Le pavillon d’or de Yukio Mishima

Le Pavillon d'or Yukio Mishima
Le Pavillon d’or Yukio Mishima

En 1950,à Kyoto, un jeune novice met le feu au Pavillon d’or, le temple le plus célèbre de la ville de l’ancienne capitale Kyoto.

Mizoguchi, le jeune moine héros du « Pavillon d’or » est affublé d’un handicap.  Similitude que l on va retrouver dans les aspects du héros (Confession d’un masque ). Son handicap va le tenir éloigné de la normalité, il va se complaire dans sa sphère de solitude. Mais confronté à la beauté, son handicap va prendre des proportions croissantes.  « Je peux, sans exagération, affirmer que le premier problème auquel, dans ma vie, je me sois heurté, est celui de la Beauté. Mon père n’était qu’un simple prêtre de campagne »

La beauté : Il se trouve confronté à la jeune Uiko dont sa vision est rémanente à  travers tous les autres personnages féminins. Uiko comme le pavillon sont tous les deux des summums de l’archétype de la beauté. Mais à un moment ces deux artefacts de beauté vont  être combattu et être détruit. « Quand on concentre son esprit sur la Beauté, on est, sans s’en rendre compte, aux prises avec ce qu’il y a de plus noir en fait d’idées noires »

Inaccessible, car le héros se trouve disgracieux ce qui l’éloigne encore plus de cette beauté et d’une part d’érotisme qui leur sont lié. Mishima décrit ce paradoxe de la séduction et de l’érotisme des beautés monstrueuses. L’idée de la beauté inaltérable du pavillon d’or vient à chaque fois s’interposer aux images d’une fragile beauté physique et entraîne le jeune moine dans les ténèbres.

Le Ying et le yang sont présent face à ce jeune moine, Le bon par le biais de Tsurukawa  qui se suicidera et le côté sombre par Kashiwagi . Le côté ténébreux  porté par Kashiwagi  lui démontre  l’avantage que peut apporter son handicap.  En démystifiant la beauté : Les opposés s’attirent. Mais Kashiwagi a trouvé un équilibre, alors que Mizoguchi est sur la voie de l’apprentissage

La voie de la lumière et celle de l’ombre vont s’opposer jusqu’à l’embrasement final. La cristallisation va être apporté par les délicates touches de sensualité et d’érotisme qui accroit la vision  tragique que ressent le jeune moine. De ces actes « Pourtant, la sensation de ce ventre de femme sous ma semelle, cette élasticité complice, cette plainte, cette impression de voir s’ouvrir une fleur de chair écrasée, ce tohu-bohu des sens, cet éclair mystérieux jailli du sein de cette femme et me traversant, tout cela, étais-je forcé d’en tirer jouissance ? » il en tire un plaisir. Il pourrait alors rentrer en symbiose, se mélanger et ne faire qu’un avec la Beauté par l’action destructrice ou salvatrice du feu. Le feu qui excite la sensualité

De nombreux autres aspects psychologiques  complètent le tableau de ce moinillon : une certaine hypocrisie, lâcheté que l’on découvre dans son parcours initiatique.

Le pavillon d’or est un roman d’une écriture étincelante, un roman d’une beauté et empreint d’érotisme de folie et de mort.

Extraits :

  • « La beauté peut-elle être quelque chose d’aussi laid? » me demandais-je.
  • Une voie détournée et ténébreuse par où prendre la vie à revers. A première vue, cela paraissait mener droit à la destruction ; en réalité, cela foisonnait d’inattendus stratagèmes, métamorphosait la couardise en courage : c’était une sorte d’alchimie par qui ce que nous appelons vice se retrouvait ce qu’originellement il est : de l’énergie à l’état pur. Ce n’en était pas moins vivre selon un certain mode de vie
  • Il était infiniment plus beau que moi, mais il ne faisait aucun doute qu’il ne fût poussé au même acte que moi par le même sentiment de solitude, la même infortune, la même obsession de La Beauté.
  • J’imaginais la fièvre de mes doigts au contact de ce corps, son élastique résistance, son odeur de pollen… Je courus droit devant
  • C’est alors que l’incroyable se produisit. Sans rien changer à sa pose parfaitement protocole, la femme, tout à coup, ouvrit le col de son kimono. Mon oreille percevait presque le crissement de la soie frottée par l’envers raide de la ceinture. Deux seins de neige apparurent. Je tins mon souffle. Elle prit dans ses mains l’une des blanches et opulentes mamelles et je crus voir qu’elle se mettait à la pétrir, l’officier, toujours agenouillé devant sa compagne, tendit la tasse d’un noir profond. Sans prétendre l’avoir, à la lettre, vu, j’eus du moins la sensation nette, comme si cela se fût déroulé sous mes yeux, du lait blanc et tiède giclant dans le thé dont l’écume verdâtre emplissait la tasse sombre — s’y apaisant bientôt en ne laissant plus traîner à la surface que de petites taches , de la face tranquille du breuvage troublé par la mousse laiteuse. L’homme éleva la tasse et but jusqu’à la dernière goutte cet étrange thé. La femme replaça ses seins dans le kimono.

Divers:

  • Le Pavillon d’or (金閣寺, Kinkaku-ji), 1956
  • Traduction : Marc Mécréant
  • Note : *****

 

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