Trilogie New Yorkaise de Paul Auster

The new york trilogy
La trilogie New Yorkaise de Paul Auster

La trilogie « New-yorkaise » était sur ma pile à  lire depuis de nombreux mois, j’avais particulièrement aimé « Moon Palace » et « Au pays des choses dernières / le voyage d’Anna Blum« .

On découvre dans la première nouvelle ‘cité de verre’, un personnage aux multiples facettes dénommé Quinn, alias William Wilson , alias Max Work et même un certain Paul Auster.

Quinn, le narrateur va endosser l’identité de chacun de ces personnages afin de faire face au moment présent. Il va au gré des situations adopter un mimétisme identitaire. Quinn par rapport aux autres, sa perception change, ses réactions également. Qu’il prenne le costume du détective, de l’écrivain, du divorcé sa vision du monde se change, se déforme et s’adapte. Mais c’est également Quinn qui va se transformer, pratiquement subir une mutation de son être face à la réalité qu’il se projette.

Mais aussi dans de Stillman, ou il va s’identifier à cet homme mystérieux, le suivre, a l’opposé de Quinn qui change d’identité, Stillman lui reste le même, ce sont les autres qui sont perçus différemment à chaque rencontre.

Mais, on trouve également des variations, dans « Revenants » le problème de l’identité demeure que ce soit de la part de Quinn ou de Bleu le même rapport à l’identité se pose,   une première phase d’observation, puis de questionnement , d’hypothèses qui tournent à l’obsession et à la folie, « il se noie ».  Chacun  des narrateurs a besoin de trouver un sens à ses actions, la recherche d’une finalité, au-delà de leurs actes pour légitimer leur « vie » ou leur existence.

C’est là aussi quelque chose qui jette le trouble en lui. Si le terme de « penser » peut être trop fort à ce stade, un mot un peu plus modeste, celui de « spéculation », par exemple, ne serait pas loin du compte. « Spéculer », venant du latin speculari signifie « observer », « épier », et s’apparente au mot speculum qui veut dire « miroir ». Car en épiant Noir de l’autre côté de la rue, c’est comme si Bleu regardait dans un miroir, et au lieu de simplement observer quelqu’un d’autre, il découvre qu’il s’observe aussi lui-même.

Auster, nous entraîne dans un voyage au plus profond de nous même, via le parcours de son narrateur : empathie (souffrance éprouvée de l’intérieur)

Joue sur les paradoxes, peut-être sous jacent Quinn ou Bleu écrivent, et alors se pose de la perte d’identité de l’écrivain, une stratégie d’adaptation pour se mettre à la place de son héros « un écrivain n’a pas de vie propre ». Trilogie New Yorkaise semble posséder des éléments autobiographiques de la vie de Paul Auster. Il se met en scène, ou son homonyme. Troublant ?

La femme, est objet de désir, mais aussi celle qui retient à la réalité, un point d’ancrage pour le narrateur, mais également source de malaise qui lui renvoie l’image d’un autre pour Sophie.

Il y avait longtemps qu’il n’avait eu un corps chaud près de lui. Et, en réalité, il avait commencé à désirer Virginia Stillman dès l’instant où il l’avait vue, bien avant ce baiser.

Il leva les yeux et vit la femme d’abord. Cette seconde-là il sentit qu’il était en danger. C’était une blonde grande et mince, d’une beauté rayonnante ainsi que d’une énergie et d’une joie de vivre qui semblaient éclipser toute chose autour d’elle. Pour Quinn, c’en était trop.

Existe-t-il une seule réalité ??, ou seulement plein de perceptions exercées par les différentes identités, un pis allé à la solitude. Des identités ressenties comme une obligation, une mission : celle de l’écrivain. Se mettre dans la peau de l’autre pour l’écrire, le comprendre : fusionner jusqu’à se détruire ou faire disparaître l’autre. Mais est-ce un objectif ou une fatalité ?

Finalement toute vie n’est rien de plus que la somme de faits aléatoires, une chronique d’intersections dues au hasard, de coups de chance, d’événements fortuits qui ne révèlent que leur propre manque d’intentionnalité.

Soldat et jeune fille riant
Soldat et jeune fille riant

Peut-être juste un point de détail, Paul Auster cite le tableau de Johannes ou Jan Vermeer : ‘Soldat et jeune fille souriant’. Mais le titre est  ‘Soldat et jeune fille riant’, traduction ou altération de la vérité  ?  Le tableau n’est pas là par hasard, Quinn songe à ce tableau lorsqu’il passe près du musée. La femme est en lumière de face, elle est réelle chaleureuse sous la lumière diffuse du soleil. Le soldat, mercenaire est de dos de trois quart, il est à peine visible sous son chapeau, son identité n’est pas vérifiable, il endosse un uniforme tel un déguisement. On ne pense pas à l’homme qui fait face à cette femme pleine de chaleur, mais à son rôle de soldat, ses couleurs. Il perd son identité humaine au profit de son image de guerrier. Regarde-t-il la femme, la carte ? La femme, souriante a également un verre de vin qu’elle tient précieusement dans ses mains, pour offrir ou retenir le soldat  ? Une opposition avec la table objet central du foyer et la carte accrochée au mur qui renvoie à un ailleurs.

De nombreuses interprétations sont possibles à la lecture de la trilogie New Yorkaise. On pourrait déchiffrer le métier d’écrivain , la temporalité, l’identité, solitude,  rapport à la réalité hasard, fatalisme, absurdité ….

Roman étrange, passionnant, qui nous pousse à la réflexion, nous fait sortir de notre routine. Nous questionne sur notre identité, un roman qui ne m’a pas laissé indifférent, déroutant et plein de mystères. Et qui mérite une ou plusieurs relectures …

Extraits :

  • Essayer d’être un autre est une façon de devenir soi-même.
  • Au début, lorsque ses amis avaient appris qu’il avait abandonné l’écriture, ils lui demandaient comment il comptait vivre. Il leur racontait à tous la même chose : il avait reçu de sa femme un legs à gérer. Mais la vérité c’était que sa femme n’avait jamais eu d’argent. Et la vérité c’était qu’il n’avait plus d’amis.
  • Je m’appelle Peter Stillman. Ce n’est pas mon véritable nom. Mon vrai nom, c’est M. Triste. Comment vous appelez-vous, monsieur Auster ? C’est peut-être vous, le vrai M. Triste, et peut-être ne suis-je personne. Bouh hou hou. Excusez-moi. C’est comme ça que je pleure et que je gémis.
  • Si un certain nombre d’auteurs estimaient que les Indiens vivaient dans l’innocence qui avait précédé la chute, il y en avait d’autres pour estimer que c’étaient des bêtes sauvages, des démons à visage humain. La découverte de cannibales dans les Caraïbes ne contribua certes par à infirmer cette opinion. Les Espagnols s’en servirent pour justifier une exploitation sans merci des indigènes à des fins mercantiles. Car, si l’on ne considère pas l’homme qu’on a devant soi comme un être humain, la conscience n’opposera guère de freins au comportement qu’on adoptera à son égard. C’est en 1537, seulement, que la bulle pontificale de Paul III proclama que les Indiens étaient d’authentiques êtres humains porteurs d’âme.
  • Mais les gens changent, n’est-ce pas ? Une minute nous sommes une chose et la suivante nous voilà autre chose.

DIvers :

  • Titre original :The New York Trilogy, 1985,1986 (Cité de verre, revenant, la chambre dérobée )
  • Editions : Actes Sud, Babel,  1991
  • Traduction : Pierre Furlan
  • Note : 
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9 réflexions sur « Trilogie New Yorkaise de Paul Auster »

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