Yoko Ogawa – Instantanés d’Ambre

 

instantanes d ambre

 

« Une mère demande à ses enfants d’oublier leur prénom. Ils doivent, dit-elle, ne plus jamais le prononcer ni même y penser, mais en choisir un autre afin d’échapper au danger qui menace leur vie. Dans une villa ayant appartenu à leur père, au milieu d’un vaste jardin cerné de hauts murs, les trois enfants vont passer un temps infini, enfermés, coupés du monde mais heureux. »

Leur mère leur insuffle une crainte, une peur afin de les isoler du monde extérieur,  ils doivent oublier leur nom, s’interdire de le prononcer car le son de leur nom se transformerait en graines qui feraient pousser des ronces incrustés dans les chairs des joues. Les crochets s’y enfonceraient et deviendraient indélogeables.

Au bout de quelques pages, nous sommes plongés dans le monde d’Ogawa : univers doux calme sans aspérité mais emprunt de perversions et de cruauté.

Reclus dans une résidence, leur mère veut les protéger du monde extérieur qui, est selon elle habité par un « chien maléfique ».

Pour les trois enfants le mot maléfique, chargé de résonances particulières, était réservé à de très rares situations. Que leur mère le prononce et l’atmosphère autour d’eux changeait du tout au tout.

La benjamine décédée, les trois enfants restants Ambre, Opale, et Agate sont prisonniers des phobies de leur mère. Elle les surprotège ? les garde-t-elle près d’elle pour ne pas reproduire l’abandon qu’elle a subie ?  La mère se promène avec une grosse pioche pour se défendre ou défendre ses enfants. Eux, les enfants ne connaissent rien du monde, excepté ce qui est écrit dans les encyclopédies ou ce que leur dit leur mère.

« Instantanés d’ambre » comporte de nombreuses approches sur la mémoire, la conservation d’un être cher.  On retrouve l’enfermement de la mère sur ses enfants pour les protéger, mais aussi les façons de refaire revivre un être aimé. Par les encyclopédie pour se rappeler du père, par les dessins dans les marges qui font revivre la petite soeur décédée. Mais aussi la sacoches en cuir de Joe fabriqué « avec sa peau en souvenir ».  On retrouve aussi dans le prénom Ambre, pierre fossile : une transmission de plusieurs millions d’années. Tous ces éléments créent une atmosphère spéciale.

La poésie, ou l’onirisme que l’on retrouve dans les phrases nous fait basculer entre monde réel ou monde imaginaire. Nous sommes toujours poussé dans des retranchements : est ce une métaphore, une figure de stye  ou le réel ?

« Par quelle ironie du sort le mot ambre a-t-il été donné au jeune garçon encore pourvu de pupilles d’un noir profond ? Peut-être ce mot est-il allé cristalliser directement au fond de son œil gauche ? « 

Un des aspects qui m’enchante dans le monde d’Ogawa est de dénicher des thèmes communs ou familiers que l’on retrouve dans ces romans. On a par exemple la figure du père qui est absent, ici il est parti.

« Leur père qui vivait dans une autre famille n’avait finalement pas épousé leur mère tout en lui faisant quatre enfants, et sans jamais avoir vécu avec eux, il avait fini par rompre le lien alors qu’elle était enceinte de son quatrième enfant. »

On retrouve l’obsession de classement et de collection d’objet par le biais des encyclopédies, il y en a de toutes sortes : encyclopédie des produits d’hygiène, des blasons de famille ou des normes industrielles internationales des vis, écrous & ressorts

On retrouve également des espace clos, isolé du monde extérieur et délabrés, des êtres qui ont des fêlures: Ambre, avec en particulier son oeil gauche doué de capacités étranges. Et la musique aussi, il y a toujours une persistance de bruits et de murmure silencieux, est ce le monde invisible qui nous parle ?

Instantanés d’Ambre est un magnifique livre sur l’enfance, un conte de fée de la folie ordinaire, pourrait on dire…. Qu’en pensez-vous ?

Divers:

  • Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
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7 réflexions sur « Yoko Ogawa – Instantanés d’Ambre »

  1. J’aime beaucoup Ogawa et me suis donc précipitée sur ce roman. Toutefois, si, une des choses que j’aime chez elle, c’est la touche d’onirisme, de léger, fantastique, cela ne me dérange pas pour autant que cela reste discret. Je l’ai commencé et… je crains qu’ici cela soit trop pour moi et je ne suis pas sûre que je vais le terminer, ce qui serait sûrement dommage vu les thèmes.

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