Town of Cats ‘La ville des chats’ (Part 1) de Murakami

 Town of Cats de Murakami
Town of Cats de Murakami

Town of Cats, Traduit, du Japonais, par Jay Rubin,

The New Yorker, 5 Septembre 2011. BY HARUKI MURAKAMI

Vous trouverez ici la première partie de la nouvelle de Murakami, ‘la ville des chats’. Cette nouvelle est parue en 2011 dans le journal the ‘New Yorker’. La traduction en Français provient d’une première traduction du japonais réalisé par Jay Rubin. Donc il se peut que le sens s’éloigne un peu de l’original, mais j’ai essayé de rester au plus près de mon ressentie lors de la traduction.  Ce travail de traduction est le premier pour moi, j’espère ne pas décevoir les fans de Murakami. Je ne pense pas que cette nouvelle ait déjà été traduite en Français jusqu’à présent.

La nouvelle présentée sera découpée en deux parties due à sa taille.

Je vous demanderai donc un peu d’indulgence….

A la station Koenji, Tengo est monté dans le train de la ligne principale Chūō. Le compartiment était vide. Il n’avait rien de prévu ce jour-là. Ou aller, Que faire,  c’était de sa propre initiative. Il était dix heures du matin, un jour d’été sans vent, et le soleil cognait déjà. Le train est passé par Shinjuku, Yotsuya, Ochanomizu, puis est arrivé à la gare centrale de Tokyo, le terminus. Tout le monde est descendu, et Tengo a suivi le mouvement. Il s’est assit finalement sur un banc et a réfléchi à l’endroit ou il pourrait se rendre. «Je peux décider d’aller n’importe où » se dit-il. « On dirait que ça va être une journée chaude. Je pourrais aller à la mer. « Il leva la tête et regarda le plan.

À ce moment, il  réalisa ce qu’il devait faire.

Il  secoua la tête plusieurs fois, mais l’idée qu’il avait eu ne le quittait plus. Il avait probablement pris sa décision inconsciemment au moment où il était monté à bord du train Chuo à Koenji. Il poussa un soupir, se leva du banc, et demanda à un employé de la gare pour la connexion la plus rapide pour Chikura. L’homme parcourut les pages d’un épais volume des horaires de train. Il devrait prendre le train express spécial de 11h30 pour Tateyama, lui dit l’homme, et prendre la correspondance pour un train régional. il arriverait à Chikura peu après quatorze heures. Tengo acheta un billet aller-retour Tokyo-Chikura. Puis il se rendit dans un restaurant de la gare et commanda du riz au curry et une salade.

Aller voir son père était un projet de type ‘dépressif’. Il ne l’avait jamais apprécié, et son père ne l’aimait pas particulièrement. Son père était parti en retraite il y a quatre ans et, juste après il était entré dans un sanatorium spécialisé dans des désordres cognitifs à Chikura. Tengo lui avait rendu visite deux fois- la première fois lors de son admission, pour un problème administratif car il était sa seule famille. La seconde fois était également pour un problème administratif.

Le sanatorium se tenait dans une grande propriété près de la côte. C’était une étrange combinaison d’une élégante batisse ancienne en bois et d’un nouveau bâtiment en béton armé à trois étages. L’air était frais, et, mis à part le bruit des vagues, c’était très calme. Une imposante pinède formait un brise-vent le long de la bordure du jardin. Et les installations médicales étaient excellentes. Avec son assurance maladie, sa prime de retraite, son épargne, et sa retraite, le père de Tengo pourrait probablement passer le reste de sa vie tout à fait confortablement dans cet endroit. Il pourrait ne pas laisser d’héritage, mais au moins il serait pris en charge, Tengo en était extrêmement reconnaissant. Tengo n’avait aucune intention de prendre quelque chose lui appartenant, ni de lui donner quoi que ce soit. Ils étaient deux êtres humains dissemblables et se dirigeaient vers de tout autre destinés. Par chance, ils avaient passé quelques années ensemble, c’était tout. C’était honteux que cela finisse ainsi, mais il n’y avait absolument rien que Tengo aurait pu faire.

