougirent, se gonflèrent comme des ballons de baudruche, et firent jaillir sur les deux assaillants des cascades de lait tiède. Bientôt, Ranko finit par perdre connaissance, avant même d’avoir eu le temps de savoir si elle allait dériver sur cet océan de lait, ou si celui-ci allait l’engloutir. (40)
    • Pour elle qui avait oublié la vue pour ne vivre qu’avec le toucher, la laideur et l’infirmité de son mari ne revêtaient plus aucune signification. Elle se contentait de jouir de ses caresses (43)
    • La torture était telle qu’elle poussait des hurlements et se tordait de douleur. Mais cette souffrance lui était aussi source d’un profond plaisir. Elle désirait être blessée. Plus ces blessures étaient importantes, plus la douleur était violente, et plus elle était transportée de joie. (45)
    • En un instant, la tête, les bras et les jambes furent découpés. Chaque coupure laissait échapper du sang qui jaillissait avec force. Toute en malaxant ces extrémités avec les doigts, le monstre aveugle trépignait comme un enfant qui jouerait avec les couleurs de sa boîte de peinture (102)

Le pont flottant des songes de Junichirô Tanizaki

Tanizaki
Tanizaki

Résumé

Le Pont flottant des songes est le cinquante-quatrième et dernier livre du Genji Monogatari. Le début de ce court roman raconte avec de nombreuses xxx à la poésie la vie calme de la maison. Le narrateur raconte sa petite enfance qui se superpose entre sa première mère, sa nourrice et sa seconde mère ( vers l’âge de huit ans), et jusqu’à l’âge de 12 ou 13 ans dort avec sa femme.La bonne retourne chez elle, elle apprend à Tadasu l’histoire controversée de sa mère. A l’âge de vingt-ans il aura un petit frère. Tadasu l’accepte mais sa mère n’est pas ’emballé’ d’avoir un enfant. Les parents font adopter Takeshi par le Shizu.ichino . Il apprend que son père est gravement malade, (tuberculose des reins), ce qui ne lui laisse que peu de temps à vivre. Tadasu comprend alors pourquoi Takeshi a été placé à sa naissance. Son père souhaite que Tadasu prenne un soin particulier au bien être de sa mère et se marie avec O-Sawa  (Sawako) (fille de Kajikawa, jardinier de la famille). il reste une condition à ce mariage est la suivante : si un enfant nait il devra également être placé. Le jour de la cérémonie avant mariage les membres de la famille semblent étrangement distant, froids et partent presque immédiatement. L’ancienne nourrice de Tadasu vient lui raconter les rumeurs : une liaison probable  de Tadasu avec Tsuneko, la possibilité que Takeshi soit le fils de Tadasu et de Tsuneko ( sachant que le mari était malade), que le mariage avec était arrangé et rendait service à tous car Sawako était née sous un signe néfaste. Le mariage a néanmoins lieu, Tsuneko décède après la piqûre d’un scolopendre (…) quelques années plus tard Tadasu divorce, déménage. Il reprend avec lui Takeshi et sa vieille bonne.

Critique: 

Pour moi, un ouvrage magnifique. Tanizaki est un écrivain qui traite sans détours le problème du désir sexuel. Dans le « Pont flottant des songes » en particulier on retrouve  les relations mère/fils et marâtre/ »fils » décrites de façon ambiguës, et je pense notamment à la scène dans laquelle Tadasu, jeune homme, tête les seins de sa marâtre. Ainsi que le rôle du père peut-être énigmatique. Mais tout est décrit de façon poétique, ou n’apparaît aucun signe qui pourrait paraître malsain, on ressent l’innocence de ce jeune adolescent, de sa culpabilité à un moment mais bien faible par rapport aux rumeurs qui l’entoure. Il s’en défend mais gardera quand même quelques doutes sur des agissements possible de la marâtre.

