Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud

Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud
Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud

Il s’est passé une sorte de ‘chimiotactisme’, quand j’ai entendu parler de ce livre, il m’a attiré, j’ai voulu savoir. Mais je m’y suis préparé, j’ai relu l’étranger….

Mais tout d’abord en ouvrant les premières pages de ce livre, l’exégèse : cette petite phrase qui donne le ton. « l’heure du crime ne sonne pas en même temps pour tous les peuples. Ainsi s’explique la permanence de l’histoire » E.M. Cioran.

Puis l’incipit : « Aujourd’hui, M’ma est encore vivante » un clin d’oeil  à Meursault. Peutêtre pour commencer pour faire contre pied, mais non.

On rejoint l’absurde dans cette contre enquête. Le narrateur est en effet le frère de «l’Arabe: Moussa» tué par Mersault. Mais ce frère ne va pas nous entraîner dans une enquête, le narrateur soliloque, il fait passer un message. Un message, non plutôt des réflexions.

On revient parfois  sur la plage sous ce soleil de plomb, mais pour retrouver le souffle de la vie.

Il porte un regard froid réaliste, non sans humour sur l’Algérie, sur les années de colonisation et les années de libération. Car la portée de ce roman est beaucoup plus large : la colonisation et la violence qu’elle a apportée, la libération et ses violences, sur le FLN et les roumis (sur le statut du Français). Les questions d’identité, la prise du pouvoir au lendemain de la libération, sur DIeu et sur la religion ‘ »La religion est pour moi un transport collectif que je ne prends pas », et sur la situation du pays. Il porte un regard réaliste et sans concession, il écorne les vérités toute faites, non sans un brin d’humour sur l’Algérie d’aujourd’hui.

Il n’épargne personne dans ces réflexions, les colons devenus obèses après tant de récoltes volées, ni le colonel qui va l’interroger, ni son voisin qui s’auto proclame « ancien moudjahid » alors qu’il n’est qu’un escroc. Puis son voisin invisible : »qui, chaque week-end, se met en tête de réciter le Coran à tue-tête durant toute la nuit. Personne n’ose lui dire d’arrêter car c’est Dieu qu’il fait hurler »

Dans « Meursault contre enquête », je m’attendais à un roman qui faisait écho à l’étranger. J’ai été surpris, déstabilisé, mais je suis  conquis par cette façon de nous présenter les choses, de permettre de nous élever au-dessus de ce qu’aurait pu être une simple réponse, d’avoir une envolée émotive : identité, frontière, religion et liberté….Mais on a aussi le goût d’une certaine vengeance, par le biais de la liberté de parole. A découvrir.

Extraits :

  • Arabe, je ne me suis jamais senti arabe, tu sais. C’est comme la négritude qui n’existe que par le regard du Blanc. Dans le quartier, dans notre monde , on était musulman, on avait un prénom, un visage et des habitudes. Point. 70
  • D’ailleurs , c’est le vendredi que je n’aime pas. C’est un jour que je passe souvent sur le  balcon de mon appartement à regarder la rue, les gens, et la mosquée. Elle est si imposante que j’ai l’impression qu’elle empêche de voir Dieu. p75
  • Si vous tuez une seule âme, c’est comme si vous aviez tué l’humanité entière p101

Divers :

  • Editions Actes Sud, 05/2014
  • Note : ***** (4/5)
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