Tengo acheta son ticket et se rendit sur le quai pour attendre le train pour Tateyama. Seul quelques familles en villégiature se trouvaient là, prêt à se rendre pour quelques jours à la mer

La plupart des gens pensent que le dimanche est un jour de repos. Pendanr son enfance, Tengo n’avait jamais ressenti le dimanche comme un jour de ce type. Pour lui, le dimanche était comme une lune difforme qui ne montrait que son côté sombre. Quand le week-end arrivait, tout son corps commençait à se sentir morose et endolori, et son appétit disparaissait. Il avait même prié pour que les dimanches n’arrivent pas, aucune de ses prières ne s’étaient réalisés.

Lorsque Tengo était jeune, son père était collecteur des frais d’abonnement pour le réseau de radio télévision quasi-gouvernementale de la chaîne NHK-Japon et, chaque dimanche, il emmenait Tengo avec lui pour faire du porte à porte et récolter les échéances. Tengo commença à faire  les tournées avec son père avant d’entrer au jardin d’enfant, et continua jusqu’en cinquième (fifth grade) sans avoir un seul weekend de libre. Il n’avait aucune idée si d’autres collecteurs de fond pour la NHK travaillaient aussi le dimanche. Mais aussi longtemps qu’il s’en souvienne son père l’avait toujours fait. Son père travaillait avec encore plus d’enthousiasme le dimanche, car il pouvait surprendre les gens chez eux plus facilement que pendant la semaine.

Le père de Tengo avait plusieurs raisons pour l’emmener dans ses tournées. La première était qu’il ne pouvait pas le laisser tout seul à la maison. La semaine et les samedis, Tengo pouvait se rendre à l’école, mais ces lieux étaient fermés le dimanche. Une autre raison, pour son père était l’importance qu’il portait à montrer à son fils son travail. Un enfant devait savoir quelles occupations les faisaient vivre, et l’importance d’un travail. Jeune, le père de Tengo avait été envoyé dans les champs pour travailler dans la ferme de son père, le dimanche comme les autres jours, dès qu’il fut assez vieux pour comprendre quoi que ce soit. Il avait même du arrêter l’école pendant les saisons les plus chargés. C’est ainsi qu’avait été sa vie.

La troisième et dernière raison du père de Tengo était plus calculée, et avait laissée des cicatrices profondes dans le cœur de son fils. Le père de Tengo était bien conscient que d’avoir un petit enfant avec lui faciliterait son travail. Même les gens qui étaient déterminés à ne pas payer finissaient souvent par changer d’avis lorsqu’il un petit garçon les regardait, et c’est pourquoi le père de Tengo gardait les tournées les plus difficiles pour le dimanche. Tengo senti dès le début que ce était le rôle qu’il devait jouer, et il a vraiment détesté ces moments. Mais il  sentait qu’il devait jouer ce rôle aussi habilement qu’il pouvait, afin de faire plaisir à son père. S’il rendait heureux son père, il était traité généreusement. Il aurait aussi bien pu être un singe savant.

Une consolation pour Tengo était que son père habitait assez loin de l’école. Ils vivaient dans un quartier de la banlieue résidentielle en dehors de la ville de Ichikawa, et son père était dans le centre ville. Au moins, il a été en mesure d’éviter de faire la collecte au domicile de ses camarades de classe. Parfois, cependant, en se promenant dans le quartier commerçant du centre-ville, il repérait un camarade de classe dans la rue. Lorsque cela arrivait, il se cachait derrière son père pour ne pas être remarqué.

Le lundi matin, ses amis d’école parlaient avec enthousiasme de l’endroit où ils étaient allés et ce qu’ils avaient fait la veille. Ils étaient allés dans des parcs, des zoos et faire du baseball. En été, ils allaient nager, en hiver skier. Mais Tengo n’avait rien à dire. Du matin au soir, le dimanche, son père et lui ont sonné aux portes des maisons d’inconnus, inclinés leur tête, et ont pris l’argent de celui qui était venu ouvrir la porte. Si les gens ne voulaient pas payer, mon père les menaçaient ou les amadouaient. S’ils essayaient de se barrer, son père élevait la voix. Parfois, il les maudissait comme des chiens errants. De telles expériences n’étaient pas le genre de chose que Tengo pouvait partager avec des amis. Il ne pouvait pas s’empêcher de se sentir comme un étranger dans la société des enfants de la classe moyenne des cols blancs. Il vivait une vie différente dans un monde différent. Heureusement, ses notes étaient potables, comme ses capacités athlétiques. Donc, même s’il semblait être un étranger, il n’a jamais été un paria. Dans la plupart des cas, il éait traité avec respect. Mais chaque fois que les autres garçons l’invitaient le dimanche pour aller quelque part ou l’inviter dans leur maison, il devait refuser. Puis, ses comains ont cessé de l’inviter.