Personnages

La Maisonnée est composée :

  • Des parents (la mère « Chinu » meurt à l’âge de 22 ans, deux ans plus tard son père se remarie à Tsuneko, mais son père souhaite qu’elle prenne le nom de  Chinu)
  • Takeshi : petit frère, fils de Tsuneko.
  • le narrateur Tadasu ( âgé environ de 4 ans au début de l’histoire)
  • De la Nourrice : O-Kane
  • Trois bonnes

Citations/Extraits

  • Le milan plane, le poisson plonge.
  • Le parfum de ses cheveux, qu’elle nouait en chignon, effleurait mes narines. Je cherchais de mes lèvres le bout de son sein le prenait dans la bouche, le roulait sous ma langue. Sans rien dire, maman me laissait téter aussi longtemps que je voulais. (…). Tout en jouant sur son mamelon de la pointe de la langue, je tétais de mon mieux, et alors, ô bonheur ! j’en tirais du lait. Des effluves où cette odeur lactée se mêlait au parfum de sa chevelure
  • Je prenais ses tétons dans ma bouche, passant de l’un à l’autre, et j’essayais de les téter d’une langue appliquée, mais malgré cela, le lait ne venait toujours pas (47)
  • Graduellement, l’image de « maman d’avant » se confondit avec celle de « maman de maintenant ».(49)
  • Est ce que tu sais encore téter ? si tu crois que oui, tu peux essayer (70)

Lexique

  • fusuma :Porte à glissière de la maison japonaise traditionnelle, en papier opaque tendu sur un châssis de bois
  • scolopendre : Animal arthropode (Myriapodes chilopodes), au corps formé de 21 anneaux portant chacun une paire de pattes, plus couramment appelé mille-pattes.
  • ingambe: Qui se meut avec agilité.
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Le diable au corps de Raymond Radiguet

Le diable au corps: amour, érotisme et tragédie dans la bascule de la guerre en 1914
Le diable au corps: amour, érotisme et tragédie dans la bascule de la guerre en 1914

Critique :

C’est ma première lecture de ce roman, j’avais pensé l’avoir lu étant jeune : mais non aucun souvenir à part le film de Claude Autant-Lara. Une merveille, un roman court qui se lit rapidement. On se retrouve tel un adolescent pendant la lecture, se remémorant les premiers amours, les espoirs les déchirures, mensonges et ruptures.
Ici un triangle amoureux intemporel à l’odeur de soufre car le mari est au front pendant les relations adultères, mais aussi la part manipulatrice, froide  du jeune adolescent.

Personnages

  • Marthe : la jeune mariée adultère
  • Mme Grangier : la mère de Marthe
  • Jacques : Le mari de Marthe, pour la plupart du temps absent au front !!

Citations :

  • Mais je ne veux pas causer le malheur de ta vie. Je pleure, parce que je suis trop vieille pour toi! Ce mot d’amour était sublime d’enfantillage. Et, quelles que soient les passions que j’éprouve dans suite, jamais ne sera plus possible l’émotion adorable de voir une fille de dix-neuf ans pleurer parce qu’elle se trouve trop vieille (25)
  • Son visage s’était transfiguré. Je m’étonnais même de ne pas pouvoir toucher l’auréole qui entourait sa figure, comme dans les tableaux religieux.(30)
  • Je devais à la guerre mon bonheur naissant; j’en attendais l’apothéose. J’espérais qu’elle servirait ma haine comme un anonyme comment le crime à notre place (30/Jalousie)
  • Rien n’absorbe plus que l’amour. On n’est pas paresseux, parce que, étant amoureux, on paresse. L’amour sent confusément que son seul dérivatif réel est le travail. Aussi le considère-t-il comme un rival. Et il n’en supporte aucun
  • N’ayant jamais pensé que je pouvais devenir responsable de quoi que ce fût, je l’étais du pire.

Lexique :

  • barbon : Homme d’un âge avancé
  • pensum: Tâche ennuyeuse

Divers :

e-book, 3,8 heures de lecture, 20/02/2014

Gibier d’élevage de ôé Kenzaburô

gibier d'élevage de kenzaburo oe
gibier d’élevage de kenzaburo oe

Résumé :

