Liberté conditionnelle de Akira Yoshimura

Liberté conditionnelle de AKIRA YOSHIMURA

 

Shiro Kikutani, après avoir purgé quinze ans d’incarcération à cause d’un double homicide, puis avoir eu un comportement exemplaire est rendu à une liberté. Comme la loi l’exige, sa condamnation à perpétuité l’oblige à être suivi par les tuteurs de l’institution post-carcérale durant toute sa ‘liberté’ conditionnelle. La découverte du monde va représenter une angoisse infinie pour cet homme.

Sa peau n’était pas habituée à l’air qui l’entourait et il se sentait sur le qui-vive.

Alors que les volets de sa chambre et la porte vitrée qui donnait sur le couloir étaient fermés, il sentait l’air agité d’un vent coulis incessant. Il y avait longtemps qu’il n’avait pas dormi dans un futon sur des tatamis et ça lui plaisait d’être environné d’une odeur de roseaux et de paille, mais il avait presque l’impression que le courant d’air passait aussi sous son matelas.

Kikutani dès sa sortie, tente immédiatement de recréer un monde identique à sa vie de prison dans le foyer de réhabilitation, il redécouvre progressivement la vie, la ville, le soleil, la liberté avec l’aide de ses tuteurs. Après quinze ans la ville semble complètement changée, ainsi que les habitudes des gens, les produits de consommation. C’est assez émouvant de voir Kikutani repartir à la découverte d’une vie sociale, il reste empreint des automatismes qu’il avait appris en prison : le silence, la façon de marcher, la crainte des regards.

Il rencontre des difficultés énormes à se ré adapter, découvrir les escaliers roulants, faire un achat dans un grand magasin, s’adapter aux prix du marché lui pose de nombreuses difficultés.  Kirouya, son tuteur l’aide à la découverte, ou plutôt la re découverte de cet univers.

Kikutani semble un être passif. Il peut paraître un peu agaçant, conditionné par sa vie de prisonnier.  Il vit avec son passif qu’il doit cacher pour éviter l’opprobre de la société et des gens qui l’entourent. Il paraît ‘lisse’ , mais il a ses sentiments, ses valeurs et le poids de ses actes et de son passé qu’il traîne en permanence. Il a une attitude introvertie, mais son comportement professionnel irréprochable le rend sympathique.

L’humanité et la compréhension de ses tuteurs et de son patron sont véritablement touchantes afin de l’aider à se réinsérer dans la vie sociale.

Malgré tout, Kikutani, reprend une vie exemplaire peu à peu, au sein de la société. Mais il reste un homme torturé par ses actes et par son impossibilité de pardonner ou de regretter son crime.

Liberté conditionnelle est un voyage dans le Japon des années 80, son monde carcéral, son économie, mais aussi ses traditions et rites sociaux. On y découvre le respect, la pudeur, regrets et pardon entre autres. Le roman est vraiment captivant, il se dévoile peu à peu, il étonne, interpelle. Roman initiatique, roman de résilience, roman sur la nature humaine narré avec une plume exceptionnelle, celle de Yoshimura.

Je vous conseille également un autre roman dont la thématique est   la vie carcérale au japon : 13 marches  de Kazuaki Takano,

Extraits :

  • Il lui semblait que quelque chose d’inconnu était tapi au fond de lui. Était-ce ce qui avait produit la couleur rouge dont il avait été assailli ? C’était cette couleur éclatante qui l’avait poussé à tuer, il ne trouvait rien d’autre, et c’était impossible à expliquer logiquement à quelqu’un, dans la mesure où lui-même ne le comprenait pas. Tout était vague, la seule chose certaine étant qu’il n’avait aucun regret, qu’il était même persuadé d’avoir accompli une bonne action.
  • Il regardait éberlué le groupe d’immeubles. Depuis que la ligne de métro avait été prolongée, la ville avait dû s’étendre rapidement pour faire face à l’afflux de population qui travaillait à Tokyo, et elle semblait continuer à se développer à un rythme frénétique.
    Il pensa à toutes ces années passées en prison. Même s’il avait pu y bénéficier d’installations nouvelles, le bâtiment lui-même n’avait pas changé. Il réalisa que pendant ce temps-là dehors, il s’était produit des bouleversements à grande échelle dans l’aménagement du territoire, qui dépassaient tout ce su’il aurait pu imaginer.
    Les prisons constituaient des enclaves où le temps s’était arrêté.

Divers:

  • Titre original : Kari-shakuho, 仮釈放, 1988
  • Editeur : Actes Sud, Babel, 2001
  • Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle

 

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11 réflexions sur “ Liberté conditionnelle de Akira Yoshimura ”

  1. J’ai beaucoup aimé ce livre, qui pose très bien la question de la liberté après une longue incarcération et des méthodes pour aider l’ex-prisonnier à reprendre sa vie au sein de la société.
    J’ai préféré Liberté conditionnelle à La jeune fille suppliciée sur une étagère. (que j’ai trouvé un peu dérangeant)

    Aimé par 1 personne

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