Mourir pour la patrie de Akira YOSHIMURA

 

Mourir pour la patrie de Akira YOSHIMURA
Mourir pour la patrie de Akira YOSHIMURA

 

 

L’action se déroule à Okinawa et débute le 25 mars 1945. Okinawa est le dernier rempart avant l’invasion des îles principales du Japon par les Américains. Nous allons suivre le récit de cette résistance héroïque par les yeux de Shinichi Higa un soldat appelé de dernière minute , il a 14 ans. Il est enrôlé dans l’unité « Fer et Sang pour l’Empereur ». « Nous, les élèves de l’école secondaire numéro un, sommes prêts à mourir ! Chacun d’entre nous tuera dix ennemis ! Nous les éliminerons tous, jusqu’au dernier ! Nous ne leur donnerons pas notre sol et nous défendrons jusqu’à la mort le Japon pays des dieux ! criaient-ils, la voix tremblante d’émotion »Il est alors rattaché au transport des blessés ou l’horreur est transcrite par les vers qui se nourrissent des plaies des blessés faute de médicaments, d’hygiène. Malgré sa déception d’être cantonné à l’infirmerie Shinichi accepte sa mission en attendant de pouvoir se sacrifier et tuer le plus d’ennemis. L’attente est longue, il tentera d’infléchir le lieutenant, mais il se fera rabrouer, s’occuper des blessés étant une tâche importante. L’hôpital est évacué, il se retrouvera avec des artilleurs. Et cherchera jusqu’au bout les restes de son unité « Fer et Sang pour l’Empereur » pour se sacrifier avec ses camarades d’école. Ces combattants héroïques qui portent des mines attachées à leur taille et qui sont prêts à se faire exploser à tout moment.

Tous les sentiments sont absents ce livre, la cruauté et l’horreur sont visible sans pruderie. On ne verra jamais Shinichi Higa ému par les souffrances au delà du supportable de la population. Le passage ou Shinichi voit un bébé essaye de téter le sein dénudé de sa mère dont le crâne est défoncé est décrit de façon clinique sans aucun sentiment. Il ne rêve que de glorifier son empereur et sa patrie, de s’offrir en sacrifice anonymement MAIS surtout en tuant le plus d’ennemis possibles. L’endoctrinement et le fanatisme que l’on va rencontrer chez ces jeunes collégiens est hallucinant. 

L’écriture est sombre, précise. Le roman est d’une grande force. Il ne pourra pas plaire à tout le monde et pourra paraître difficile à lire car trop réel. La narration nous plonge dans l’horreur et les descriptions cauchemardesques, putrescence rendu par le fanatisme et l’endoctrinement de ces guerriers de l’empereur.

Synoptique :

  1. Okinawa, Seuls les élèves de 5 ème 4ème et 3ème années avaient reçu leur ordre d’appel 25/3/1945 et quelques volontaires, Tristesse des autres qui veulent se battre . Veulent servir et donner leur vie pour la patrie. Le principal autorise de remettre des diplômes au 4 et 5 ème année (Exceptionnellement). Il appartient à l’unité « fer et sang pour l’empereur », on leur donne un uniforme, des armes pour certains 150 cartouches et trois grenades pour les autres des lances en bambou. Le 31 mars les recrues reçoivent leur affectation. Les bateaux ennemis s’approchent, le débarquement est imminent
  1. Shinichi s’occupe du transport des blessés, c’est le 5ème jour du débarquement et le nombre de blessés s’intensifie. Nous somme le 11 avril. Il envie ses camarades qui sont au front alors qu’il ne s’occupe que de porter les blessés et d’enterrer les morts. Les morts sont innombrables, l’état des blessés est difficilement supportable les blessures s’infectent, l’hygiène n’existe plus « les asticots grouillaient dans les blessures infectées p46  » . De fausses rumeurs de contre attaque permet de conserver l’exaltation et l’optimisme des troupes. On enterre plus les cadavres qui sont jetés dans des fosses. Il veut se sacrifie en criant « gloire à l’empereur » 20 mai l’ennemi progresse, 24 mai l’ennemi est visible. résister le plus longtemps possible même au prix de du sacrifice de nombreuses vies. Une retraite mais annoncé comme un redéploiement
  2. Shinichi est envoyé à un site d’artillerie dans la montagne, il sert de communication. Le 1 juin. Leur blockhaus est pilonné, il est à découvert donc inutilisable. Des chars s’approchent certains sont détruits. La position est abandonnée pour le mont yoza
  3.  Tous les combattants meurent autour de lui de façon héroïque ou non, mais en participant aux combats. Shinichi les envie de participer activement à cette guerre, il se sent inférieur. L’hôpital est de nouveau abandonné, les blessés sont achevés avec des piqûres des cyanure. Une explosion Shinichi se retrouve sous une montagne de corps et de cadavres : Seul survivant malgré lui de ce charnier
  4. Il se réveille plusieurs jours après, et se retrouve derrière les lignes ennemies avec un autre soldat, ils se cachent parmi les cadavres pourissant puis avec les civils réfugiés. Il essaye de rejoindre son unité « fer et Sang pour l’Empereur »
  5. Il commence à ressentir l’horreur de la guerre qui l’entoure : une femme accompagné de ses enfants lui demande de les tuer pour ne pas être capturés, un enfant tête le sein du cadavre de sa mère. Peu à peu les gens se suicident ou essayent de se rendre mais sont alors abattus par les siens. Il finit capturé.