Né le troisième, fils d’une famille d’agriculteurs de la région de Tohoku, le père de Tengo avait quitté la maison dès qu’il avait pu, il a joint un groupe de colons pour partir en Mandchourie dans les années trente. Il n’avait pas cru les affirmations du gouvernement comme quoi la Mandchourie était un paradis, où la terre était vaste et riche. Il en savait assez pour se rendre compte que « paradis » ne pouvait pas se trouver n’importe où. Il était tout simplement pauvre et affamé. Le mieux qu’il pouvait espérer en restant à la maison était une vie proche de la famine. En Mandchourie, lui et les autres colons ont reçu des outils agricoles et des armes, et ensemble ils ont commencé à cultiver la terre. Le sol était pauvre et rocailleux, et tout l’hiver le sol gelé. Parfois, les chiens errants étaient tout ce qu’ils avaient à manger. Même si, avec le soutien du gouvernement lors des quelques premières années, ils ont réussi à s‘en sortir. Leurs vies ont finalement été de plus en plus faciles lorsque, en août 1945, l’Union soviétique a lancé une invasion à grande échelle de la Mandchourie. Le père de Tengo s’attendait à ce que cela se produise, après avoir été secrètement informé de la situation imminente de l’invasion par un officiel, un homme avec qui il était devenu ami. A l’instant où il a entendu les nouvelles que les Soviétiques avaient violé la frontière, il monta à cheval, galopa jusqu’à la gare, et monta à bord du second train pour Dalien. Il était le seul parmi ses compagnons agricoles à revenir au Japon avant la fin de l’année.

Après la guerre, le père de Tengo était parti pour Tokyo et avait essayé de gagner sa vie au marché noir comme apprenti charpentier, mais il n’arrivait pas à subvenir à ses besoins. Puis Il travailla comme livreur d’alcool dans un magasin d’Asakusa quand il se heurta à un vieil ami fonctionnaire qu’il avait connu en Mandchourie. Quand l’homme appris que le père de Tengo avait du mal à trouver un emploi décent, il l’a recommandé à un ami qui travaillait dans le département dea abonnements de la NHK, le père de Tengo a accepté avec joie. Il ne savait presque rien sur NHK, mais il était prêt à accepter n’importe quoi afin d’avoir un revenu régulier

Chez NHK, le père de Tengo exerçait ses fonctions avec beaucoup d’enthousiasme. Sa force était avant tout sa persévérance face à l’adversité. Pour quelqu’un qui avait n’avait que peiné depuis sa naissance, la collecte des abonnements à NHK n’était pas un travail difficile. Mêmes les malédictions les plus hostiles lancées contre lui n’étaient rien. En outre, il ressentait une énorme satisfaction d’appartenir à une organisation importante, même si il était un des salarié les plus mal classé. Sa performance et son attitude étaient tellement exceptionnelle que, après un an en tant que collecteur, il a été promu directement comme employé à part entière, un exploit presque inouïe à NHK. Bientôt, il eut la chance de déménager dans un appartement de la société et adhérer au régime de soins de santé de l’entreprise. Ce fut sa plus grande chance dans sa vie.

