Le bateau usine de Kobayashi Takiji

Le bateau usine de Kobayashi

Contexte historique : on se retrouve quelques années après le conflit russo-japonais, avec le partage de l’île de Sakhaline. Le japon suit une industrialisation à marche forcée. Un bateau usine, ancien navire russe confisqué et ré affété pour la pêche aux crabes est aux mains d’armateurs sans scrupules. Une course vers le profit, système capitalisme à outrance ou les profits vont aux actionnaires et dont les travailleurs en sont les victimes.

La première phrase  donne le ton : « C’est parti ! En route pour l’enfer ! »

Collision entre l’impérialisme et enfer du capitalisme sur ce bateau usine, ou la vie d’un travailleur ne vaut pratiquement rien. Description de conditions de travail inhumaine, mais également de vie : ils nomment leur dortoir « le merdier ». Ces travailleurs vivent dans des conditions de crasse couverts de poux et de punaises . Des cadences infernales, Huis clos sur ce bateau usine, ou couve la révolte et la mutinerie semble proche.

Emprisonné dans ce navire, sans issue, les ouvriers : des étudiants désargentés, agriculteurs expropriés, d’anciens mineurs se trouvent sous les ordres d’Asakawa  un intendant sadique ou la vie humaine est dérisoire. Seule la cargaison et (ses primes) ont un intérêt à ses yeux.

L’intendant utilise soit des primes par équipe, puis des coups et des menaces soit un discours ultra nationaliste afin de motiver ses ouvriers.

Qu’est-ce qui vous arrive ? Je vais vous faire lever de gré ou de force, moi ! N’oubliez pas que le travail, c’est la patrie ! C’est comme à la guerre ! Soyez prêts à donner votre vie ! Au travail, bande d’imbéciles !

Une des chaloupes, va, à un moment accosté dans la zone russe de l’île de Sakhaline. Les marins bien accueillis vont être sensibilisés aux doctrines marxistes : à la lutte des classes. Une lueur d’espoir pour ces ‘esclaves’ modernes.

Un document émouvant, une écriture bouleversante. Une très belle édition qui est de plus agrémentée d’une postface de  Lesigne-Audoly, qui apporte des explications très précises et très détaillées sur la réédition de cet ouvrage, la vie de cet auteur.

J’ai beaucoup apprécié cette réflexion sociale, totalement intemporelle en fait. Les inégalités et la précarité étant de plus en plus présente dans le monde actuel. Il a fallu presque quatre vingts ans pour que l’on redécouvre et re publie ce roman censuré à l’époque.

A lire !!

Il existe d’autres romans et nouvelles de Kobayashi dont « Le Propriétaire absent », mais celles-ci semble juste être traduite en Anglais ….

Extraits :

  • Dans ces contrées, chacun pouvait sans vergogne se livrer à l’exploitation la plus « primitive », et s’en mettre ainsi plein les poches. Et ce n’est pas tout ! Pour faire pour faire bonne mesure, ils appelaient ça « mise en valeur des ressources pour le bien de la patrie », ce qui leur donnait  toute légitimité. La mécanique était bien huilée. Et c’est ainsi que les travailleurs, au nom de la patrie, étaient affamés et battus à mort.
  • Les bateaux-usines étaient des « usines » avant d’être des « navires ». La loi sur la navigation ne s’y appliquait donc pas. On choisissait pour cet usage des épaves laissées à l’abandon pendant plus de vingt ans, avant d’être repeintes et revendues à Hakodate, telles des prostituées syphilitiques dissimulant habilement leurs disgrâces sous d’épais fards.

DIvers :

  • Titre original : Kanikôsen, 1929
  • Editions Allia, 2015
  • Traduction : Evelyne Lesigne-Audoly
  • Note : +

9 réflexions sur « Le bateau usine de Kobayashi Takiji »

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