Au pays des choses dernières de Paul Auster

Au pays des choses dernières de Paul Auster
Au pays des choses dernières de Paul Auster

De  “pays des choses dernières” également appelé « LE voyage d’Anna Blume », la narratrice tente de survivre dans une ville au visage apocalyptique,  venue chercher son frère disparu – elle écrit une longue lettre qui ne suppose pas de destinataire. Elle se fond dans la ville, dans sa population, à la recherche d’une lueur d’espoir, d’un souffle de vie. Plus qu’un roman, un témoignage, un testament.

Ce sont les dernières choses, a-t-elle écrit. L’une après l’autre elles s’évanouissent et ne reparaissent jamais. Je peux te parler de celles que j’ai vues, de celles qui ne sont plus, mais je crains de ne pas avoir le temps. Tout se passe trop vite, à présent, et je ne peux plus suivre.

Ce sont les premières ligne de ce roman énigmatique, dans quelle contrée est on arrivé : dans une cité de l’après apocalypse, un monde qui est tombé en ruine, un état totalitaire, des purges, des  Mouvement de Purification ???

Dans cette ville, le chaos est maître. L’entropie grande malgré des confréries, plutôt des clans  : Les chiens, les serpents, les Fécaleux Sur le lieux nous n’aurons aucune indication, libre au lecteur de mettre un nom, un temps. Elle semble être en Europe de l’est, nous y retrouvons des émigrés russes, des juifs. Mais cela pourrait être des réfugiés. Ville anonyme, Récit dystopique : passé ou futur, il ne reste que des ruines, des mots, des objets qui disparaissent. Un reflet de la réalité ?

C’est un voyage au bout de l’enfer ou va nous mener Anna, tout autour d’elle les choses et les êtres tombent, se désagrègent, se détruisent. Même les ilots de réconfort qu’Anna arrive à dénicher vont peu à peu se désagréger. Le piège se referme, le port est fermé : un mur de protection va être bâti. Il n y a plus d’échappatoire par les eaux , ni par les airs. L’avion est un mot disparu, qui se perd de la mémoire, qui ne possède plus aucun sens.

Et avec un avion ? ai-je dit. C’est quoi, un avion ? m’a-t-il demandé en me souriant d’un air intrigué, comme si je venais de faire une plaisanterie qu’il ne comprenait pas. Un avion, ai-je dit. Une machine qui vole dans les airs et transporte les gens d’un endroit à un autre. C’est ridicule, a-t-il rétorqué, me jetant un regard soupçonneux. Une telle chose n’existe pas.

Il m’a semblé qu’un parallélisme pouvait être fait avec ‘cristallisation secrète’ de Yoko Ogawa. Un semblant de monde totalitaire ou les choses, les personnes s’évanouissent. Evidemment nous ne retrouvons pas la poésie délicate de Ogawa, mais le réalisme froid, sans concession de Paul Auster.

Ecrit d’un seul jet, sans chapitre. Une lecture effrénée, haletante sans  silence ni repos. Une lecture qui essouffle, fatigue. On est à la recherche d’un échappatoire qui jamais n’arrive.

Un merci à Valentyne qui avait bloggé ce roman, il y a quelques mois.

C’est mon deuxième roman de Paul Auster, et je reste sous le charme, avec cette écriture grave inquiétante : Un voyage au bout de l’enfer en compagnie d’Anna.

Extraits :

  • On ferme les yeux un instant, on se tourne pour regarder autre chose, et ce qu’on avait devant soi s’est soudain évanoui. Rien ne dure, vois-tu, pas même les pensées qu’on porte en soi. Et il ne faut pas perdre son temps à les rechercher. Lorsqu’une chose est partie, c’est définitivement.
  • Si tu dois te fournir dans un marché privé, veille bien à éviter les négociants renégats, car la fraude fleurit et nombreux sont ceux qui vendent n’importe quoi pour le moindre bénéfice : des œufs et des oranges remplis de sciure, des bouteilles de pisse en guise de bière. Non il n’y a rien que les gens se retiennent de faire, et le plus vite tu l’auras appris, le mieux tu te porteras.
  • On s’extrait du sommeil chaque matin pour se retrouver en face de quelque chose qui est toujours pire que ce qu’on a affronté la veille ; mais, en parlant du monde qui a existé avant qu’on s’endorme, on peut se donner l’illusion que le jour présent n’est qu’une apparition ni plus ni moins réelle que le souvenir de tous les autres jours qu’on trimbale à l’intérieur de soi.
  • Il y a quand même ceux d’entre nous qui réussissent à vivre. Car la mort aussi est devenue source de vie.
  • Ce qu’il te faut donc faire, c’est être prêt à toute éventualité. Mais les opinions divergent du tout au tout pour ce qui est de la meilleure façon de s’y prendre. C’est ainsi qu’une petite minorité croit que le mauvais temps provient des mauvaises pensées. Il s’agit là d’un abord assez mystique du problème, car il implique que des pensées puissent se traduire directement en événements du monde physique. Selon cette minorité, le fait d’avoir une idée sombre ou pessimiste produit un nuage dans le ciel. S’il y a suffisamment de gens qui nourrissent en même temps des pensées sinistres, la pluie se mettra à tomber. Telle est la raison de tous ces changements météorologiques si surprenants, affirment-ils, et c’est pourquoi personne n’a su donner d’explication scientifique à notre climat bizarre.
  • On trouve deux factions principales dans cette secte : les Chiens et les Serpents. Selon les premiers, le fait de ramper sur les mains et les genoux atteste un repentir adéquat, alors que selon les seconds rien ne saurait suffire à moins de ramper sur le ventre. Des combats sanglants éclatent souvent entre les deux clans – chacun voulant avoir la haute main sur l’autre –

Divers:

  • Titre original : In the Country of Last Things, 1987
  • Editeur : Actes Sud, Babel , 2014
  • Traduit par Patrick FERRAGUTl
  • Note : ●●●●○
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2 réflexions sur « Au pays des choses dernières de Paul Auster »

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