Le père du jeune Tengo ne lui chantait jamais de berceuses, ni le lui lisait des histoires au moment de se coucher. Au lieu de cela, il lui racontait des histoires tiré de son expérience personnelle. Il racontait bien les histoires.   Les récits de son enfance et de la jeunesse ne sont pas exactement remplis de sens, mais les détails étaient réels. Il y avait des histoires drôles, des histoires d’action, et des histoires violentes. Si une vie peut être mesurée par la couleur et la variété de ses épisodes, peut-être la vie du père de Tengo avait été riche à sa manière . Mais quand les histoires ont porté sur la période ou il était devenu un employé NHK, celles-ci ont perdu tout à coup toute leur vitalité. Son père avait rencontré une femme, l’avait épousé, et avait eu un enfant avec elle : Tengo. Quelques mois après la naissance de Tengo , sa mère était tombée malade et mourut. Son père l’avait élevé  seul après, tout en travaillant dur pour NHK. C’est tout. Comment il avait rencontré la mère de Tengo et l’avait épousé ?, quel genre de femme était-elle ?, Qu’est ce qui avait causé sa mort ?, Si elle avait souffert ? Le père de Tengo ne lui raconta rien de cette période. A chaque fois qu’il essayait de lui poser des questions,  son père les éludaient. La plupart du temps, ces questions le mettait dans une humeur massacrante. Il ne restait d’ailleurs pas une seule  photo de la mère de Tengo.

Instinctivement, Tengo ne croyait pas aux histoires de de son père. Il savait que sa mère n’était pas morte quelques mois après sa naissance. Dans son souvenir, il avait un an et demi et elle se tenait près de son berceau dans les bras d’un autre homme. Sa mère enlevait son chemisier, fit tomber les bretelles de son soutien george, et l’homme qui n’était pas son père se mettait à sucer les seins. Tengo dormait à côté d’eux, sa respiration était audible. Mais, en même temps, il ne dormait pas. Il regardait sa mère.

Ce moment était comme une photographie de sa mère. Cette scène de dix secondes s’était imprimée parfaitement dans son cerveau. C’est le seul souvenir qu’il lui restait d’elle, la seule connection à laquelle son esprit pouvait se raccrocher. Lui et elle étaient lié par ce cordon ombilical hypothétique. Son père, cependant, n’avait aucune idée de l’existence de cette scène dans la mémoire de Tengo, ou comme une vache dans un pré, Tengo avait ruminé sans fin ce fragment de mémoire, qui l’avait nourrit. Père et fils : chacun enfermé dans ses propres obsessions, de sombres secrets.

Devenu adulte, Tengo s’était souvent demandé si le jeune homme qui sucait les seins de sa mère était son père biologique. Parcequ’il ne ressemblait pas beaucoup à son père, the stellar NHK collections agent. Tengo était grand, avec un large front, un nez fin et des oreilles étroites en boule. Son père était petit, trapu, un petit front, un nez plat, des oreilles pointus comme celles c’un cheval. Tengo avait un look décontracté, tandis que son père paraissait nerveux et radin. Les gens ont souvent remarquer les différences.

Cependant pour Tengo ce n’était pas avec les caractéristiques physiques qu’il avait du mal à s’identifier avec son père mais avec sa psychologie. Son père ne montrait aucun signe de curiosité intellectuelle. Certes, il était né dans la pauvreté, et il n’a pas eu une éducation décente. Tengo ressentait une certaine pitié pour  son père. Mais un désir de connaissance , qui pour Tengo était supposé être un besoin  plus ou moins important chez les personnes -n’existait pas chez son père. Celui-ci avait une certaine sagesse qui lui avait permis de survivre, mais Tengo n’arrivait pas à  discerner le moindre signe de volonté chez son père pour acquérir, ou élargir sa vision du monde. Le père de Tengo ne semblait pas souffrir de sa petite vie étriquée. Tengo ne l’avait jamais vu lire un livre. Il ne s’intéressait ni à la  musique ni aux films, et il n’était jamais parti en voyage. La seule chose qui semblait l’intéresser était son parcours de collecte. Il faisait une carte de la zone,  mettait des notes avec des crayons de couleur, et l’examinait à chaque fois qu’il avait un moment de libre, de la même manière qu’un biologiste pourrait étudier les chromosomes.

Tengo, en revanche, était curieux de tout. Il absorbait les connaissances d’une multitude de domaines avec l’efficacité d’une pelleteuse. Il avait été vu comme un prodige en mathématiques dès la petite enfance, et il pouvait résoudre des problèmes mathématiques des grandes classes alors qu’il n’était qu’en troisième année (third grade). Les Math étaient, pour le jeune Tengo, un moyen efficace de se tenir en retrait de la vie avec son père. Dans le monde des mathématiques, il se promenait comme dans un long couloir, ouvrant les portes l’une après l’autre. Chaque fois qu’un nouveau spectacle se déroulait devant lui, les traces laides du monde réel avaient tout simplement disparaître. Tant qu’il explorait activement ce royaume de cohérence infinie, il était libre.

