Les pierres de Hiraku Okuizumi

 

Les pierres de Hiraku Okuizumi
Les pierres de Hiraku Okuizumi

l’incipit de ce roman commence « Dans le galet d’une rivière est inscrite toute la marche de l’univers », mais également avec une citation de l’évangile selon saint Luc ‘Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront ». Et le cri que l’on entend est un cri de douleur, un déchirement du plus profond de l’âme. Car dans cette grotte se trouve le reste d’une armée épuisée, touchée par la dysenterie, remplis de cadavres, putréfaction, pus, ulcère des tropiques.

Le narrateur est Tsuyoshi Manase, il se trouve en 1944 au fond de la jungle des philippines résistant aux forces américaines, se préparant au combat final. Manase a rencontré l’enfer au fond d’une grotte de la jungle dans l’île de Leyte et peut-être un être magique, ou un diable rédempteur dans le capitaine armé de son sabre étincelant. Un attrait irrésitible se produit  « Il y avait quelque chose de fascinant dans le timbre de ce capitaine, quelque chose qui lui vrillait le corps et résonnait jusque dans son ventre tandis que les ordres lâchés brièvement d’un ton tranchant étaient agréables à ses oreilles » Ce capitaine qui va libérer les soldats de leur souffrance dans un acte de folie. Mais un caporal proche de la mort est aussi présent qui va dans son délire parler à Manase des roches, de leur histoire. Peut-être le galet qui lui permettra de ne pas tomber dans la folie.

Mais l’expérience traumatisante vécue dans cette jungle, le poursuivra toute sa vie, il se raccrochera à sa passion des pierres toute sa vie et conduira son fils sur les traces de sa passion. Mais il se retrouvera encore une fois confronté aux ténèbres dans une grotte. les pierres témoins muets seront présents tant au début qu’à la mort de l’être. « Ce chert vert par exemple contient des os d’êtres préhistoriques. Nos os finiront tôt ou tard par se transformer ainsi. Les gens qui sont morts revivent de cette manière » p152.

Le roman très bien écrit,  mais assez morbide avec des moments très forts sur la mort, la folie qui accompagne Manase et ses proches. 

 

Extraits :

  • Quand on souffre de la faim, on ne soucie pas des autres, mais dès que le ventre est un tant soit peu rempli, la pitié fait son apparition. La compassion naît. Dans la mesure ou il mettait tout son espoir dans le combat final, le choix du chef qui privilégiait le maintient de l’organisation était tout à fait justifié, mais la charité humaine interdisait de repousser les mains affamées qui se tendaient de toutes parts. Le capitaine donna l’ordre a ceux qui ne pouvaient plus bouger de se suicider immédiatement. Mais aucun des soldats malades n’avait assez de force physique et morale pour le faire. Le capitaine ordonna donc qu’ils fussent exécutés. Lui aussi mourrait bientôt, il connaissait leur souffrance et pensait qu’il était charitable de les soulager p33
  • Manase avait dû attendre un certain temps après la guerre pour réfléchir et réaliser qu’il avait fait quelque chose d’horrible, en se comportant de façon méprisable. Mais sur le moment, quand il avait été témoin du massacre des soldats agonisants, il avait cru qu’il était juste de faire preuve de cruauté en temps de guerre et plus encore, il avait été ébloui par la manière éclatante avec laquelle les choses avaient été conduites. Le capitaine appliquait son sabre sur le cou de l’homme allongé sur le dos, et dans un geste naturel et gracieux fendait d’un coup la carotide. Il n’y avait pas eu de bruyante agonie et il lui semblait même que le sang n’avait pas giclé non plus.Si incroyable que cela lui parût maintenant, il croyait se souvenir que ces soldats étaient tous morts le sourire aux lèvres.p34
  • Mais la révolution est faite pour que les gens vivent. Pas pour qu’ils meurent.

 

Personnages :

  • Tsuyoshi Manase : soldat de première classe 
  • Le caporal fère de géologie
  • Le capitaine qui veut faire l’assaut final
  • Hiroaki : Hiro-chan, fils aîné
  • Takaaki : deuxième fils 

Divers :

  • Titre original : »Ishi no raireki, » 1993
  • son vrai nom est Yasuhiro Okuizumi
  • Obtient le prix Akutagawa en 1993
  • Editeur : Actes Sud 2164
  • Parution France : 1996
  • Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle

 

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