En pleine guerre, un avion américain s’écrase dans les montagnes japonaises. Le rescapé est aussitôt fait prisonnier par les villageois. Or il est noir…Son père va à la ville pour savoir que faire du prisonnier, mais l’employé de la mairie n’en a aucune idée. Il faudra attendre la réponse de la préfecture. Le prisonnier est donc gardé par les villageois dans une cave. Le gamin escorté par son père a le privilège d’aller le nourrir, puis avec l’aide de Bec-De-Lièvre de vider ses déjections (qu’ils prennent d’ailleurs un soin méticuleux à inspecter). Les villageois se lassent d’attendre les ordres de la préfecture retournent à leurs occupations. Le prisonnier devenant la seule occupation des enfants. Bec-de-Lièvre devient le chef des gamins qui s’occupent du prisonnier. Ils le détachent, puis le promènent, le lavent, s’amusent avec lui.
Un jour Gratte-papier revient au village en annonçant que le prisonnier devait être escorté par les villageois à la ville. C’est la stupéfaction parmi les enfants. Le petit essaye de prévenir le prisonnier, mais il le prend en otage et le séquestre dans la cave. Les villageois défoncent la porte et tue le prisonnier tout en blessant l’enfant.

La vie continue, les enfants arrachent une partie de la queue de l’avion pour en faire un traineau. l’enfant se remet progressivement de sa blessure, il grandit.

Mon avis :

Nous voilà plongé dans un village d’une île Japonaise entre paradis (nature, liberté ) et misère qui se côtoient (misère, saleté, hygiène). Cet îlot qui semble isolé de la guerre, jusqu’à l’apparition d’un rescapé d’un avion ennemi : un ennemi Noir, un nègre, est-ce un humain ?. Un fossé immense entre deux cultures, couleur de peau, langage. Il est enfermé dans une cave tel une bête, un animal domestique, les enfants l’observent, le jauge, semblent l’apprivoiser, puis jouent avec lui, comme si le nègre était un animal de compagnie. Ils lui apportent même une chèvre pour se satisfaire (..) .

Le récit n’est pas sordide, on retrouve de la tendresse, de la vérité, presque de la compassion, l’on parle de ses besoins primaires : manger, transpirer, chier, pisser, dormir mais tout ça dans un style simple poétique.

La fin dramatique, nous rattrape de façon inéluctable. Malgré tout la vie continue, que ce soit pour les villageois ou pour l’enfant qui s’est transformé pendant cette période ou la guerre et la folie des hommes l’a rattrapé.

Personnages

  • Narrateur  l’enfant, puis son frère, son père chasseur, vend des peaux de bêtes
  • Bec-de-Lièvre : ami de l’enfant ( plus âgé )
  • Gratte-papier : unijambiste de la ville, apporte les nouvelles

Citations :

  • Est ce qu’un nègre peut-être considéré comme un ennemi ? (57)
  • A force de considérer le frémissement de l’épaisse encolure du Noir penché sur la marmite, la tension soudaine et le relâchement de ses muscles, je finissais par voir en lui, étant donné sa docilité, une espèce d’animal gentil et paisible. (59)
  • Le soldat noir était comme un animal domestique – la douceur même.
  • Ses grosses lèvres gonflées comme le ventre gravide d’un poisson d’eau douce étaient mollement ouvertes; de la salive blanche apparaissait entre ses gencives.
  • C’était comme si, pendant que j’étais resté alité, tous s’étaient complètement métamorphosés en être monstrueux n’ayant plus rien d’humain.(97)
  • L’homme, comme un animal abruti, le regard continuellement embué par les larmes ou quelque mucosité – on ne savait au juste -, les bras autour des genoux, restait continuellement accroupi sur le sol de la cave, sans jamais dire un mot : quel mal pourrait il nous faire quand nous lui retirions ses fers ? Ce n’était rien d’autre qu’une « bête nègre »
  • Les clameurs inaudibles poussées par le cadavre et qui, comme dans un cauchemar tournoyaient autour de nos personnes , se propageant à l’infini dans une sorte de bousculade au-dessus de nos têtes, voilà ce dont le monde était rempli jusqu’au bord.(97)

Lexique

  • marri : contrit, fâché
  • châlit : cadre de lit
  • épigastre : creux de l’estomac
  • desmodie : herbacée exotique

Divers :

  • Reçoit le prix Akutagawa, la plus haute récompense littéraire japonaise, à l’âge de 23 ans, pour « Gibier d’élevage »
  • Note : *****