Alors que les mathématiques était comme un bâtiment imaginaire  pour Tengo, la littérature était une vaste forêt magique. Les Maths s’étiraient à l’infini vers le ciel, les histoires s’étalaient devant lui, leurs racines robustes se prolongeaient profondément dans la terre. Dans cette forêt il n’y avait pas de cartes, pas de portes. Lorsque Tengo commença à murir, la littérature  commença à exercer une attraction encore plus forte sur son cœur que le monde des mathématiques. Evidemment, la lecture des romans était juste une autre forme d’évasion – dès qu’il refermait un livre, il devait revenir au monde réel. Mais à un moment donné, il a remarqué que le retour à la réalité  après un roman n’était pas été aussi dévastateur que le retour du monde des mathématiques. Pourquoi? Après mûres réflexions, il finit par trouver une raison. Peu importe comment les choses pouvait se conclure dans la forêt de l’histoire, il n’y avait jamais une solution simple, comme on en trouve dans les  mathématiques. Le rôle d’une histoire servait, dans un sens  plus large, à transposer un problème sous une autre forme. En fonction de la nature et de la direction du problème, une solution pouvait être suggérée dans le récit. Tengo revenait au monde réel avec des possibilités en main. C’était  comme une sorte de parchemin portant le texte indéchiffrable d’une formule magique. Il  ne servait pratiquement à rien dans l’immédiat, mais contenait toujours une issue.

La seule solution possible que Tengo pu déchiffrer à travers ses lectures était celle-ci: « Mon vrai père doit surement être ailleurs ». Comme un enfant malheureux dans un roman de Dickens, Tengo avait peut-être été amené par d’étranges circonstances à être élevé par cet imposteur. Une telle possibilité était pour lui à la fois un cauchemar et un grand espoir. Après avoir lu « Oliver Twist » Tengo se plongea dans chaque volume de Dickens qui se trouvait dans la bibliothèque. De sorte, qu’à chaque fois qu’il  voyageait dans les romans de Dickens, il se retrouvait dans des versions remaniés de sa propre vie. Ces fantasmes devenaient de plus en plus profond et plus complexe. Ils suivaient un tracé simple, mais avec des variations infinies. Dans chacun d’eux, Tengo se disait qu’il n’appartenait pas à cette maison. Il avait été à tort enfermé dans cette cage, et un jour ses vrais parents le retrouveraient et le sauveraient. Et alors, il aurait le plus beau, paisible des dimanches inimaginables.

Le père de Tengo se réjouissait des excellentes notes de son fils, et se vantait de son fils à tous les personnes du le quartier. Mais cependant,  il  montrait aussi un certain mécontentement du talent de Tengo . Souvent, quand Tengo était à son bureau, étudiant, son père venait l’interrompre, ordonnant au garçon de faire des corvées ou de le harceler à propos de son comportement prétendument hautain. La rancoeur lancinante de son père était toujours la même: il était là, il couvrait de longues distances et endurait les malédictions des gens, alors que Tengo ne faisait rien que prendre les choses comme elles venaient, vivant dans son cocon. « Ils me faisaient travailler sans cesse quand j’avais ton âge, et mon père et mes frères aînés me battaient sans cesse sans raison. Il ne m’ont jamais donné assez de nourriture. Ils me traitaient comme un animal. Je ne veux pas que tu penses que tu es spécial juste parce que tu as obtenu de  bonnes notes en classe ».

Cet homme ressentait de la jalousie, Tengo commençait à le penser. Il est jaloux, soit de moi comme une personne ou de la vie que je mène. Mais est ce qu’un père pourrait ressentir de la jalousie envers son fils? Tengo ne jugeait pas son père, mais il ne pouvait se empêcher de ressentir une sorte de bassesse pathétique qui émanait de ses paroles et ses actes. Ce ne était pas que le père de Tengo le haïssait comme une personne, mais plutôt quelque chose qu’il détestait à l’intérieur de Tengo, quelque chose qu’il ne pouvait pas pardonner.

