Le veau suivi de Le coureur de fond de Mo Yan

le veau le coureur de fond de Mo Yan

Un recueil de deux nouvelles de Mo Yan, et ce sont deux récits truculents. J’avais découvert Mo Yan à travers Le maître a de plus en plus d’humour, critique du capitalisme à la chinoise dans les villes. Ici, nous nous retrouvons dans des zones rurales, qui semble bien éloigné des cités (certains n’ont jamais vu de camions), on retrouve la rusticité des personnages mélangés aux droitiers en rééducation.

La castration des trois veaux du village est le point de départ de la première nouvelle, le narrateur de cette nouvelle est un jeune turbulent en pleine croissance. Un des veaux desquels les paysans doivent prendre soin, et l’un tombe malade. Cela va provoquer des catastrophes en cascade…. Il leur faudra suivre les ordres des cadres, essayer de biaiser, de les contourner avec habilités : Comment survivre dans un village d’une province rurale en Chine.  Une véritable fable des temps modernes, nous aurons même le veau « Double échine » qui viendra chuchoter à l’oreille de l’adolescent pour lui commenter ses souffrances.

Le coureur de fond, nous conte l’univers des villageois autour d’une compétition sportive au travers d’une course de 10 000 mètres. Cette manifestations va rassembler des personnages toujours plein de charme et haut en couleur, quelquefois cupides, intéressés, prenant des initiatives ou pas, mais toujours attachants. Qu’ils soient droitiers (personne de grande ressource pour les paysans ou « dégénérés »  accusés de s’être mis à vivre comme des bourgeois), paysans moyennement pauvres, ou cadres avec des privilèges immérités Mo Yan nous les décrit poétiquement. On y découvre le Richard, Zhao le Singe, Queue de cochon, Cette nouvelle est racontée par un enfant d’une dizaine d’année qui peut surement se permettre de raconter plus de choses qu’un adulte.

Mo Yan nous décrit intelligemment l’absurdité du système (une critique politique voilée), par le biais d’évènements de la vie rurale, une superbe plume sous un style simple qui donne envie de découvrir toute son oeuvre.

Personnages « Le veau » :

  • Zhang San : joueur de cartes
  • Luo Han : adolescent turbulent ( hyper actif) 
  • Oncle au visage grêlé : chef de brigade de production (Luo Han)
  • Maître Du : Du Wuhua, Responsable de l’élevage
  • Camarade Dong : vétérinaire de la commune populaire
  • Grand Luxi, Petit Luxi et double échine : les trois veaux

Citations :

  • — On ferait pas mieux de téléphoner au vétérinaire de la commune populaire, le camarade Dong ? demanda Xu.
    — Vaut mieux éviter de l’alerter. S’il vient, il fera sûrement une nouvelle piqûre, après quoi il faudra lui donner des médicaments. Après quoi il faudra l’inviter à un gueuleton, et vous savez parfaitement ce qui reste comme argent à la brigade de production.
    — Alors qu’est-ce qu’on fait ? demanda le comptable.
    — Un animal n’est pas si fragile que ça. Si vraiment ça ne va pas, on lui fera un traitement traditionnel, c’est tout.
    Sur les ordres du comptable, nous versâmes une bouteille de vinaigre dans la gorge de Double Échine car, selon le docteur aux pieds nus du village, le vinaigre avait des vertus anti-inflammatoires et anti-douleur. Nous trouvâmes aussi un nid de frelons grand comme un chapeau, le brisâmes et forçâmes Double Échine à l’ingérer car, selon le père du comptable, le nid de frelons avait la vertu de combattre le poison par le poison. Nous fîmes venir aussi de la pommade à base de chaux vive que nous passâmes sur la peau de ses bourses, car la chaux était réputée pour désinfecter et anéantir les virus.J’espérais de tout mon cœur que Double Échine se rétablirait, sinon on ne nous laisserait pas tranquilles, moi et maître Du. Mais au lieu de s’améliorer, son état s’aggravait. (Le veau)
  • Ne va pas croire que je m’en fous ! Les bœufs sont des moyens de production, ils sont vitaux pour la commune populaire. La mort de quelqu’un, elle s’en moque, alors que la mort d’une bête, ça remonte jusqu’au secrétaire du parti. (Le veau)
  • La position de classe , c’est … Enfin quoi, chez que dans l’ancienne société il n’y avait rien de bon , dans la nouvelle tout est bon : il n’y a rien de mauvais chez les paysans moyen-pauvres , et chez ceux qui ne sont pas paysans moyen-pauvres il n’y a rien de bon . C’est clair ? (Le veau ) 
  • Ce Qian Mandum était détesté à mort par les élèves de l’école élémentaire de Dayanglan.  C’est lui qui avait proposé quelques années plus tôt de lancer le mouvement de ramassage de fiente de poulet (…) Lors de l’assemblée générale de l’école, le vieux Qian avait dit qu’ils avaient fait une expérience, et que les porcs aimaient autant la fiente de poulet que les élèves de l’école primaire aimaient les raviolis. Pour chaque livre de fente ingérée, les cochons engraissaient d’une demi-livre: collecter une livre de fiente revenait à produire pour le pays une demi-livre de fiente de porc. En outre, les excréments des porcs pouvaient servir à nourrir les poulets, dont la fiente nourrissait les porcs en retour, cela faisait un cycle sans fin, le Grand Cycle de la merde de poulet et de porc. (Le coureur de fond, p168)

Divers:

  • Titre original : Niu, 1998. Sanshi nian qian de yici changpao bisai,  1998
  • Éditeur : Points P3121
  • (Seuil)
  • Traduction : François Sastourné
  • Année de publication : 2012
  • Note : ***** (4,2/5)
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