Au delà des illusions de Duong Thu Huong

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Au-delà des illusions peint le portrait de Linh, une enseignante, qui après des années d’amour quitte son mari, journaliste, qui s’est accommodé avec le régime totalitaire. Mari qui peu à peu renie ses idéaux révolutionnaires pour assurer son bien-être familial. Linh se sent trahi, et préfère liberté et vérité. Qu’il a tué l’idéal qu’elle voyait en lui.

La femme se demande : « Comment ai-je pu l’aimer à ce point ? »Elle le regarde dans la lueur verdâtre de l’aube. Il dort profondément. Il paraît doux, étranger. Un mannequin de cire. Le visage, la courbe du nez, le pli de l’oreille… C’est toujours le même homme, la même peau, la même chair. Il étincelait en elle, auréolé de lumière. Maintenant, il ne rayonne plus de la chaleur de l’amour, de la joie de vivre.

Linh toute jeune était promise un garçon d’une riche famille, mais sa rencontre avec Nguyen , un professeur idéaliste lui fait rompre sa promesse de mariage.  Linh se détourne alors de son mari, puis de ses amants qui ne correspondent pas à son idéal inaccessible. Elle se plonge dans sa soif d’absolu, de sincérité qui l’entraîne dans une voie sans issue.

Nguyen a rompu son idéal afin de pouvoir satisfaire sa famille, il a plié. Mais il n’est pas le seul artiste dans cette position (peintre, compositeur, professeurs …) . On fait face au constat du gâchis des talents et des artistes sous ce régime totalitaire à pensée unique.

Roman qui décrit la soif d’absolu, puis la trahison sous couvert de régime communiste et totalitaire. Sous couvert de désespoir amoureux, Duong Thu Huong fait une critique plutôt acerbe de ce régime corrompu et complaisant qui trahit son idéal. « Dans un pays peu industrialisé, l’esprit de clan, le régionalisme sont des comportements naturels. »

La critique se fait également sur « Le comité de la ville », les titres  honorifiques donnés tels ceux de “famille culture moderne”. Qui impose à  des responsables de s’insinuer dans la vie des couples afin de les juger, de les rendre à la raison pour le bien de tous pour sauvegarder les réputations des préjugés: une « Comédie familiale » en forme de paravent. “La rumeur publique tuerait même un bonze.”, pour une famille traditionnelle, un divorce c’est salir l’honneur des siens.

— Ainsi va la vie… Il n’y a pas de justice ni de morale plus puissantes que les intérêts matériels des hommes.

Tous les personnages, se perdent à un moment de leur vie, viennent à errer sur des lieux qui leur sont inconnus, à rentrer dans le moule de la société ou de se perdre seul dans cette communauté. Le personnage de Linh est magnifique par son courage et son entêtement, celui de Nguyen, son mari par son amour meurtri mais indéfectible

Le roman de Duong Thu Huong,  est d’un style très raffiné mais aussi ‘dramatique’ pour décrire les sentiments, et les idéaux déçus. Sa prise de position pour mettre en avant les failles du système et sa critique de système communiste.

 

Extraits :

  • Nguyên est intelligent, mais il n’a pas le courage de vivre ses convictions. Il s’est compromis pour se faire une place sûre dans la société et se procurer des avantages. Cette chambre. Ces œillets resplendissants dans leur vase en cristal.
  • Ce district comme un modèle de réussite économique ?” Je ne lui ai pas répondu. Je savais pertinemment que le secrétaire du Parti de ce district était un homme ignare. Sur la foi de quelques succès dus au hasard, on l’a élevé de la responsabilité d’une lointaine petite commune au Nord à ce poste de direction politique. Il s’est pris pour un génie et s’est donné pour mission de guider le peuple dans la voie de la révolution radicale. Il a décidé de transformer son district en phare exemplaire pour tout le pays !— Comment peut-on confier le pouvoir à des imbéciles,
  • Voilà dix-sept ans qu’ils vivent ensemble ainsi. La comédie familiale est le pire des drames dans une vie humaine.
  • — Peut-on briser totalement les principes sur lesquels on a bâti sa vie pour en adopter d’autres totalement inverses et en vivre ?
  • Seule la vie des individus est réelle, l’existence de la foule se réduit à celle des nombres.

Divers:

  • Titre original : Bên Kia Ao Vong, 1987
  • Edition Picquier, 1996
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3 réflexions sur « Au delà des illusions de Duong Thu Huong »

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