Citations :

Si tous les habitants d’Okinawa s’associaient à l’armée pour se battre, l’ennemi serait anéanti car sa force n’était que matérielle 21
Etes -vous prêt à mourir? Un vrai guerrier est d’abord quelqu’un qui est prêt à se sacrifier. La bataille finale pour votre île va débuter. Vous allez donner votre vie pour la défendre, animé par l’esprit du sacrifice pour le pays des dieux. Moi, je suis prêt. Je vous guiderai jusqu’au bout. Et vous me suivrez dans la mort. 39
Shinichi commençait à penser que son désir d’une mort héroïque était peut-être lié à sa peur de connaître le terrible sort des blessés. Sa préférence pour une mort instantanée, et non à la suite de blessures, était profondément ancrée en lui. Les blessés étaient indéniablement des guerriers qui donnaient leur vie pour la patrie, mais couverts de sang et de déjections, ils n’existaient plus que pour respirer. Nombreux étaient les soldats qui imploraient les brancardiers de les liquider pendant le transport. Ils voulaient échapper à la douleur et devaient deviner le traitement qui les attendait 52
Dans une anfractuosité gisait une femme dont le crâne défoncé laissait apparaître son cerveau. Un nourrisson était blotti contre ses seins dénudés et noircis. Shinichi perçut un bruit faible. Il posa les yeux sur le bébé qu’il avait cru morte vit qu’il bougeait. Le son venait de lui. Il sentit son visage grimacer. Le bébé tétait en frottant le sein d’une main. Le jeune garçon regarda ce nourrisson innocent avec dégoût, Serait-il bientôt transpercé d’une balle ou allait-il mourir de faim. Il tendit la main vers le petit corps mais la retira aussitôt (…) Il quitta le renfoncement d’un pas décidé en se reprochant sa sentimentalité (p145)

Divers

Mourir pour la patrie. Higa Shinichi, soldat de deuxième classe de l’armée impériale 
Actes Sud, 2014, 173 pages 
Prêt : Librairie du KB le 22/04/2014
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4 réflexions sur “ Mourir pour la patrie de Akira YOSHIMURA ”

  1. Là ta chronique est admirable. Je vois que c’est un court roman, difficile cependant. Je peux te dire que je note et je vais très certainement le lire. Pourquoi pas plus de j’aime pour ta chronique non d’un non!

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, le roman est beaucoup plus dur que ‘les pleurs du vent’, c’est un peu une marque de fabrique de Yoshimura. Si tu ne connais pas l’auteur, je te conseille de lire également la nouvelle ‘La jeune fille suppliciée sur l’étagère’ (je l’ai chroniqué également) .
      Pourquoi ? je sais pas 🙂

      J'aime

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