L’étoile du chien qui attend son repas de Hwang Sok-Yong

L'étoile du chien qui attend son repas de Hwang Sok-yong
L’étoile du chien qui attend son repas de Hwang Sok-yong

On rencontre Chun, le narrateur qui est un jeune homme sur le quai de la gare : il va partir pour le Viêt-nam enrolé dans une guerre pour laquelle il ne se sent pas concerné.  C’est une page qui se tourne.

« A ce moment-là, alors que je disais adieu à ma jeunesse, je me rendis compte à quel point je l’avais aimée. »

La suite du récit, nous raconte les errances de Chun, récit à plusieurs voix, ceux de ces amis du café Mozart où ils se rendent pour boire du Soju et du Makkoli

L’auteur nous dépeint par petites touches la situation politique et sociale du pays. Un pays exsangue après les guerres, plutôt en ruine, vu du côté prolétarien. Des jeunes en rupture avec la société qui se cherchent. Un système et un régime conservateur qui éteint les manifestations étudiantes dans le sang.

Mais toutes ces touches de politique sont décrites par petites touches, sans approfondir plus en avant. On ressent un malaise de la société sans qu’il en soit fait une critique qui pourrait être acerbe.

Chun et les jeunes qu’il côtoie, ont soit la soif d’échapper au lycée (et surtout de la discipline de ces établissements scolaires), de se retrouver dans les cafés d’entamer des palabres appelés ‘batailles aériennes’ , de militer, une soif de vivre.  Ils sont écrivains, poètes et vont faire l’expérience du prolétariat et de la misère dans les campagnes Coréennes.

Je crois qu’on peut supporter la pauvreté, même grande. Mais la misère, ça me révulse !

Chun va tout quitter, faire un parcours initiatique afin de découvrir le monde, de voir ‘la vérité’ avec ses propres yeux, de s’écarter du carcan de l’éducation. Une façon de se faire une opinion et de comprendre le monde qui l’entoure, de trouver des repères.  De provoquer une rupture avec la vie de ses aînés dans la recherche d’un renouveau de la société.

Tout au long de la narration de ces jeunes, ont sent une ambiance post révolutionnaire, comme celle que l’on devait rencontrer en mai 68, mais aussi des jalons de l’histoire de la Corée – Occupation par le Japon, guerre des deux Corées, la révolution du 19 avril 1960 ….

Livre qui semble avoir des parties autobiographiques, sur par exemple l’enrôlement de Hwang Sok-yong pour combattre pendant la guerre du Viet Nam au côté des Américains.

« Quelle différence peut-il bien y avoir entre la génération de mon père enrôlée au sein de l’armée japonaise pour servir les ambitions impériales japonaises, et ma génération, mêlée à la guerre du Vietnam aux côtés des Américains pour établir « un axe américain » en Extrême-Orient pendant la Guerre Froide ?  »

C’est un roman empreint de nostalgie, mais jamais triste pour autant et très riche. Le contexte historique de ce roman donne quelques repères sur l’évolution de la société coréenne : politique, artistique …

Extraits :

  • j’allais enfin me lancer dans quelque chose qui n’avait rien d’abstrait : mourir ou survivre, telles étaient les deux possibilités qui allaient s’offrir à moi.
  • « Le temps est précieux, pour les jeunes tout comme pour les vieux. Profitez de votre jeunesse ! » Ces propos banals, mais pleins de bon sens, m’étaient longtemps restés dans l’esprit.
  • — Un Viêt Công, c’est l’équivalent de ce qu’était un militant pour l’indépendance chez nous, pas vrai ? — Historiquement c’est vrai, mais il paraît que nous, on va combattre les rouges pour sauver la liberté.
  • Je transcrivais aussi nos « batailles aériennes » – c’est-à-dire nos palabres. Une fois, j’ai montré à Chun ce que j’avais rédigé : Pourquoi l’avenir est-il incertain ? / Au bout du chemin se trouve la plaine / Pourquoi l’ennui est-il la mort ? / Celui qui osera survivra /
  • Pour moi, l’adolescence, ça a ressemblé à cela : à des jours où on s’endort et on se réveille à répétition sous l’effet d’un médicament contre la grippe.
  • Chacun garde les souffrances que lui inflige la vie dans un recoin secret de lui-même.

Diverses petites choses

  • Titre original : Kaebapparagi pyôl,개밥바라기 별, 2008
  • Editeur Serge Safran éditeur (Zulma), 2016
  • Traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot
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2 réflexions sur « L’étoile du chien qui attend son repas de Hwang Sok-Yong »

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