La conversation amoureuse de Alice Ferney

La conversation amoureuse, Alice Ferney
La conversation amoureuse, Alice Ferney

La conversation amoureuse est une histoire d’amour, d »adultère. Mais pas uniquement, sur la vie de couples, de divorces, L’épicentre de ce roman reste l’attirance de deux êtres l’un vers l’autre. L’incipit dévoile sans retenue la trame :’un couple de futurs amants’ ….

UN COUPLE DE FUTURS AMANTS marchait, au milieu de la chaussée, dans une rue piétonne, un peu avant l’heure du dîner. Les couleurs du soir tenaient la ville dans un feu.  (…) La femme portait une robe légère et peu décolletée, dont l’encolure disparaissait sous la mousseline de l’écharpe jaune autour de son cou. Sa silhouette et sa démarche indiquaient, avant que ne le fît son visage, qu’elle était une jeune femme ; et autre chose en elle, une aisance, une fluidité, révélait qu’elle n’était plus une jeune fille. Elle avait perdu la gaucherie, cet effarouchement intérieur qui désigne et protège, comme un sceau, la virginité.

Cette histoire est le début de la relation adultère de Gilles André en instance de divorce avec Pauline Arnoult dans un couple qui se cherche. Narration mixée avec celle d’autres couples qui se séparent, se déchirent, qui se racontent, qui essayent de comprendre leurs désillusions, leur vie de couple.

Alice Ferney autopsie l’attraction des êtres, les jeux de la séduction. L’approche de cet amour naissant faite de tâtonnements, d’attente , d’espoirs est joliment décrite. Mais lié aussi aux espérances, mensonges. On retrouve également le portrait des couples après quelques années de mariage ou de vie commune qui s’interrogent.

On trouve également chez les autres couples : des amours non réciproques qu’un mariage uni. Une attraction toujours présente chez l’un des partenaires, attraction dissymétrique caché dans le silence, des vies de couples qui s’usent le long des années.

Une conversation que j’ai trouvé plaisante mais parfois trop réaliste/grave ou en longueur, qui manquait parfois de légèreté ou d’humour. un sujet que j’ai ressenti disséqué à l’infini dans l’âme des couples.  Donc pour moi, un avis mitigé : peu d’actions beaucoup de pensées, d’échanges de secrets bien gardés, complicités ou duplicités. Une voix d’alcôve, des chuchotements pour Gilles (répété à l’infini), mais pas assez d’effleurement sensuel à mon goût.

 

Extraits :

  • Je n’ai jamais pu aller jusqu’à ce point de l’amour où le bonheur de l’autre fait le mien.
  • Les choses dites sont moins incertaines que celles qui ne le sont pas. Mais pouvait-il seulement
  • Voici la manière dont il expliquait le comportement qui était le sien : Il était infidèle parce que Blanche le repoussait. Sa nature profonde était d’être fidèle. Il ne demandait qu’à aimer une femme unique pourvu qu’elle fût tendre. Mais la femme unique avait été de bois. Quand il s’approchait d’elle au fond du lit, elle soupirait, elle avait envie de dormir, il la laissait dormir, elle dormait. Elle dormait complètement, pensait-il, elle dormait son amour. Jamais plus elle n’avait un éveil sensuel. Il le lui faisait remarquer. Je sais, murmurait-elle, j’ignore ce qui s’est passé (elle sous-entendait depuis la naissance de Sarah). Il ne se mettait pas en colère.
  • Le désaccord faisait de lui un comptable : il lui fallait prouver ce qu’il disait. Si elle l’avait bien voulu, il aurait fait l’amour tous les jours. Elle n’avait presque jamais envie.
  • Leurs mots se livraient dans les rires, un mélange de complicité, de gêne, de gaieté, de malice.
  • L’horloge des femmes et celle des hommes dans l’amour n’ont pas les mêmes aiguilles…
  • On se sépare deux fois, elle l’avait pensé, une première fois quand l’amour est mort, une seconde quand un sentiment renaît. Le premier qui aime à nouveau poignarde l’autre déjà abattu, et pourtant ce n’est pas forcément une guerre. Les gens qu’on aime sont aussi ceux qui nous torturent,
  • Elle lui disait Non, il en a trouvé d’autres pour s’entendre dire Oui ! Et elle ne l’a pas accepté. Elle n’a pas été élevée comme cela. Personne ne l’a été. Nous avons tous été éduqués dans le sens de l’exclusivité sexuelle, de la propriété et de la jalousie.
  • Les gens jugent plus enviable d’être infidèles parce qu’ils sont fidèles, ou parce que la fidélité sexuelle leur pèse au point d’oublier ce qu’elle leur apporte. La surprise n’est pas tout, dit-il, elle accroît l’émotion ou le trouble, mais pas forcément le plaisir. Car il y a un savoir-faire du plaisir.
  • Quand on a vraiment la chance d’ignorer quelque chose, on ignore aussi qu’on a cette chance.
  • On perd l’habitude de trouver chez soi silence et solitude.
  • Certaines histoires ont besoin du secret. Il leur faut non pas forcément mentir mais taire, mentir par omission. Parce qu’elles sont interdites. Parce qu’elles sont advenues trop tard pour se déployer à l’air libre.
  • Ils avaient tous deux des époux. Ils s’étaient liés par serment, selon les lois de l’Eglise et de l’Etat. Ils avaient vécu des journées et des nuits conjugales. Ils avaient prononcé des mots d’amour. Ils s’étaient avancés sur les grandes pentes de l’intimité, jusqu’à ce moment saugrenu où l’on croit connaître un autre que soi, jusqu’à cette amertume de découvrir que non, jusqu’à former en dépit de cela une gerbe de corps nus et drus, jusqu’à se voir et se revoir et ne plus se voir, être aveugle et plein d’habitudes, ne plus distinguer ni le corps, ni l’esprit de l’autre. Ils étaient venus à ce point de la vie commune où l’on découvre, dans l’inexorable quotidienneté de l’existence, dans la misère du désir disparu, dans les envoûtements dissipés, la vigilance qu’il faut pour restituer sans cesse à l’amour ce que le temps lui enlève et faire scintiller ce qu’il lui apporte. Ils n’étaient pas neufs, ils avaient tous les deux des époux. Ils avaient engendré.

Divers :

  • Collection Actes Sud, 2006
  • Note : ***** (3,5/5)
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2 réflexions sur « La conversation amoureuse de Alice Ferney »

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