Lorsque le train quitta la garde de Tokyo, Tengo sortit le livre de son sac. C ‘était une anthologie de nouvelles sur les thème du voyage, et comprenait un récit appelé « Town of cats », un écrit fantastique écrit pat un allemand que Tengo ne connaissait pas. Selon la préface, l’histoire avait été écrite entre les deux guerres mondiales.

Dans cette histoire, un jeune homme voyage seul, sans destination précise en tête. Il monte dans le train et descend à chaque arrêt qui éveille son intérêt. Il prend une chambre, voit les sites, et reste aussi longtemps qu’il a envie. Quand il en a eu assez, il prend un autre train. Et passe toutes les vacances de cette façon.

Un jour, il voit de la fenêtre du train une belle rivière. De vertes collines bordent le ruisseau sinueux, et plus loin se trouve une jolie petite ville avec un vieux pont en pierre. Le train s’arrête à la gare, et le jeune homme y descend avec son sac. Personne d’autre ne descend, et, dès qu’il pose le pied sur le quai, le train repart.

Aucun travailleur dans cette gare, qui ne doit avoir que peu d’activité. Le jeune homme traverse le pont et se promène dans la ville. Tous les magasins sont fermés, la ville est complètement désertée. Il n’y a personne à la réception de l’hôtel. La zone semble complètement désertée. Peut-être que tout le monde fait la sieste. Mais il n’est que dix heures trente du matin, beaucoup trop tôt. Peut-être que pour une raison particulière tout le monde à abandonner la ville. De toute façon, le prochain train ne passerait pas avant le lendemain matin, aussi il n’avait pas d’autres choix que de passer la nuit ici. Il partit à la découverte de la ville pour tuer le temps.

En fait, il se trouve dans la  ville des chats. Quand le soleil commence à décliner, de nombreux chats viennent se balader  près du pont – Les chats sont tous  différents de type et de  couleur. Ils sont beaucoup plus grands que des chats ordinaires, mais ce sont quand même des chats. Le jeune homme est intrigué par cette ville. Il se précipite dans la tour de l’église dans le centre de la ville et grimpe au sommet pour se cacher. Les chats continuent leurs affaires, à lever les volets des magasins  ou s’asseoir à leur bureau pour démarrer  leur journée de travail. Bientôt, d’autres chats arrivent, ils traversent le pont comme les premiers. Puis entrent dans les magasins pour acheter des choses ou vont à l’hôtel de ville pour traiter des questions administratives ou manger un repas au restaurant de l’hôtel ou boire de la bière à la taverne et chanter des chansons . Parce que les chats peuvent voir dans l’obscurité, ils n’ont  presque pas besoin de lumières, mais cette nuit la lueur de la pleine lune inonde la ville, ce qui permet au jeune homme de voir tous les détails caché de son perchoir dans le clocher. Lorsque l’aube approche, les chats terminent leur travail, ferment les magasins, et quittent la ville retraversant le pont.

Au moment où le soleil se lève, les chats ont disparu, et la ville est de nouveau déserte. Le jeune homme descend, prend un des lits à l’hôtel , et va dormir. Quand il eut faim, il mangea du pain et du poisson qui avaient été laissés dans la cuisine de l’hôtel. Quand en fin de journée, l’obscurité revint , il se cacha dans la tour  à nouveau et observa les activités des chats jusqu’à l’aube. Les trains arrêtaient à la gare avant midi et en fin d’après-midi. Aucun voyageur visible, et personne sur le quai, soit. Pourtant, les trains s’arrêtent à la gare pendant exactement une minute, puis repartent. Il pourrait prendre un de ces trains et quitter la ville de chat en se cachant. Mais il ne le fait pas. Jeune, il a une  curiosité grandissante et, est prêt à l’aventure. Il veut apprendre plus de cet étrange spectacle . Il souhaiterait savoir quand et comment cet endroit est devenu une ville de chats.

