Bienvenue de KIM Yi-Seol

Bienvenue de KIM Yi-Seol

Le panneau marquant la limite du village – Au revoir ! – brillait au loin. Sur son autre face, il disait Bienvenue. Quand je voyais chaque matin ces mêmes mots – Au revoir! – en quittant Séoul, j’avais l’impression de quitter un univers familier pour entrer dans un autre monde, mais quand j’y retournais le soir, la ville me paraissait tout aussi inconnue. Je ne me sentais à l’aise ni au jardin des Jujubiers ni chez moi.

« Bienvenue » nous raconte le quotidien d’une jeune femme prête à tout pour améliorer son quotidien et surtout celui de sa famille. Elle travaille depuis ses seize ans. Yunyeong vient tout juste d’accoucher d’une petite fille Ayeong.

Yunyeong raconte de façon cru, sans pathos sa vie quotidienne, son travail de serveuse au restaurant de M Wang, restaurant qui abrite de petits pavillons de prostitution clandestins ou on l’invite / l’oblige à se rendre pour améliorer le quotidien financier de la famille.

Plaçant ses espoirs d’un vie meilleur, dans son compagnon qui tente désespérément de passer les examens de magistrature, elle le laisse étudier tranquillement pendant qu’elle s’évertue à ramener de l’argent au logis. Elle lui laisse son bébé à peine sevré pour partir travailler, ressentant même de la culpabilité . Elle s’aperçoit rapidement que ce compagnon est un raté à son grand désespoir. Son optimisme sombrera rapidement devant l’inertie de Jeong-man.

« Tous les espoirs que j’avais placés en lui s’étaient envolés. Mais le plus insupportable encore, c’était d’avoir cru en lui. Quand un rêve devient irréalisable, mieux vaut y renoncer tout de suite. »

Mais, en plus de son compagnon elle doit également subvenir aux problèmes financiers de sa famille : son frère joueur qui escroque sans vergogne, sa soeur poursuivie par les créanciers , et également sa mère.

« Sans oublier mon compagnon qui s’obstinait à vouloir jouer son rôle de mâle chaque nuit alors qu’il avait renoncé à être le chef de famille. Je les haïssais tous, et ce d’autant plus qu’ils m’étaient proches »

Même au bord du désespoir, Yunyeong possède une grande naïveté ou peut être de l’humanité, ‘de la bienveillance’ , ne supportant pas les souffrances que sa mère avait fait subir à son père malade, distribuant son argent aux membres de sa

Une société dans laquelle les rôles traditionnels tombent en miette, le chef de famille n’assume plus son rôle (maladie, accidents), ou la femme doit  le remplacer.  Une société où l’individu reste enchaîné à ses devoirs familiaux, Yunyeong en tant que fille aînée doit ainsi porter secours, financièrement à sa mère, son frère et sa soeur, et cela même au détriment de sa fille qui aurait besoin de soins.

Une société coréenne, ou nous sont décrits la brutalité des rapports sociaux, du rapport patron/main d’oeuvre et de la condition faite aux femmes emprunt de violence, de non reconnaissance. Elles doivent être belles, se taire être soumise et s’occuper du foyer.

Roman qui m’a beaucoup ému, une belle écriture simple et un style directe. Mais sensible aussi par l’abnégation ou les obligations morales de la narratrice Yunyeong. Qui est parfois proche de tout laissé tomber, qui aspire même parfois au suicide. Elle demeure solide comme un roc, malgré toute l’adversité qui lui tombe sur les épaules. elle garde l’espoir ou se plie à son sort et va de l’avant !!

« Bienvenue », c’est la vie misérable des populations de Séoul, de la vie des femmes exploitées et d’un destin misérable.

Extraits :

  • A force de voir des os de poulet tachés de rouge à lèvres, des poils pubiens flotter dans les restes de soupe, des mouchoirs en papier froissés traîner dans tous les coins, des préservatifs encore humides, et de devoir essuyer les traces de sperme sur les murs, j’en venais à me demander dans quel monde sordide je vivais. (p.18)
  • Moi qui étais autrefois timide au point de ne retirer ma culotte que cachée sous les couvertures, je me déshabillais à présent sans vergogne devant les clients occupés à manger et m’allongeais sur le matelas en attendant qu’ils aient fini.
  • Une mère ne laisse jamais son enfant de gaité de coeur, continua-t-elle. Et sa vie ensuite, à quoi ressemble-t-elle ? Elle doit verser des larmes de sang pour se racheter. De quel droit est ce qu’on l’accuse ? Que savent-ils de nos souffrances, les autres ? p143

Divers:

  • Kim Yi-seol, Bienvenue, Hwanyeong , 환영.
  • Traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel,
  • Editions Philippe Picquier, 2012 , 2017 
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3 réflexions sur « Bienvenue de KIM Yi-Seol »

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