Nipponia nippon de Kazushige

 

Nipponia nippon de Kazushige
Nipponia nippon de Kazushige

Nouvelle sortie d’un roman japonais :  « Nipponia Nippon », c’est le nom de l’ibis japonais.  Cet oiseau emblème du Japon est une espèce en voie d’extinction. Le narrateur de ce roman  Tôya Haruo, un adolescent a une passion pour l’ibis japonais, mais ses intentions sont troublantes. L’incipit donne le ton :

Trois solutions : les élever, les libérer ou les abattre.
Mais le choix allait se restreindre s’il s’en tenait à ce qui était réalisable.
Parmi les trois, l’idée de les élever devait être écartée. Il ne serait pas facile de les transporter de l’île de Sado à Tokyo et en plus ces oiseaux étaient bien trop grands pour être gardés dans une pièce de six tatamis.

Basé sur la véritable histoire de ces Ibis Japonais. Le roman nous narre le malaise de la jeunesse d’un adolescent japonais. En marge de la société, à la recherche d’une quête d’absolu, il fait face à l’incompréhension et la solitude.

Tôya Haruo se veut être un héros, un anarchiste, un anti-héros. N’importe ses actions, il veut se démarquer par le bien ou par le mal du carcan qui l’entoure. On se demande si cette quête se veut un retour aux valeurs traditionnelles du Japon : une quête de la pureté de la race ou de sa destruction.

On aurait pu croire, grâce à la naissance du petit ibis baptisé Yû-yû, que l’extinction de la lignée des Nipponia nippon au Japon avait été évitée. Mais Yû-yû n’était jamais que la progéniture d’oiseaux chinois déplacés au Japon, et l’extinction des ibis d’origine japonaise était en réalité définitive.

On pourra faire le parallèle de l’extinction de l’emblème du Japon, et le refus de son métissage : un relent de nationalisme ?

On est focalisé, tout au long du récit face à la détresse du narrateur « il  préfère la destruction du monde à une égratignure de son petit doigt. Face au moi, face au tout petit moi d’un individu, le monde entier ne fait pas le poids.« .  Malaise de la jeunesse, solitude.

Le narrateur se décrit comme Hikikomori , il en a tous les symptômes. «tirant vers l’intérieur, être confiné », à savoir, « le retrait social aigu») est un terme japonais pour désigner le phénomène des adolescents solitaires ou adultes qui se retirent de la vie sociale, souvent à la recherche extrême degrés d’isolement et de confinement. Le terme hikikomori désigne à la fois le phénomène sociologique en général et les personnes appartenant à ce groupe social. Hikikomori ont été décrits comme recluses, solitaires, ou «ermites moderne. » (Wikipedia)

Mais l’auteur ne se positionne pas seulement sur la problématique de l’isolement de la jeunesse. L’éducation est aussi visé : harcèlement, suicide, comportement hors norme des éducateurs, mensonges, relations parents-enfants. Une vision sombre de la société japonaise.

Ce court roman dérange, et ‘me’ laisse perplexe, il donne un message froid et nihilisme du monde qui entoure le narrateur, et de sa  jeunesse désemparée.

Extraits :

  • Le pays tout entier en serait chamboulé, on ne parlerait plus que de ça. Un brouhaha s’élèverait, où se mêleraient éloges et blâmes. Un acte inouï, d’une hardiesse incomparable, qui serait considéré comme héroïque par les uns, criminel par les autres.
  • Comme on le dit souvent, le peuple japonais ne pense qu’au sexe. Le sexe des humains ne lui suffisant plus, son regard se tourne maintenant vers celui des oiseaux, en vue de s’adonner à un nouveau type de masturbation. Après les avoir massacrés à satiété, il change subitement d’attitude et s’imagine avoir sauvé l’espèce parce qu’un unique oisillon est né, ébahi de découvrir que les ibis baisent aussi.
  • nous qui sommes nés au Japon, est-ce que nous restons quand même des « oiseaux chinois » ? Les gens autour de nous sont partagés. « On va leur fabriquer un état civil à ces petits. Qu’est-ce qu’on prend, droit du sang, droit du sol ? »

Divers :

  • Titre original : Nipponia nippon, 2004
  • Editions Picquier,  2016
  • Traduction : Levy Jacques
  • Note : ♡♡♡
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