Un membre permanent de la famille de Russel Banks

Un membre permanent de la famille de Russel Banks
Un membre permanent de la famille de Russel Banks

 


Douze nouvelles que nous livre Russel Banks, courtes, piquantes, surprenantes … Tel « Ancien marine », la première nouvelle : Connie Conrad 70 ans, ancien marine qui a élevé ses enfants, cela fait trente ans qu’il n’a pas revu son ex femme, retraité mais enfin enfin juste par le nom. Des problèmes de santé, isolé ou plutôt abandonné par ses enfants qui ont fait leur vie, des problèmes d’argent. Le fils ainé officier de la police d’état, le second gardien de prison.


Et pour s’en sortir, exister il va braquer quatre agences de trois banques  différentes….

Connie dit : “Un de mes sonotones à la noix vient de m’annoncer : « batterie faible ». Comme si j’étais pas foutu de savoir qu’elle est usée et que c’est pour ça que j’ai pas de réception. Un type de mon âge a toujours les batteries à plat, bordel. J’ai pas besoin qu’un sonotone vienne me le dire.
— Ton sonotone te parle ?— C’est un truc pour me faire acheter des piles avant que j’en aie vraiment besoin. Je vais sans doute m’en acheter cinquante par an, une par semaine, rien que pour que ce con de sonotone arrête de me dire que ma batterie est faible.
— Sérieusement, papa, ton sonotone te parle ? T’entends des voix ?
— Ouais, je suis un vrai schizo. Non, je parle de ces nouveaux sonotones digitaux que Medicaid1 veut pas rembourser. Plus de six mille dollars ! J’aurais pas dû écouter ce taré d’audioprothésiste et j’aurais dû acheter un modèle bon marché, remboursé en partie. Avec celui-là, tu as une petite dame à l’intérieur qui te chuchote que ta batterie est faible. Elle te dit aussi sur quel canal tu te trouves. Dans ce machin, il y a cinq canaux : pour écouter de la musique, pour les moments calmes, pour les sons venant de derrière toi, et puis ce qu’ils appellent le canal maître. Le canal maître, c’est pour la conversation. Et il y en a encore un pour le téléphone. Pour moi, ils sont tous pareils,


La fin de la première nouvelle m’a fait un effet cinglant, qui donne le ton pour la suite. Je ne connaissais pas encore Russel Banks avant ces premières pages. Oui c’est incisif, on rentre dans la vie de ces seniors, divorce, maladie, solitude, la vie n’est pas ou plus un long fleuve tranquille. Mordant de vérité telle une analyse du quotidien désenchanté, une lecture des maux de ses contemporains. Mais l’écriture est élégante, le message un peu insidieux surtout dans « Oiseaux des neiges » , qui arrive tout doucement. Isabel qui après trente-sept de vie commune avec George va refaire sa vie : renaître, redevenir une adolescente, ranger les cendres et tourner la page. 

“Jane, George est mort, annonça Isabel. Il est parti. Il a eu une crise cardiaque ce matin en jouant au tennis. George est mort, Jane !

J’ai cependant trouvé certaines nouvelles un peu inégales, certaines trop courtes (j’aurais bien suivi ces héros, ou plutôt des anti héros un peu plus longtemps). Un puzzle social de l’Amérique contemporaine, qui remonte les problèmes de l’argent de la santé, de la vieillesse,  mais tout est teinté d’un peu de souffrance, d’espoir, de beaucoup de réalisme ou inversement.

Une bonne découverte grâce à l’émission « la Grande Librairie »  (émission du 15/01/2015). Un recueil de nouvelles qui donne envie de lire un roman de Russel Banks et de connaître un peu plus cet auteur.

Extraits :

  •  Avant que les policiers n’éloigne le chien et la libèrent de sa cage, il faudra qu’elle prouve son innocence. Chose qui n’est jamais facile pour une personne noire dans cette ville.
  • Il se désigne comme le Retraité, bien qu’il n’ait jamais pris officiellement de retraite d’aucune sorte et que personne d’autre ne l’appelle ainsi. Il y a huit mois, Ray Piaggi l’a libéré de ses attaches avec son entreprise de ventes aux enchères, la Ray’s Auction House. Libéré de ses attaches. Comme s’il était un ballon gonflé à l’hélium au bout d’une ficelle, raconte-t-il.
  • Le panneau était jaune vif, comme ceux des routes, et présentait une pelleteuse en silhouette noire qu’Harold aimait tant qu’il se l’était fait tatouer sur l’épaule gauche. Au début, Sheila avait trouvé le tatouage sexy, mais au fil du temps elle avait fini par le trouver laid et de mauvais goût, et elle lui avait dit qu’il devrait le faire enlever
  • Et il y a une chose que je ne peux dire à personne d’autre qu’à toi, Jane, alors ne me cite pas, dit-elle en baissant la voix. Le fait de savoir que je vais bientôt être une femme très riche m’a rendu la mort de George beaucoup plus supportable. Ça a l’air affreux, mais c’est vrai.

Divers:

  • Titre original : A Permanent Member of the Family
  • Actes Sud, 2015
  • Traduction : Pierre Furlan
  • Note : ***** (4/5)
Publicités

3 réflexions sur “ Un membre permanent de la famille de Russel Banks ”

Laisser un commentaire, un avis

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s