Moon Palace de Paul Auster

Moon Palace de Paul Auster
Moon Palace de Paul Auster

 

Moon Palace est le récit d’un parcours initiatique, une quête identitaire dont les thèmes prégnant en sont la solitude, l’absurdité de la vie, meurtrissure et handicaps de la vie. Peut-être tout simplement la vie et le rapport au monde 

L’éxégèse du roman démarre avec une citation de Jules Verne « Rien ne saurait étonner un Américain » Déjà le nom du narrateur nous rappelle celui de Philéas Fogg dans « le tour du monde en 80 jours », une référence aux voyages que réalisera M.S. Fogg. Voyage initiatique et philosophique. 

Plusieurs parties dans ce Moon Palace, dans la première partie nous faisons connaissance avec le narrateur M.S. Fogg, il nous conte sa philosophie de vie, d’un rapport nihiliste: tel qu’il le racontera au médecin miliaire :  

« Il y a deux ans, pour des raisons philosophiques et personnelles, j’ai décidé de renoncer  à cette lutte. Ce n’était pas par envie de me tuer – n’allez pas croire ça – mais parce qu’il me semblait que si je m’abandonnais au chaos de l’univers, l’univers me révélerait peut-être en dernier ressort une harmonie secrète, une forme, un plan, qui m’aideraient en moi-même. La condition était d’accepter les choses telles qu’elles se présentaient, de se laisser flotter dans le courant de l’univers. Je ne prétends pas y avoir très bien réussi. En fait, j’ai échoué lamentablement. Mais l’échec n’attache pas la sincérité de la tentative. Même si j’ai failli en mourir, je crois que cela m’a rendu meilleur.’ p105

 

« N’aie pas peur, disait ma voix. Personne n’est autorisé à mourir plus d’une fois. La comédie sera bientôt terminée, et plus jamais tu n’auras  repasser par là. » p89

Marco Fogg va jusqu’aux portes de la mort pour renaître à une nouvelle vie, aidé par ses deux amis : Kitty Wu et Zimmer. La renaissance de Fogg est très symbolique elle a lieu à Colombus Circle , croisement de Central Park ( au coeur de Manhattan), au sein d’une caverne : un endroit sombre, protégé, baigné de sécurité telle une matrice utérine. Il lui faudra à chaque fois tout perdre pour repartir vers une nouvelle vie.

Les personnages qu’il rencontrera ensuite : Thomas Effing, Barber le marqueront de façon très importante, son amour pour Kitty contribuera également à ce drame psychologique dans sa recherche ou sa quête identitaire.  

Mais ce roman est sous le signe de très nombreux symboles, On reconnaîtra la lune, bien évidemment dont le roman en porte le nom ‘Moon Palace’. Les astres solaires et lunaires sont partout présents dans cette oeuvre. Cette lune prégnante peut être interprétée comme les cycles qui balisent la vie de M.S Fogg. Les cycles pouvant être vus symboliquement comme une ascension sociale; puis des chutes qui se répètent inlassablement dans sa vie. Il repart à chaque cycle avec peu de choses plus mort que vif.  Même le restaurant « Moon Palace » semble se délabrer de la même façon que le narrateur au cours d’un de ces cycles.

Une prédiction énigmatique provenant d’un fortune cookies le poursuit « Le soleil est le passé, le Terre est le présent, la Lune est le futur », message mystérieux que M.S. Fogg gardera près de lui, attendant que le sens lui soit dévoilé ou qu’il le découvre par lui même. Le soleil est la lumière qui éclaire les « Vrais Hommes », Soleil passé est la fuite du temps, du passage de l’orient à l’occident pour une renaissance. La terre planète du narrateur, celui qui l’accueille le fait naître, qui le verra mourir ( cendre).  Néanmoins Il ne faut pas simplement le schématiser le roman par cette suite de symboles.  Un dernier : Fogg reçoit en héritage tous les livres soit 1492 ouvrages ( étrange correspondance avec la découverte de l’Amérique, la découverte par les livres …).

Un roman d’une richesse incroyable, peut-être à certains moments troublants dans sa construction, le narrateur semble laisser sa place à Thomas Effing lorsqu’il devient homme à tout faire d’un vieillard infirme aveugle extravagant et fantasque. Ainsi que les relations avec l’obèse Barber. Mais la construction est pointue précise comme un mécanisme d’horloge.  

C’est mon premier roman de Paul Auster, je n’ai pas encore d’affinité particulière pour la littérature américaine ( la connaissant très peu ). Mais mon intérêt sur ce livre vient qu’il a été d’une grande influence sur l’oeuvre de Yoko Ogawa ( une auteure que je tiens en très grande estime ).
« Pendant ses études en littératures anglaises/américaines à l’université de Tokyo, son professeur, Motoyuki Shibata (qui a fait la première traduction d’Ogawa en anglais) lui fait connaître Paul Auster, dont il est le traducteur en japonais » Wikipédia
Une des similitudes que l’on peut retrouver dans l’oeuvre d’Ogawa est la figure du père, ou l’image d’un père de substitution dont le corps est handicapé, défiguré que l’on retrouvera chez Effing ou Barber, ( jambes atrophiées , aveugle). La femme mère abandonnée.
Une oeuvre vraiment superbe,  à découvrir. et qui donne envie de se plonger dans les autres romans de Paul Auster.  

 

CLAIR DE LUNE, HUILE SUR TOILE DE RALPH ALBERT BLAKELOCK
CLAIR DE LUNE, HUILE SUR TOILE DE RALPH ALBERT BLAKELOCK

 

Extraits :

  • N’aie pas peur, disait ma voix. Personne n’est autorisé à mourir plus d’une fois. La comédie sera bientôt terminée, et plus jamais tu n’auras  repasser par là. p89
  •  « Les lettres au néon roses et bleues étaient si grandes que leur éclat remplissait le ciel entier. Puis, soudain, elles avaient disparu, seul restait les deux o du mot Moon. Je me vis suspendu  l’un deux, luttant pour rester accroché,  la façon d’un acrobate qui aurait raté un tour dangereux. p92
  • Son travail était régi par les exigences d’une double restriction, et chacune à sa manière se révéla positive. Il y avait d’abord le fait que personne ne verrait jamais ce qu’il peignait. Cela paraissait évident mais, loind d’être tourmenté par un sentiment de futilité, Effing éprouvait l’impression d’une libératon. Il travaillait désormais pour lui-même, la menace de l’opinion d’autrui ne pesait plus sur lui , et cela seul suffit à provoquer une modification fondamentale dans sa façon d’envisager son art. Pour la première  fois de sa vie, il cessa de se préocuper des résultats, et parconséquent les termes « succès » ou « échec » perdirent soudain pour lui leur signification. Il découvrit que le vrai but de l’art n’était pas de créer de beaux objets. C’était une méthode de réflexion, un moyen d’appréhender  l’univers et d’y trouver sa place, et les éventuelles qualités esthétiques que pouvait offrir une toile individuelle n’étaient que le sous)produit presque accidentel de l’effort accompli pour s’engager dans cette quête, pour pénétrer au coeur des choses  p207

Divers

  • Parution : 1989
  • Edition : Actes Sud, 1990
  • Traduction :Christine Le Boeuf
  • Note : ***** (4/5)
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