Le livre du rire et de l’oubli de Milan Kundera

Le livre du rire et de l'oubli de Milan Kundera
Le livre du rire et de l’oubli de Milan Kundera

Kundera décrit ce livre comme un roman en forme de variations. Et les variations sont au nombre de sept. Elles se déroulent pendant l’après-guerre et après l’arrivée des chars russes dans l’ex Tchécoslovaquie.

Tout ce livre est un roman en forme de variations. Les différentes parties se suivent comme les différentes étapes d’un voyage qui conduit à l’intérieur d’un thème, à l’intérieur d’une pensée, à l’intérieur d’une seule et unique situation dont la compréhension se perd pour moi dans l’immensité.

Je vous parlerais que de deux de ces variations.

Le premier récit met en scène un ancien dissident Mirek à la recherche de lettres qu’il avait adressé à une femme Zdena qu’il avait aimée 20 ans plutôt. Traqué par la police, il rencontre cette femme, qui refuse de lui rendre les lettres. Il est finalement arrêté, emprisonné ainsi que son fils et des amis.

« La lutte de l’homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l’oubli »

On est dans ce récit face à l’Histoire qui s’efface qui se manipule, et qui se réécrit au gré des évènements dans ce pays occupé par les forces russes. Mais cette manipulation  pourrait s’étendre n’importe où. On ressent le poids de l’occupation, de la censure et de la police politique et des dénonciations.

L’assassinat d’Allende a bien vite recouvert le souvenir de l’invasion de la Bohême par les Russes, le massacre sanglant du Bangladesh a fait oublier Allende, la guerre dans le désert du Sinaï a couvert de son vacarme les plaintes du Blangladesh, les massacres du Cambodge ont fait oublier le Sinaï, et ainsi de suite, et ainsi de suite et ainsi de suite, jusqu’à l’oubli complet de tout par tous.

Le second récit « Litost », terme intraduisible qui est un sentiment de culpabilité provoqué  par diverses actions; et s’aggravant par des actions verbales, des actions physiques, et parfois le silence. Il y a des gradations dans la Litost. La forme ultime de la Litost  est  une «vengeance détournée … un coup indirect. » Kundera écrit: «La litost est un état tourmentant né du spectacle de notre propre misère soudainement découverte. » L’image de l’imperfection humaine, de son désarroi.

Oh ! amants, soyez prudents en ces premiers jours dangereux ! Si vous portez à l’autre son petit déjeuner au lit, vous devrez le lui porter à jamais si vous ne voulez pas être accusés de non-amour et de trahison.

J’ai été plus sous le charme de certaines nouvelles ou variations. En particulier « Les lettres perdues » et « Littost ». Les sept récits ont des points communs dont l’ex Tchécoslovaquie, l’amour qui se délite, des passions naissantes et des doutes. Mais je n’ai pas trouvé une trame forte, chaque récit part en digression en plus de ces variations, bien que certaines variations se font écho et se répondent. Récit mi-autobiographique, récit d’un écrivain  sur les écrits, la poésie, la musique, les sentiments et les frontières.

De la curiosité, aussi car Kundera fait de nombreuses références à de nombreux auteurs dont Eluard, Breton et Thomas Mann (de nombreux romans font également référence à la montagne  magique) ?

Extraits

  • Pour liquider les peuples, disait Hùbl, on commence par leur enlever la mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Et quelqu’un d’autre leur écrit d’autres livres, leur donne une autre culture et leur invente une autre Histoire.
  • la mémoire du dégoût est plus grande que la mémoire de la tendresse !
  • La lutte de l’homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l’oubli p5
  • Ils sont prêt à vendre aux gens un avenir contre leur passé p15
  • L’avenir n’est qu’un vide indifférent qui n’intéresse personne, mais le passé est plein de vie et son visage irrite, révolte, blesse au point que nous voulons le détruire ou le repeindre. On ne veut être maître de l’avenir que pour pouvoir changer le passé. On se bat pour avoir accès aux laboratoires où on peut retoucher les photos et récrire les biographies de l’histoire p20
  • La mort a un double aspect : Elle est le non-être. Mais elle est aussi l’être, l’être atrocement matériel du cadavre.
  • « Si on couche ensemble, ce sera certainement très bien du point de vue technique, mais je ne suis pas certaine de l’aspect sentimental. »

 

Divers :

  • Titre original : KNIHA SMICHU A ZAPOMNÊNl, 1978/1979
  • Editions : Gallimard, Folio, 1979, 1985
  • Traduction : François Kérel
  • Note : 
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3 réflexions sur « Le livre du rire et de l’oubli de Milan Kundera »

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