L’hiver dernier, je me suis séparé de toi de Fuminori Nakamura

L'hiver dernier, je me suis séparé de toi de Fuminori Nakamura
L’hiver dernier, je me suis séparé de toi de Fuminori Nakamura

Un nouveau roman de Nakamura Fuminori. C’est donc le troisième thriller après Revolver, et Pickpocket. Pour synopsis « Un journaliste est chargé par son éditeur d’écrire un livre sur un photographe accusé d’avoir immolé deux femmes, mais pourquoi l’aurait-il fait ? »

Le meurtrier, Kiharazaka Yûdai en attente de sa condamnation à mort  accepte l’ interview de ce journaliste si celui-ci lui dévoile son âme. Un marché de dupe ? Il attend une forme d’introspection, la noirceur de l’être humain.

Je te dévoile mon moi profond et, en contrepartie, tu m’ouvres le tien.
On pourrait appeler ça un échange de folie.
Qu’en dis-tu ? Je pose la question, mais tu n’as pas le choix. Compris ?

Dès les premières lignes, j’ai pensé à une confession. Mais l’enquête se complexifie rapidement, est-ce un meurtrier ou la victime de son art  ?

Kiharazaka est un artiste au comportement trouble, photographe en quête d’inspiration. Personnage ambigu, qui se ‘calque’ sur les autres, il n’a pas de désir seul de l’envie pour les autres. Il a été reconnu pour son art avec une photo ‘Papillons’ : « Une photographie en deux dimensions qui se déploie dans les trois dimensions »

On rencontre plusieurs artistes, qui recherchent à capter le vivant, le figer pour l’éternité que ce soit le sculpteur ou le photographe.  Un art qui pousse au dérèglement, à un égarement de l’esprit et parfois des sens.

Dans le cas de la peinture comme de la poupée, il ne s’agit pas du sourire d’un véritable être humain. C’est un signe, une fiction. Malgré tout, la perception humaine y voit un sourire. Comment un tel phénomène sensoriel est-il possible ? Qui empêche de déchiffrer ce sourire et provoque une confusion telle qu’elle finit par déboucher sur la folie…

Les chapitres du roman sont parsemés de documents (lettre de Kiharazaka à sa soeur, à une autre personne (mais est-ce le journaliste),  mais aussi de documents anonymes, des tweets et le journal de Kobayashi Yuriko (une victime), des scènes de films  et de l’enquête du narrateur journaliste. Ce mélange de points de vue perturbe, nous fait voir les faits de différentes manières. il est nécessaire de trouver une dimension supplémentaire pour s’extirper de ce que l’on  lit.

Le narrateur, journaliste possède lui aussi son côté sombre, il va avoir une relation avec la soeur de Kiharazaka: Akari, personnage obscur et manipulateur qui a poussé deux de ses amants à se suicider. Et plus son enquête avance « A force de se frotter à nous…. tu vas sombrer et te perdre, peut-être » . 

Des références  sont faites à Tarkovski , Truman Capote ‘de sang froid’, Akutagawa ‘figures infernales’ « Ceux qui veulent peindre l’enfer doivent d’abord le connaître »

Style glaçant, qui visite les aspects ténébreux de l’âme. Un roman labyrinthe, ou  pour avouer, je me suis un peu perdu et du m’y reprendre à plusieurs fois pour démêler l’intrigue. On s’attend à un polar, une narration de type enquête, mais on reçoit des bribes : témoignages, lettres qui entrecroisent l’enquête.

Un roman hypnotique, cruel et noir (un brin sadique) qui malmène le lecteur à la recherche de la vérité, ou l’on navigue entre le réel et sa représentation.

  • Yoshimoto Akiko (malvoyante) et Kobayashi Yuriko  : victimes, brulées vives
  • Katani : seul ami de Kiharazaka
  • Kiharazaka Yûdai photographe, sa soeur aînée vit à Ueno, se prénomme Akari
  • Yukie compagne du journaliste / narrateur
  • M Saitô, adepte de K2, harcèle une femme
  • M Suzuki : créateur de poupées
  • L’éditeur

Extraits :

  • L’art seul peut-il pousser un être humain à en tuer un autre ?
  • « Une femme ordinaire qui meurt… qu’est-ce que ça peut bien faire ? ».
  • Dans le café, le silence règne toujours. Les luminaires rudimentaires suspendus à un fil me font penser à des humains en train de se balancer au bout d’une corde.
  • Je suis doué. La prochaine fois, je ne me planterai pas. Cette fois, je n’échouerai pas. Cette fois, je prendrai la plus belle photo qui soit d’une femme en train de brûler vive. La plus belle image qui soit d’une femme en train de brûler vive. Toi aussi, tu dois avoir envie de voir mes photos.
  • Pourquoi ne pouvons-nous percevoir qu’une partie de la personne que nous aimons ?… Voilà ce qui occupait alors mon esprit.
  • Comme le décrit Tarkovski dans ses films,
    l’homme peut vivre toute sa vie dominé par sa propre
    nature, sans jamais la connaître.
  • — Si tu le fais avec moi, je ne te lâcherai plus… Jusqu’à ce que tu sois complètement détruit.
  • Tu n’as peut-être pas envie de l’entendre de ma bouche, mais tu as une sale habitude. Quelque part, tu cherches à abîmer les gens ; ou plutôt, à abîmer autrui pour t’abîmer toi-même.

Divers :

  • Titre original : Kyonen no Fuyu, Kimi to Wakare
  • Traduction :  Myriam Dartois – Ako
  • Editions Philippe Picquier
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