Comment apprendre à s’aimer de Motoya Yukiko

Comment apprendre à s'aimer de Motoyo Yukiko
Comment apprendre à s’aimer de Motoyo Yukiko

« Comment apprendre à s’aimer », regroupe différents moments de la vie d’une femme prénommée Linde et cela à différents âges de sa vie. Chacun de ces moments l’adolescence, les fiançailles, le divorce, la vieillesse nous montre une des facettes de son personnage. Le parcours de toute une vie, une vie qui pourrait sembler un peu ratée.

Il existe sans doute quelqu’un de mieux, c’est juste que nous ne l’avons pas encore rencontré. La personne avec laquelle nous partagerons réellement l’ envie d’ être ensemble, du fond du cœur, existe forcément. Je crois que nous devons continuer à chercher, sans nous décourager.

Au fil de ses apprentissages, de ses déceptions et de ses joies, Linde – femme imparfaite, on voudrait dire normale – découvre le fossé qui nous sépare irrémédiablement d’autrui et se heurte aux illusions d’un bonheur idéal.

Nous rencontrons tout d’abord Linde au collègue lors d’une partie de bowling avec des amies à 16 ans. Puis avec son amoureux à 28 ans lors d’un voyage, à 34 ans, 47 et un retour en arrière lorsque Linde eut 3 ans et enfin à 63 ans.

Chaque rencontre à chaque étape de sa vie est faite d’hésitations, d’aspirations et surtout de convictions et de séparations. On se retrouve plongé au coeur de ses émotions. Au plus profond de ses pensées intimes, on découvre alors la complexité du personnage.

Avec le regard externe que l’on peut porter sur Linde, elle nous surprend souvent par ses manières et ses réactions. Une leçon de vie et de partage avec son entourage. Une recherche sans fin d’un équilibre, d’un choix de vie.

Certaines de ces actions ont tendance à horripiler , car exigeante sur certaines choses ( la cuisson du lard entre autres), ses rapports problématiques avec les livreurs (plein d’humour). La dernière partie de sa vie, celle de ses 63 ans est pour moi la plus attachante.

Une nouvelle auteure éditée en Français, un petit roman tout en douceur et en délicatesse. Une leçon de vie qui nous fait réfléchir sur notre parcours, nos émotions et nos choix.

Extraits :

  • Nikki et ses amies riaient-elles vraiment parce qu’elles s’amusaient ? Cela non plus, Linde n’en savait rien. Malgré tout, les jours où il y avait un œuf poché dans son bento, en le crevant lentement avec sa fourchette, elle s’appliquait à y penser. A imaginer le jour où la mer sur laquelle flottaient les trois îlots solitaires déborderait d’un coup, où le monde serait chamboulé. Le jour où, avec la parfaite inconnue qui se trouverait soudain à ses côtés, elle tenterait de tout reconstruire de zéro.
  • Néanmoins… au fond d’elle-même, elle n’arrivait pas à le comprendre ; il avait gâché une précieuse demi-journée de leur voyage pour une telle broutille ! Au lieu de remâcher sans cesse cet incident, pourquoi ne pas lui avoir clairement dit ce qu’il pensait au restaurant ? Elle avait failli lui faire ces remarques à plusieurs reprises. Et puis d’abord, qu’y avait-il de mal à dire qu’on avait froid quand c’était le cas ? Les sensations, ça dépend de la sensibilité de chacun. D’accord, elle avait peut-être tendance à dire les choses sans prendre de gants, si la mer était sale, elle disait « La mer est sale, hein », tel qu’elle le sentait. Peut-être voyait-il là un manque de délicatesse… mais pour Linde, un commentaire dénué de sincérité, c’était nul ! « Avant ça aussi, tu n’as pas arrêté de râler », avait-il dit, ce dont elle n’avait aucun souvenir.
  • Ce jour-là, il avait répondu qu’ils différaient sur tout, elle et lui. Et puis, après un bref instant de réflexion, il avait ajouté, l’air dubitatif, « C’est peut-être cette espèce d’aplomb, ce côté inébranlable que tu as qui m’attire ». Lui se lassait aisément, n’arrivait pas à s’intéresser longtemps à une même chose, alors il admirait sa ténacité, avait-il dit. Cette réponse avait étonné Linde. Elle se voyait plutôt comme quelqu’un de timoré et indécis.
  • « Tu m’as demandé pourquoi je ressassais indéfiniment ce qui s’était passé. D’après toi, rester bloquée dans le passé, c’était du gâchis. Mais moi… à ce moment-là, je n’ai pas su l’exprimer… je crois qu’à la base, nous ressentons les choses de façon radicalement opposée, tous les deux. »
    En entendant cela, son mari s’arrêta de manger. « … Tu vas encore ressortir ces vieilles histoires
  • Comme on change en fonction de la personne qu’on épouse ! s’étonnait parfois leur mère au téléphone, ce à quoi Linde s’appliquait à répondre invariablement, c’est vrai, ça dépend avec qui on se marie.
  • « Tu as toujours trop cherché la réponse parfaite. Arrête de te plaindre et réalise que tous les choix que tu as faits t’appartiennent !
  • La loi de Jeunet ou Janet était juste. Plus on vieillissait et plus les années passaient vite, maintenant elle avait l’impression de fêter Noël tous les six mois. Peut-être qu’un jour elle aurait l’impression que Noël revenait tous les mois ? Ou peut-être sa notion du temps était-elle déjà complètement détraquée. Elle trouvait que mettre un quart d’heure à arriver, c’était trop long pour quelqu’un censé être tout près.
  • A vingt-deux heures trente, Linde se brossa les dents, se mit au lit et ferma les yeux. Elle réfléchit encore un peu à la loi de Janet. Ce ne serait pas mal non plus si demain, quand elle se réveillait, cent années s’étaient écoulées. Tandis qu’elle caressait le chaton qui était monté sur son lit, elle commença à s’assoupir. La poitrine déchirée comme toujours par son visage souriant de l’époque où elle croyait encore en beaucoup de choses, et par quelques regrets infinis. Elle se réveilla à plusieurs reprises avec l’impression d’avoir arrêté de respirer, se retourna dans le lit et sombra dans le sommeil.
  • Son portefeuille à la main, elle les contemplait, pareils à des machines qui auraient fonctionné pendant des dizaines d’années sans qu’on les graisse. Ensemble jusqu’à ce que nos cheveux blanchissent. Quand elle était jeune, en voyant des couples âgés, elle pensait qu’ils en avaient forcément assez de voir chaque jour le même visage. Qu’ils regrettaient sûrement la vie qu’ils avaient choisie.
    Mais… plus maintenant. Leur vie passée ensemble dans cette petite boutique, pour le meilleur et pour le pire , à rire, pleurer ou se fâcher, elle était capable de l’imaginer exactement comme si elle en avait été témoin de près. Une vague de tendresse monta en Linde, qui serra fort son portefeuille. Comme elle posait sur eux un regard bienveillant, l’émotion l’envahit et elle faillit pleurer.

Divers :

  • Titre original : Jibun wo Sukininaru Houhou, 2013
  • Editions Philippe Picquier, 08/2016
  • Traduction : Myriam Dartois-Ako
  • Note : 
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