Durant la troisième nuit, un remue ménage éclata sur la place juste en dessous de l’église. « Hé, est-ce que vous ne sentez pas quelque chose d’humain? » Dit l’un des chats . « Maintenant que vous le dites, je sentais qu’il y avait une drôle d’odeur ces derniers jours»,  un autre renifla. « Moi aussi, »  dit un autre chat dit. « C’est bizarre. Il ne devrait pas y avoir d’homme ici, « ajouta un autre chat. « Non bien sûr que non. Il n’y a aucun moyen pour un humain d’entrer dans cette ville de chats. « ,  » Mais cette odeur est bien présente.  »

Les chats formèrent des groupes et commencèrent à chercher dans la ville. Il leur fallu très peu de temps pour découvrir que la source de l’odeur provenait du clocher. Le jeune homme entendit leurs pattes délicates dans les escaliers. « Ca y est, ils vont me trouver! » pensa-t-il. Son odeur semblait avoir suscité la colère des chats. Les humains ne sont pas censés mettre les pieds dans cette ville. Les chats avaient de grandes griffes acérées et des crocs blancs. Il ne semblait avoir aucune idée du terrible sort qui l’attendait si il était découvert, mais il était certain qu’ils ne le laisseraient pas quitter la ville vivant.

Trois chats grimpent au sommet du clocher et reniflèrent l’air. « Etrange », dit un chat, faisant vibrer ses moustaches, « Je sens un être humain, mais il n’y a personne ici. »

«C’est étrange», dit un deuxième chat. « Mais il n’y a vraiment personne ici. Allons chercher ailleurs « . Les chats se grattent leurs têtes, perplexes, puis redescendirent les escaliers. Le jeune homme entendit leurs pas se fondre dans l’obscurité de la nuit. Il poussa un soupir de soulagement, mais il ne comprenait pas ce que venait de se passer. Il leur était impossible de le manquer. Mais pour une raison étrange ils ne le virent pas. Dans tous les cas, il décide que le matin venu, il irait à la gare et prendrait le train pour quitter cette ville. Sa chance ne peut pas durer éternellement.

Le lendemain matin, cependant, le train ne s’arrêta pas à la gare. Il regarda la passer par sans même ralentir. Le train de l’après-midi fit la même chose. Il put voir le chauffeur assis aux commandes. Mais le train ne montra aucun signe de vouloir s’arrêter. C’était un peu comme si personne ne pouvait voir le jeune homme attendre le train ou même remarquer la gare. Une fois que le train de l’après-midi eut disparu au loin, l’endroit redevient plus calme que jamais. Le soleil commençait à se coucher. Il est temps pour les chats de  revenir. Le jeune homme sut qu’il était maintenant complètement perdu. Il réalisa finalement que ce n’était pas la ville des chats. Il se trouve dans ce lieu perdu ou son destin l’a amené. C’est un autre monde, qui a été fabriqué spécialement pour lui. Et jamais, un train ne s’arrêtera à cette gare pour enfin le ramener dans le monde, d’ou il est venu.

Tengo lu deux fois l’histoire. La phrase «l’endroit où il semblait être perdu » attira son attention. Il ferma le livre et laissa ses yeux errer vers le complexe industriel qui passait par la fenêtre du train. Peu de temps après, il s’endormit pour une courte mais profonde sieste. Il se réveilla couvert de sueur. Le train se déplaçait le long de la côte sud de la péninsule de Boso en plein été.

Un matin lorsqu’il était en cinquième (fifth grade), après après longuement réfléchi, Tengo dit à son père qu’il arrêtait de l’accompagner pour les tournées du dimanche. Il lui dit qu’il préférait passer son temps à étudier, lire des bouquins et jouer avec des amis. Il voulait vivre une vie normale.

Tengo lui annonça sa décision de façon concise et cohérente.

A suivre …..

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12 réflexions sur « Town of Cats ‘La ville des chats’ (Part 1) de Murakami »

  1. Ce personnage de Tengo,son père, ses souvenirs d’enfance, ainsi que cette ville des chats, je l’ai déjà lu dans 1Q84. Je suppose donc que c’est cette nouvelle qui servit de point de départ à Murakami pour la création de cet incomparable roman ?

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    1. Oui, je suppose aussi car la nouvelle est parue en 2011 et 1Q84 en 2012. C’est surement comme tu le notes une introduction ou un point de départ pour le caractère de Tengo. Car les souvenirs sont identiques pour la vision de sa mère.
      Je n’en sais pas plus, mais je ne pense pas que ‘la ville des chats’ a été déjà traduite dans un de ses romans.

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